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Macron va-t-il bénir la fusion des républicains radicaux de gauche et de droite ?

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Macron va-t-il bénir la fusion des républicains radicaux de gauche et de droite ?

Armand Launay ♦
Enseignant en philosophie

Séparés depuis 1972 en deux partis, les républicains radicaux de gauche (PRG) et de droite, dits valoisiens, ont pris contact cet été afin de fusionner leurs deux formations. Pourquoi effacer maintenant le clivage gauche-droite après 45 années d’opposition ? L’élection d’Emmanuel Macron, au printemps, et sa revendication de n’être ni de gauche ni de droite en est le déclencheur. Mais un déclencheur n’est pas une justification. Alors, ces velléités partisanes nous apprennent-elles quelque chose des rapports entre les alliés de Macron et le militantisme républicain radical ?

Aux origines du militantisme républicain radical

Après la chute de Napoléon III (1870), la France était principalement monarchiste. La division des monarchistes fut exploitée par les républicains arrivés au pouvoir en 1879. Les républicains étaient séparés entre opportunistes et radicaux. Les premiers, proches des milieux d’affaires, étaient républicains car c’était l’idéologie montante. Les seconds, menés par Léon Gambetta, étaient radicaux dans le sens où radical signifie “à la racine”. La racine de la république demeure 1792 et les différents mouvements insurrectionnels ayant secoué la France.

Les radicaux militaient pour une plus large souveraineté populaire. Ils travaillèrent ainsi à la reconnaissance de l’Assemblée nationale contre la monarchie présidentielle, l’édification de l’école républicaine afin que tout citoyen défende ses droits, la reconnaissance de certains droits aux ouvriers contre l’arbitraire capitaliste, la défense de la liberté de la presse (1881), la formation d’associations (loi 1901), la création de la laïcité contre les pouvoirs politico-religieux (1905).

L’homme le plus représentatif de ces radicaux est Georges Clemenceau, le Tigre, partisan de la Commune, partisan de Dreyfus, opposant au projet d’empire colonial. Connu pour ses traits d’esprit, en 1905 il critiqua vivement le gouvernement du républicain opportuniste Maurice Rouvier : « Ce n’est pas un ministère, c’est un conseil d’administration ! ». Il critiquait ainsi le banquier d’affaires qu’était Maurice Rouvier, corrompu notoire et partisan du libre-échange. Clemenceau, enfin, acquit la réputation d’être le “premier flic de France” et le “père la victoire” car il présidait le conseil des ministres en 1917 et maintint la France dans la guerre sans concession contre l’Allemagne et ce contre l’avis des socialistes. En somme et en ce temps, les radicaux étaient patriotes et pour l’ordre républicain.

Cent ans plus tard, au sein de l’UDI de Jean-Christophe Lagarde….

L’Union des démocrates et des indépendants (UDI), parti de droite fondé par Jean-Louis Borloo, comprend le Parti radical présidé par Laurent Hénart. Celui-ci s’est félicité le 15 septembre 2017 de tenir une université d’été commune avec le PRG afin de fusionner. Sa déclaration figure sur le site de son parti : “Quand les radicaux se sont séparés, c’était il y a 45 ans. Il y avait des vraies confrontations idéologiques. Avec l’élection d’Emmanuel Macron, tous les partis de gauche et de droite se retrouvent en reconstruction. C’est l’occasion pour les radicaux, que plus rien ne sépare, de faire maison commune.” A-t-il tort ?

L’histoire, une fois encore, peut nous éclairer. Le XXe siècle a montré l’éclatante victoire de l’économie ; que celle-ci soit capitaliste et financière ou communiste et planifiée, tout est désormais monnaie, production, échanges.

Radical-Biarritz_Congrès_Radical_Socialiste_de_1936L’émergence du socialisme, en France, a fait éclore la partie solidaire du programme radical : assistance publique, congés payés, mutualisme. Le socialisme a repoussé à droite une partie des radicaux, plus opportunistes que radicaux, plus libéraux que protectionnistes. Après la Seconde guerre mondiale et la victoire d’une finance et d’un capitalisme mondiaux, les radicaux se sont retrouvés chez les centristes. En 1972, en vue des présidentielles de 1974, des radicaux soutiennent Valery Giscard d’Estaing, les radicaux valoisiens. D’autres radicaux soutiennent le programme commun de la gauche de François Mitterrand et fondent le PRG. Il y avait une faille entre un monde patronal, réglementé par l’État, et un monde des classes moyennes et populaires, protégé par l’État.

Durant les années 1980 et le début de la libéralisation de la France, les radicaux ont été des forces d’appoint de la droite et de la gauche, des partis au faible pourcentage de voix, des partis accueillant les déçus ou les indisciplinés des grands partis. Presque tous les radicaux se sont affichés pour le libéralisme, y compris le PRG avec, surtout, les années Bernard Tapie, l’ouverture des frontières, le cosmopolitisme, l’Europe censée, dans l’idéal, créer une plus grande France, protectrice des peuples mais, dans les faits, manipulatrice du droit au service de lobbies, de la finance et du libre-échange.

Ces partis étaient au service de la finance, avec quelques corrections sociales, mais cela n’a pas suffit.

En 2017, les grands groupes financiers passent en force par la personne d’Emmanuel Macron, ancien banquier d’affaires de chez Rothschild. Le politique devient désuet et les anciens partis se dégonflent. L’UMP et, surtout, le PS voient leurs mentors rejoindre le parti d’Emmanuel Macron, La République en marche. Cris d’effroi à gauche et à droite. C’est immonde ! Le politique est vampirisé par la finance, la France n’est plus qu’un syndic de copropriété au service des grands propriétaires et de leur copain le gérant !

Alors, Laurent Hénart a peut-être raison de déclarer qu’il n’y a “plus de confrontations idéologiques” entre les radicaux de gauche et de droite, “plus rien ne les sépare” car il y a bien longtemps que les partis en place œuvrent pour la finance et le libéralisme qui assurent leurs places. Le virage macronien de 2017 a peut-être le mérite d’avoir fait tomber les masques où, benoitement, nombre d’élus et partisans se sont affichés opportunistes ! Maurice Rouvier au pouvoir !

Les billets de banque volent, les idées restent !

radical-elections-internesLe tri est-il tout à fait terminé entre les opportunistes et les radicaux, non plus seulement les partisans du radicalisme mais les personnes radicalement attachées aux valeurs républicaines, au souverainisme, à la nation ? Pas tout à fait. Il existe toujours des personnes en observation dans les partis traditionnels (PS et UMP). De même, il existe des opinions très relativistes, comme au Front national, considérant, comme Émmanuel Macron et la finance, que la droite et la gauche sont les mêmes. Cela n’aide pas à faire le tri entre le politique et la finance !

Pourtant, il existe des citoyens attachés aux valeurs, y compris au sein des radicaux. Ainsi, on retrouve le président du PRG de l’Eure, Olivier Taconet, s’opposant à la fusion entre son parti et les radicaux de droite. Il y voit le signe de la renonciation aux idées car, en fusionnant avec le parti radical valoisien, les radicaux se retrouveraient dans l’UDI. Or, note-t-il sur son blog, “Ce qui est emmerdant avec les militants, c’est pas tellement qu’ils se trompent, après tout ça arrive à tout le monde, non, le problème c’est qu’ils croient à ce qu’ils disent et à ce qu’ils font. Et tout ceux qui ont pris leur carte au parti radical de gauche, l’ont prise par ce qu’ils étaient à gauche.” Le militant fustige les manœuvres de la direction du PRG, peu soucieuse du point de vue des militants et qui semble motivée par l’équilibre des comptes du parti, mis à mal cette année en particulier.

L’année 2017, et le passage en force de la finance, doit avoir au moins un intérêt (général) : montrer au grand jour l’ensemble des opportunistes qui ont entériné l’idée et accepté le fait que le libéralisme et la finance sont l’origine et la norme de l’action politique. Deuxième intérêt, démontrer que la vie intellectuelle et l’action politique n’en sont que plus nécessaires afin de construire des partis autour de programmes prenant en compte la souveraineté du peuple, sa protection contre les groupes financiers et capitalistes, sa protection contre les pouvoirs religieux, contre la maladie, les accidents, la pauvreté, la vieillesse, l’arbitraire… En somme, un programme aux racines de la république !

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