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Actualité de la religiosité en France européenne

Stonehenge

Actualité de la religiosité en France européenne

Gustave Sintaud ♦
Universitaire

A quoi sert-il de pouvoir préciser à qui se devait la paternité du : « le vingt-et unième siècle sera religieux », comme s’il devait saluer une remarquable prémonition, alors que la spiritualité en général, à la fin du vingtième, pâtissait d’une formidable désaffection face à un galopant essor du matérialisme ?

La pertinence de cette prévision semble bien plus le fruit d’une coïncidence par l’effet de paramètres nouveaux plus ou moins inattendus, alors difficilement prévisibles : pouvait seulement s’espérer que cessât, ou du moins faiblît, l’engouement pour un monde valorisé par l’avoir, à n’importe quel prix, pour des biens de consommation jetables, pour la course effrénée aux dernières productions technologiques plus ou moins pratiques, tous les ingrédients d’une prétention à un bonheur éphémère, réduit à la possession et à l’utilisation du palpable quantitatif ; ne pouvait par ailleurs décemment se rêver une remobilisation des sensibilités chrétiennes bien moins insolentes qu’auparavant , pour un renouveau des Églises, qui ne rythmaient plus énergiquement l’existence des traditionnelles populations de l’Europe.

Avec cette étonnante prédiction, pouvait-on enfin prévoir l’implantation d’une autre religion invasive : l’islam, même si cela découla d’un flux migratoire ancien et progressif ?

Il aurait fallu aussi imaginer, à l’avance, l’impact sociétal croissant de cette nouvelle religion, en concurrence avec le vieux courant religieux judéo-chrétien bien implanté, qui, en utilisant abusivement le syncrétisme, s’était imposé contre les croyances enracinées locales, puisant, elles, dans le tréfonds culturel commun de l’Europe.

Statue de Pallas Athéna face au Parlement à Vienne

La formule, pour ce vingt- et unième siècle « religieux » se gardait précisément d’évoquer quelque religion, puisque son évocation concernait la religiosité seulement, comme profonde disposition liée ou non, à une religion précise, plutôt que celle qui ne tiendrait qu’à la vénération et au respect qui se manifestent dans les pratiques d’une religion. Ce « religieux » -là s’entend donc comme détermination intégrante de l’acceptation de toute une zone déclarée sacrée pour une mentalité caractérisée : cette vitale conception du sacré, comme élément fondamental de cohésion culturelle communautaire, additionne éléments culturels spécifiant, rites structurant, symboles stimulant, et tout un faisceau de valeurs essentielles à une harmonie intégrant tout du Cosmos ; il ne se réfère point nécessairement à un quelconque aspect issu d’une vérité révélée, inscrit dans le marbre d’une loi tombée d’un céleste fumeux ailleurs, et secrétant une singulière morale manichéenne coercitive, à des années lumières de la puissance active d’une éthique adaptée à la vie quotidienne de l’individu agissant, tendu vers son destin, de la famille unissant, du clan affirmant l’unité des familles recentrées, de la tribu déterminant la cohésion des clans rassemblés, de l’ethnie certifiant la pureté naturelle et fonctionnelle de l’ensemble constitué, et de la nation cimentant le tout tendu vers l’objectif commun, avec des volontés au diapason ; toute cette harmonieuse architecture se dessine selon un agencement de fusion intégrant dans les limites d’espaces d’expression parfaitement circonscrits, naturels biotopes, selon des réalités intrinsèquement européennes.

Depuis deux mille ans, et de plus en plus ces trente dernières lunes, les courants du monothéisme survenus en Europe ont confisqué toute la notion initiale de sacré, en prohibant toute autre appréhension que celle qui renvoyait exclusivement à l’omni-potence, omni-science, omni-présence de ce Dieu unique, diffus soit en père dominateur et vengeur, soit en maître tyrannique et jaloux.

La religion chrétienne s’astreignit, siècle après siècle, surtout après la chute de l’empire romain, à éradiquer toute autre conception du monde et de la vie que la sienne, imposant, sans concession et sans partage, sa foi toute concentrée dans la très restrictive notion de l’Amour « agapé », celui-ci orienté et auto-centré sur Jéhovah, ce dieu sémitique à prétention universelle, sur son fils Christ Jésus, sans omettre son esprit, le Paraclet, tous trois confusément rassemblés en une seule entité pour une convenance ésotérique compliquée d’essence allogène, pleine de surnaturalisme, si pratique pour sidérer, tout en demeurant bien opaque, confuse à souhait, afin que la seule saisine possible par l’absurde se garantisse de toute velléité de vérification, investigation logique, de toute analyse cohérente.

Cette véhémente confiscation en religion s’empara de tout le domaine de la religiosité, et monopolisa toute évocation de sacré autour de Jésus, de sa croix, depuis son extraordinaire conception jusqu’à cette fantasmagorique résurrection, et l’étrange image de son tombeau vide … Malgré quelques nuances d’antériorité ou de sophistication de détails, comme de projection spacio-temporelle, les Églises chrétiennes qui occupèrent et bafouèrent jusqu’à nos jours l’Europe, son peuple et sa millénaire culture, n’ont cessé de se conforter dans des références à la Thorah, l’Ancien testament, de totales origine et substance judaïques, renforçant par cela leur sémitisme conceptuel, et étant renforcé par lui.

paganisme au cinéma_nibelungen

Paganisme au cinéma : l’anneau du Nibelugun

Quand s’insinua l’islam, seulement d’abord par juxtaposition à l’indigénité européenne christianisée, de communautés arabo-maghrébine ici, turque là, indo-pakistanaise ailleurs, et ensuite, par influence prosélyte aidée par une pseudo-intégration atrocement facilitée, cette dernière expression religieuse monothéiste du creuset abrahamique, fort contestataire des précédentes, et à prétention de perfection et en terme d ‘évolution achevée, n’eut plus qu’à se glisser confortablement dans la couche encore chaude que lui abandonnait en partie le judéo-christianisme essoufflé, et somme toute assez satisfait de faire place à cette religion du même livre, de soumission encore plus spécifiée, qui sentait si bon le sable chaud des déserts berceaux moyen-orientaux, et les senteurs puissantes de camélidés, tout autant qu’elle rappelait les mêmes tribus bédouines aux mêmes actifs commerçants caravaniers, et aux mêmes véhéments missionnaires, du dieu unique.

Après Jahvé, Jéhovah, Allah maintenant ! Trois appellations pour la même et unique divinité secrétant bien pareillement cette exclusif sens de religiosité qui s’y intégrait totalement, cette fois encore plus intimement, plus exclusivement, et défiant toute autre expression du sacré qui aurait pu encore s’exprimer par ailleurs. A la bible vétéro puis néo-testamentaire, le Coran ose désormais faire la pige, et pas seulement parmi la communauté des croyants immigrés musulmans, cette Oummah sacralisée ! Cette toute nouvelle mouture de la même vieille loi impose le stricte respect littéral du « mektoub » consigné dans la Sunna ou les haddiths, et voudrait élargir son rayonnement en toute zone de vie musulmane, comme appartenant de fait au Dar Al Islam.

Cette vague exclusivisme du monothéisme inchangé sur le fond, seulement nuancé différemment dans ses formes projetées, porte à l’outrance son intransigeance conceptuelle d’ « avec ou contre », très clivante du tout bien contre tout mal, se cristalisant entre l’humainement recevable et l’exclusion sans appel du non -humain.

Le stade actuel de la projection de l’islam en Europe pour son développement à visée universelle ne diffère point des excès passés du christianisme soumettant l’Europe : rigorisme impétueux, fanatisme décomplexé, violence moralisée, terrorisme pour imposer canon ou chariah contre droits coutumiers, pour s’immiscer en tout de la vie des soumis, pour tout déterminer, tout normer, conditionner et contrôler .

Paganisme-la femme dans la tradition paienne.jpeg

Dans la société païenne de tradition germano-nordique, la femme avait plus de droits que dans le reste de l’Europe christianisée.

C’est dans cette dynamique religieuse d’installation sans véritable projet d’intégration, avec démarche active pour reconnaissance, que l’islam, en Europe, parce qu’il n’hésite plus à proclamer, avec arrogance, ses particularités cultuelles et rituelles, n’étonne même plus s’il génère tout naturellement des franges plus ultra : islamisme rigoriste, islamisme viscérale, fondamentalisme islamique, salafisme, qui ne s’expriment pas qu’en actions terroristes djihadistes téléguidées par Al Qaïda ou l’état islamique, mais tout autant au travers de l’active tendance pas moins modérée des « Frères musulmans », très influente dans les organisations représentatives officielles du culte musulman en France, et aussi au travers de soutiens wahhabites aux agissements capitalistico-religieux des monarchies du Golfe, cajolées pour leurs dispositions financières, leurs capacités d’investissements ….

Cette nouvelle véhémence à dénaturer et à avilir toujours un peu plus l’Europe originelle, son peuple à la culture structurante, reconnaît par filiation la généralité d’un sacré gainé par l’esprit sémitique du monothéisme abrahamique, avec un dieu et un seul sans corps et sans visage, que l’on ne peut voir ni représenter autrement qu’en creux pour plein sidéral, avec un verbe extra-terrestre exclusivement signifiant, une unique et exclusive création transcendantale subliminale, une terrible idée de jugement dernier sélectif, en perspective sans date, pour une éventuelle et toute onirique vie éternelle de délices …, auxquels se superpose tout un panel de rituels d’observance comme l’annuel jeûne d’une lunaison, le qualifiant obligatoire pèlerinage autour de la Kaaba à la Mecque, mais aussi toute une pléthore d’arrêtés religieux décrétés par les Ulémas, ces docteur de la loi des quatre écoles juridiques reconnues : hanbalite,hanéfite, malékite, chaféite, corsetant les moindres agissements, comportements, les plus insignifiants instants de la vie du croyant soumis, sa pureté exigible ; non strictement respectés, ils peuvent déclencher la capitale Fatwa, cette pire des sanctions, identique à l’historique et terrifiante excommunication chrétienne, aidée d’une même rugueuse intervention inquisitoriale.

Dans ce fatras de religions inadaptées à l’Europe, survenues en strates successives, il faut admettre que la religiosité s’est atrocement complexifiée jusqu’à ne plus renvoyer du tout au pur substrat européen, fortement enseveli et bien étouffé sous les lourds apports allogènes du monothéisme. L’influence de ces peuplements envahisseurs, colonisateurs, culturellement odieux dans leur intolérance, leur hégémonisme, l’a privée de sa perception plurielle, de sa conception de richesse par la diversité, de sa vitale intégration communautaire, de toute sa vivifiante dimension panthéiste.
Le sacré survenu de la croix, de la Bible, du croissant et du Coran, a signifié le funeste isolement de l’individu dans sa petitesse, dans toute sa fragilité, sa grande impuissance, face à la surdimentionnalité d’une divinité invisible, non représentable, mais douée d’une capacité de contrôle constant et de jugement tranchant exigeant une complète soumission, même éventuellement au non d’un amour très particulier, si improbable car trop surhumain…
Du miraculeux, l’Europe, n’a cure ; elle a toujours apprécié, par contre, le merveilleux qui élève quand elle choisit d’intégrer le surnaturel, sans jamais le confondre avec le fantastique : l’âme européenne rejette tout le fallacieux du miracle. C’est pourquoi l’Européen s’est forgé ses divinités à son image, refusant obstinément le surhumain assujettissant. Ces dieux et déesses ne s’activent que comme indications stimulantes pour comportements vertueux remarquables, toujours au profit de la communauté de vie et de pensée qui le nourrit. En se dépassant, promu héros, il ne requiert aucune imprimatur divine car son statut n’est que toute normale résultante d’un éducation parfaite, d’une force éthique assurée, d’une puissance physique exceptionnelle d’une totale abnégation dans ses hauts faits, pour servir en même temps famille, clan, tribu, caste ou nation, toutes ces cohésions humaines pour n’offrir qu’une organisation cohérente, intégrante, qu’une structure vivante harmonieuse, jamais assertive.

Le « religieux » européen du vingt-et unième siècle est certes bien manifeste, surtout dans les zones contrôlées par les religions monothéistes, particulièrement celles où s’active l’attractivité de l’islam pour sa puissante offre d’absolu plein de promesses, qui est servie auprès des nombreux allogènes déracinés, aux inquiétudes existentielles angoissantes.

Par ailleurs, toute la religiosité qui se note en importance croissante concerne des champs plus laïcs : d’abord l’étonnante sublimation des Droits de l’Homme, voire ceux des animaux, puis ce fut celle des luttes de défense des sous-développés, sous-capables, juste avant celle suggérée au travers du combat au profit de particularismes les plus divers : femmes, handicapés, homosexuels de tous goûts, gens de couleur, immigrés venus de partout …, aussi encore une sensible fixation autrement religieuse contre toutes les injustices dénoncées par une multitude d’O.N.G. diverses toujours quêtantes … Les sensibilités s’y focalisent, les sensibleries s’y fixent, les vocations s’y multiplient, les radicalisations s’y développent, les fanatismes aussi. Il est à remarquer que toutes ces marques de néo-religisiosité se fondent dans un étroit mimétisme avec celles générées par les religions monothéistes et leurs fidèles : certes, on n’évoque point Dieu là comme ici, même si une pareille surpuissance transcendante explique tout, anime tout. On s’y voue encore autant corps et âme, comme ailleurs on peut entrer dans les ordres pour prier et prêcher jusqu’à s’oublier complètement.
L’âme européenne non polluée n’a jamais prévu, ni envisagé, ni enseigné une telle dissolution de l’homme dans une certitude dévorante.
Un avenir plus musulman de l’Europe n’est pas moins concevable, bien trop incongru, que l’affirmation chrétienne de sa culture comme certains veulent le faire admettre au sein de la bancale Union Européenne.

Il est à espérer qu’une renaissance, au XXIe siècle, en Europe, recourra à sa religiosité intrinsèque, qu’elle réveillera les virtualités endormies du paganisme. Elle sera assurément jaillissement. C’est ainsi qu’elle revalorisera les religiosités du lieu, et, en ce sens, elle liera les hommes et soudera les communautés. Elle n’inventera rien de neuf mais elle réactualisera.

Voilà la tâche qui incombe aux générations européennes futures : reprendre l’héritage des antiques résistances au monothéisme, et l’incarner dans toutes sa puissance et sa profonde vérité.

Illustration : Stonehenge, le plus célèbre des monuments mégalithiques d’Angleterre.

 

  1. Plouvier Bernard
    Plouvier Bernard15 novembre 2017

    Excellent article… dont seule la conclusion laisse (un peu) sceptique
    1 – Malraux était un clown, qui adorait jouer au gourou. Sa phrase ne doit surtout pas être détachée du contexte, plus proche de celui de la “gnose de Princeton” que des religions classiques : un vague panthéisme à la sauce Teilhard de Chardin, ce qui revient à mettre de “l’âme” dans l’atome et les poussières cosmiques… dans le dernier tiers du triste XXe siècle, on en était revenu au mythique hylozoîsme de Thalès de Milet (soit “l’intelligence dans la matière”… chose tolérable aux 7e-6e siècles avant notre ère et du plus haut ridicule en notre époque). Il faut avoir fréquenté les scientifiques des années 70 pour comprendre leur ignorance crasse de l’histoire des religions et leur délire, parfois puisé dans le LSD

    2 – Il est évident que l’équation est toujours et partout vérifiée : Monothéisme = fanatisme religieux omnipotent & omniprésent … et le marxisme (ou le nazisme, panthéiste, mais raciste) fut un “monomythe” aussi dangereux qu’un monothéisme

    3 – Il est exact que le polythéisme grec et romain antique fut extraordinairement tolérant (contrairement à ce qu’ont écrit les faussaires chrétiens des IIIe-Ve siècles… une méchante langue pourrait soutenir qu’il existe une autre équation : Monothéisme = jérémiades à n’en pas finir)

    4 – Mais parier sur une reprise, au XXIe siècle, du culte antique (gréco-romain ou celto-germano-scandinave) polythéiste ou panthéiste, même nimbé d’écologie et associé au culte des grands ancêtres est peut-être errer.

    Vous avez raison, ce serait un lien fort, quasi-idéal, pour unir les Européens… à condition d’ignorer le caractère aléatoire de l’Univers (ce qui annule les envolées lyriques sur le Grand Architecte ou le Grand Horloger de l’Univers)
    et à condition d’oublier toute la phraséologie sur la bonté de la “création” (l’Univers étant tellement en devenir qu’il faut aussi bannir le mot création des spéculations métaphysiques), car la planète Terre est véritablement un haut-lieu du “carnage universel”

    Bref, on fonderait plus aisément l’unité de l’Europe sur son histoire (simplifiée et mythifiée, bien sûr, en “oubliant” un énorme tas d’événements peu glorieux et inintelligents) et sur le culte des grands hommes (et de qq. femmes).

    On tenterait ainsi d’instaurer un Culte patriotique, étendu à l’ensemble du continent et à l’ensemble des Nations de race européenne…
    Un peu à la manière du Shintoïsme, où les Nippons vénèrent des mythes nationaux et les grands ancêtres, ce qui n’exclut pas de croire en supplément à une quelconque divinité… à condition que son clergé fasse preuve de tolérance (ce qui revient presque à énoncer une antinomie !)

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