Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

Avec Mayotte, la France veut-elle lâcher les Outre-mer ?

Outre Mer

Avec Mayotte, la France veut-elle lâcher les Outre-mer ?

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue

Nous avons toujours défendu dans Métamag les Outre-mer et surtout indiqué qu’ils étaient, pour nous, important car constituant souvent des laboratoires de ce qui se prépare en France métropolitaine.

outre_mer_carteAussi avons-nous remarqué  l’intervention insolite du directeur général de la gendarmerie nationale, le général Richard Lizurey. Dans son audition du 10 octobre 2017, devant les membres de la commission de la défense de l’Assemblée nationale, le général parle d’un niveau préoccupant de la situation sécuritaire des Outre-mer et cite notamment Mayotte, la Guyane et la Nouvelle-Calédonie.

Pour lui, Mayotte est  le territoire le plus préoccupant avec ses caillassages réguliers de gendarmes et de véhicules, ses agressions quotidiennes ou ses opérations de décasage (expulsion de clandestins opérés par une population en état de légitime défense face à l’inaction des forces de l’ordre devant l’immigration clandestine). Le directeur général surenchérit et nous indique que « la situation à Mayotte constitue une bombe sociale, qui explosera on ne sait pas quand. Mais cela arrivera ».

Ensuite, le général Richard Lizurey a évoqué la Guyane comme “le deuxième territoire le plus préoccupant” soulignant que pour lui, la seule solution à terme sera d’y envoyer des troupes. Mais quelles troupes ? Il nous apprend tout de même que sept escadrons de gendarmes mobiles sont sur place, envoyés en renfort (le plus fort taux de forces supplétives). Enfin, le dernier territoire méritant selon lui une vigilance particulière est la Nouvelle-Calédonie, où le nombre d’agressions repartirait à la hausse.

Ils semblent dire : on lâche tout.

C’est exactement ce que le gouvernement est en train d’opérer à Mayotte. La France y lâche tout simplement son peuple sauf que la résistance de ce  peuple mahorais est sans faille et qu’il commence donc à se lever. L’ultimatum est lancé : les collectifs de défense de Mayotte, associations hostiles à la feuille de route France-Comores signée en septembre dernier, se mettent en place. Un Haut Conseil du peuple a vu le jour. La suspension du visa Balladur que souhaite le gouvernement pour laisser l’île ouverte à tous vents , y compris d’ailleurs malgaches (atteints par la peste) ou africains est remis en question.

Les députés mahorais Mansour Kamardine (LR) et Ramlati Ali (LREM), les sénateurs Hassani Abdallah (DVG) et Thani Mohamed Soilihi (LREM), ainsi que le président du conseil départemental de Mayotte Soibahadine Ibrahim Ramadani ont été reçus à Paris par le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. Cette rencontre intervenait  – car les élus n’ont pas tous été clairs dans l’histoire – après le mouvement de colère au sein de la population mahoraise qui s’est exprimée tout récemment et qui sincère, authentique est bien le mouvement de colère d’un peuple français qui n’a rien à voir avec le peuple comorien étranger.

L’accord franco-comorien portant notamment sur une gratuité des visas aux ressortissants des Comores à partir du 1er octobre était à ce titre un véritable poignard dans le dos contre le peuple franco-mahorais même si selon le Quai d’Orsay, il s’agissait de lutter contre le trafic d’êtres humains, favoriser les mouvements légaux, tarir les passages illégaux et sécuriser les liaisons, aériennes comme maritimes. Dans quelques années, les Mahorais seront minoritaires. Que croit la France ? Qu’alors un référendum organisé sur l’île permettra aux Comoriens fraîchement installés de voter et de rallier la Grande Comore ?

Le gouvernement français  a finalement décidé fin septembre de “différer” la mise en place de cette “feuille de route”. Ce qui signifie qu’il reste attaché sur le fond à cette politique d’assimilation forcée de Mayotte aux Comores. Embarrassé,  Jean-Yves Le Drian a déclaré lundi « que la feuille de route était suspendue jusqu’à nouvel ordre » pour donner le temps aux Mahorais et aux Comoriens de se mettre d’accord . Mais se mettre d’accord sur quoi ? L’identité d’un peuple ne se négocie pas mais se défend. Ancien ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian devrait le savoir. La lutte contre les passeurs ne passe pas par une clarification des modes et conditions d’accès à Mayotte comme le soutient le député franco-comorien d’En Marche, Saïd Ahamada, député de la septième circonscription de Marseille. La lutte contre le trafic d’être humains dont est coupable le gouvernement comorien ne peut se faire qu’en amont dans le pays d’origine mais sans aucune concession avec un régime qui est l’un des plus pervers au monde et qui cache sa rapine par la célèbre maladie des indépendances : la faute et le coupable étant bien sûr la France coloniale.

Aurait-on décidé  de faciliter l’émigration comorienne pour pouvoir lâcher le département français ?  Les Comores n’auraient-elles d’autre sort que l’émigration, l’exil de toute sa population et le vidage de ses trois îles sans  que la France développe sur place les moyens de cette intégration forcée.

  1. Plouvier Bernard
    Plouvier Bernard19 novembre 2017

    Si la discussion est libre, on peut soutenir le raisonnement inverse de celui de Michel Lhomme…
    raisonnement tout-à-fait logique et légitime dans l’optique post-colonialiste : on n’abandonne pas nos amis d’Outre-mer
    Mais, l’option inverse est celle-ci : chaque continent doit être peuplé & administré par ses autochtones (éventuellement, l’Europe peut servir, en cas de besoin, de lieu de formation des cadres)
    Dans cette option, la France ne conserverait sa souveraineté que sur les îlots non peuplés, sur les Terres australes (peuplées de scientifiques et de techniciens français) et sur les territoires peuplés en grande majorité d’Européens, qu’il est hors de question d’abandonner (je pense aux îles Saint-Pierre et Miquelon)

    Les arguments d’un gendarme ne valent rien : qu’il fasse son travail et ne nous ennuie pas avec les détails
    En revanche, le puits sans fond des Dom-Tom dépensiers et de faible rapport plombe le budget de la France et cela est intolérable en période de crise économique et de surendettement de l’État.

  2. Armand Launay
    Armand Launay20 novembre 2017

    Le projet de noyer et lâcher le peuple mahorais dure, en effet. Il est sur le bureau du ministère des Affaires étrangères en tant que le projet de constituer une Confédération des Comores.

    Mayotte, toujours française, se retrouverait dans une organisation politique inédite où des élus des Comores et de Mayotte seraient rassemblés dans une assemblée régionale. C’est ce que la persistance de la feuille de route semble indiquer.

    L’histoire se répète. C’est précisément ce genre d’assemblée “régionale” qui avait été concédée aux Ngazidjiens (les grands Comoriens) en 1957 dans une sorte de “Conseil de gouvernement” où des élus représenteraient les peuples des Comores à la proportionnelle. Résultat, les Mahorais, Français à part entière, n’étaient que 10 % à siéger parmi les élus des trois autres iles, anciennes colonies.
    De là – comme c’est étrange – les pouvoirs ont été peu à peu transférés à Moroni, capitale de Ngazidja. Etrange itou, dès 1958, des Mahorais créèent le “Congrès des notables”, fondement d’un parti présidé par Georges Nahouda. Les Mahorais soutiendront en masse ce parti qui devint Le Mouvement populaire mahorais. C’est lui qui a combattu pour que Mayotte reste française.

    Aujourd’hui, notre gouvernement veut de nouveau noyer les Mahorais dans une démographie à son désavantage et avec des notables étrangers qui détestent toujours autant le peuple mahorais ! Ka rivendzé !

    • Oliviiieur
      Oliviiieur21 novembre 2017

      Exactement Monsieur vous aviez tout dit ! Fallait aussi préciser que Mayotte est devenue Français avant Nice, et les Mahorais veulent Majorais Français pour être libre ! NON KARIVENDZE. Le peuple Mahorais se sent abandonné .
      .

Répondre