Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

Après les Goncourt et Renaudot de 2017 : qui peut encore croire aux prix littéraires ?

Lire

Après les Goncourt et Renaudot de 2017 : qui peut encore croire aux prix littéraires ?

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue

L’année dernière, c’était tout Islam et tout femme : Leïla Slimani pour le Goncourt et Yasmina Reza pour le Renaudot. Cette année ce sera vert de gris, « les heures sombres de notre histoire ».

ordre du jour - livreQui ne comprend donc pas que les grands prix sont un véritable bourrage de crane ? Et oui, les nazis sont partout, ils sont même réapparus en Allemagne  ! Ce sera donc pour cette année l’arrivée au pouvoir des nazis avec “L’ordre du Jour” d’Eric Vuillard (Actes-Sud) et la fin misérable d’un des plus odieux d’entre eux, “La Disparition de Josef Mengele” d’Olivier Guez (Grasset), prix Goncourt et Renaudot de l’année 2017.

On remarquera au passage qu’aucun des deux livres récompensés n’est un roman. Ce n’est pas grave : on jouera avec les règlements puisque l’urgence politique l’impose et puis, voyons, “c’est un livre fulgurant”, s’est justifié Bernard Pivot, le président de l’académie Goncourt, le livre de Vuillard n’étant même pas sorti cet automne mais au printemps dernier. Tiens c’est curieux, on ne l’avait même pas remarqué dans les bacs tant sa  grille de lecture des événements est archi-connue. On nous dit que l’auteur a choisi de raconter l’Histoire en insistant sur les détails. Une hérésie ? Le tout fait seulement 160 pages mais là aussi qu’importe, il s’agit d’une manip organisée : rien n’est inventé, tout est vrai puisque l’histoire est forcément une autre manière de regarder le présent  ! Trois ans d’écriture et de recherches, notamment au Brésil – où Guez a retrouvé la ferme où Mengele s’était terré -, ont été nécessaires pour aboutir à “La disparition de Josef Mengele”.

la disparitionde lardeurPour couronner le tout, le prix Renaudot Essai a été décerné à Justine Augier pour “De l’ardeur” (Actes Sud) qui bien sûr vous rappellera incidemment que des Nazis peuvent aussi être orientaux et en particulier syriens, le livre faisant le portrait de Razan Zaitouneh, une avocate syrienne défenseur des droits de l’homme enlevée en 2013 et portée disparue. Mais là qu’importe aussi que les miliciens appartenaient à l’armée islamique, Razan sera forcément l’incarnation de la folie «fasciste » d’un des pires régimes répressifs du monde, le régime syrien, un régime qu’il faudrait sans doute abattre sans pitié sauf que manque de pot, les Russes ont gagné la partie. Ah mais au fait, Poutine, ce ne serait pas un…. Ne soyez pas pressés : ce sera pour l’année prochaine quand tout aura repris dans le Donbass ou au Liban.

Notons qu’au passage, les jurés n’ont pas besoin eux de jouer des connivences et des entrejambes. Même la bien pensante Anticor n’y verra que du feu et surtout pas de conflit d’intérêts. Eric Vuillard a ainsi confié au micro : “la Ministre, elle m’a dit qu’elle était ravie”. Le nazisme après tout fait vendre mais tiens au fait, pourquoi autant ? La bête immonde ne se repait-elle pas aussi de récits  pourvus qu’ils décrivent la belle époque !

Répondre