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Mayotte : encore un cri d’orfraie de Jacques Toubon

Mayotte France

Mayotte : encore un cri d’orfraie de Jacques Toubon

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue

A Mayotte, selon l’association Le Village d’Eva, il y aurait entre 5 000 et 7 000 enfants déscolarisés qui ne vont plus à l’école parfois depuis plusieurs années et n’ont donc pas accès à l’Education et ce, en parfaite violation de la Convention internationale relative aux Droits de l’enfant de 1989.

Les raisons invoquées sont un manque de salles de classe, des situations administratives compliquées pour l’étude des dossiers en raison de l’origine étrangère essentiellement comorienne des enfants, la mauvaise volonté des élus municipaux. Nonobstant, il faut préciser que si les communes exigent souvent des pièces impossibles à fournir au dossier d’inscription et le font volontairement, c’est qu’elles savent aussi qu’aucun moyen supplémentaire d’ouverture de classes primaires ne leur sera alloué contrairement à toutes les promesses électorales tenues ici ou là. De fait, les mairies fournissent rarement un justificatif mentionnant le motif du refus de scolarisation, même si elles y sont légalement contraintes, le contexte général étant le manque de places.

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Jacques Toubon

C’est donc lundi 20 novembre que le Défenseur des Droits, Jacques Toubon a remis son rapport sur les Droits de l’enfant au Président de la République, un rapport accablant en ce qui concerne le 101ème département français. Les louvoiements politiques du parcours de Jacques Toubon sont fortement critiquables mais parachuté sur un de ces postes de complaisance pour hommes politiques en fin de carrière, force est de reconnaître que Jacques Toubon y fait au moins son travail ce qui est loin d’être le cas de tous.

Sur Mayotte, le rapport ne mâche pas ses mots – comme Toubon ne l’avait pas fait non plus à propos des libertés et de la prolongation de l’état d’urgence. Jacques Toubon a même déclaré au micro d’Outre-mer 1ère que « la situation des enfants de Mayotte est, de manière générale, non conforme aux droits qui sont ceux de l’enfant sur le territoire de la République française, dont Mayotte fait partie ». Il a dénoncé l’insuffisance du service de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE), la déficience des Services de Santé et même réclamé un plan particulier pour la scolarisation de Mayotte, rejoignant ici ce que tous les syndicats enseignants réclament depuis des années.

Il n’y a, par exemple sur l’île que deux médecins scolaires recensés quand dix seraient nécessaires ! Le rapport de Toubon cite à cet effet une conclusion de la Cour des Comptes qui considère que la médecine préventive en milieu scolaire à Mayotte est « dans l’impasse » (sic). Ceci étant, il faut reconnaître que quatre postes de médecins ont été ouverts par le Rectorat de Mayotte mais ne seraient pas pourvus, faute sans doute de mesures réelles d’attractivité qui ne sont pas forcément matérielles.

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Kwassas araisonné par la Gendarmerie Nationale

En effet, quelle famille voudrait venir aujourd’hui s’installer à Mayotte quand la scolarisation en primaire n’est souvent pas assurée ( sept semaines par exemple de ”grève sauvage ” des instits dans le Sud de l’île sans qu’aucune mesure disciplinaire ou de retenue sur les salaires n’ait été prise par les inspecteurs du premier degré !) ? Qui voudrait muter à Mayotte quand de plus la délinquance et plus particulièrement la délinquance juvénile explose partout avec une jeunesse qui paraît dans bien des cas abandonnée et livrée totalement à elle-même ?

En période scolaire, à l’heure des cours, il suffit de faire le tour de l’île en voiture pour être sidérée par la présence des garde-mobiles ou d’agents de sécurité en blouson jaune fluo tentant désespérément de ramener l’ordre aux abords des établissements scolaires. Les mineurs isolés mais aussi les jeunes en général, forcément toujours plus nombreux en raison d’une maternité devenue ”industrielle”, demeurent livrés à eux-mêmes et font donc à peu près tout et n’importe quoi.

Interrogé par l’AFP, le vice-rectorat admet n’avoir aucun chiffre sur le nombre de mineurs déscolarisés. Ce même rectorat ne dispose même pas d’outils statistiques sur le suivi de ces élèves post-bacs en métropole ! En septembre, le directeur général administratif de la mairie de Mamoudzou comptabilisait 600 enfants déscolarisés dans le chef-lieu de Mayotte, rien que pour le premier degré. Ces mineurs vivent souvent sans leurs parents restés au pays ou ayant été expulsés, ils sont confiés à des membres lointains de la famille résidant à Mayotte, où ils sont “livrés à eux-mêmes, à défaut d’être pris en charge par des associations”, avait déjà alerté la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) dans un rapport en juillet 2017.

Le contexte local socio-économique est pourtant on ne peut plus clair et marqué par une forte croissance démographique alimentée par une immigration clandestine délibérément non maîtrisée. La population est jeune, voire très jeune et elle est confrontée à une évolution rapide vers le modèle de société de consommation occidentale, brisant les uns après les autres, les liens traditionnels de la société mahoraise. Historiquement et culturellement, l’épanouissement, l’émancipation d’un jeune Mahorais se faisait à l’adolescence sous le contrôle des parents. Pour l’intimité des parents et par respect de la religion musulmane très tolérante à Mayotte, l’adolescent quittait le domicile parental pour s’installer dans son banga en communauté, loin de la cellule familiale mais toujours à l’écoute des adultes. Les jeunes ne construisent plus de banga et le fort recul de la prégnance de la religion musulmane, tenue le plus souvent par des imans incultes, maîtres (fundis) d’un autre temps laisse apparaître chez les jeunes des comportements nouveaux (alcoolisme, drogue, chimique) qui influent sur les nouvelles formes de la délinquance juvénile.

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Les violences à Mayotte

Ainsi, l’évolution de la délinquance de Mayotte se caractérise par une très forte progression des vols avec violence, une violence de plus en plus grave, vols aggravés (violences en réunion) avec même des débuts de braquage et de vols à main armée. Cette délinquance est essentiellement dirigée contre les biens et les personnes (cambriolages et agressions physiques). La délinquance des mineurs explose et surtout elle est multirécidiviste. D’ailleurs, qui a réellement peur des gendarmes à Mayotte ? Comme en France, la population issue de l’immigration régulière et l’immigration clandestine s’est concentrée dans certains quartiers (Kaweni par exemple, le plus grand bidonville de France). Dans ces quartiers règnent en ce moment une urbanisation sauvage avec habitat précaire, construction de cases, implantation de tôles ondulées sur les collines au lieu des plantations d’arbre, c’est-à-dire à ce qui correspond bien à des « invasions de terrains » mais ici quasiment légalisées puisqu’aucune autorité gouvernementale, personne, sauf les locaux qui seront alors traités de « sales racistes » par Toubon lui-même, n’oseront leur rappeler le droit de propriété et encore moins les écologistes ou les naturalistes forcément sans frontièristes et devenus du coup indifférents au déboisement régulier des collines. De fait, partout à Mayotte, c’est un sentiment réel d’impunité qui se développe.

Mais ce qui est bien clair aussi -mais peu l’écrivent – c’est que l’explosion démographique récente et la hausse corrélative de la délinquance n’ont pas été anticipées en matière de politique de sécurité parce que tout simplement elle est favorisée en haut-lieu quasiment diplomatiquement dans la perspective de dissoudre le peuple français mahorais (la feuille de route avec les Comores). Du coup, tous les efforts en cours et à venir de recrutement et d’équipements ne rattraperont que difficilement le décalage entre la demande sociale de sécurité et la prestation offerte. Si régulièrement les kwassas débarquent et que demain, ils seront quasiment accompagnés jusqu’à l’hôpital ou la maternité par les vedettes de la police aux frontières, il faut bien construire 1000 écoles primaires maintenant (discours électoral de Macron à l’Abattoir en avril 2017).

Nous ne pouvons du coup que porter un jugement assez sévère sur la capacité d’action de l’’État vis à vis de la population mahoraise en général, du moins ceux dont les biens (maison, voitures), constituent une proie facile pour la délinquance. Quand Mayotte sera-t-elle déclarée en zone de sécurité prioritaire ? A quand aussi l’application de l’article 135 du règlement du Parlement européen qui prévoit que, sur demande, un débat peut avoir lieu sur un cas urgent de violation des droits de l’homme, de la démocratie et de l’État de droit en Europe. Les Mahorais ne seraient-ils pas Européens ou a-t-on décidé de les condamner à la prédation de subsistance de la part de jeunes immigrés déscolarisés ? Face à l’imminence d’une explosion sociale, sécuritaire et sanitaire sur l’île, l’État français ne cesse de tergiverser tandis que l’Europe effarouchée préfère détourner le regard sur cette France qu’on ne saurait voir, la France des bidonvilles en construction dont Mayotte risque de n’être, hélas, qu’une préfiguration sinistre. La feuille de route simplement suspendue à l’heure actuelle avec le gouvernement des Comores entraînera l’accélération du basculement démographique de l’île : les Français mahorais s’y retrouveront en minorité.

La coopération avec l’Union des Comores ne peut passer que par la lutte en amont contre l’immigration illégale, en permettant à la France d’arraisonner les embarcations de clandestins dans les eaux territoriales comoriennes.

Elle exige le renforcement immédiat de dérogations au code de l’entrée et de séjour des étrangers afin de limiter le droit du sol, inadapté à la situation géographique de l’île. Sans une telle politique, l’île s’effondrera à moins d’y injecter mais de suite des milliards. Toubon, le défenseur des droits y croit : il est mondialiste mais du coup, il n’y croit qu’avec l’appui des crédits européens ignorant que sur l’île, ils restent peu mobilisés par incompétences départementales. Alors sauver Mayotte par l’Europe, est-ce la dernière trouvaille gouvernementale pour se défausser du peuple français de Mayotte quand on sait que justement l’Europe est en panne, pour ne pas dire en implosion ?

Français Mahorais, vous risquez hélas de ne pouvoir compter demain que sur vous-même même si cette année l’Assemblée nationale a voté l’augmentation de la contribution française au budget de l’Union européenne, à hauteur de 20,2 milliards d’euros en 2018 soit un record absolu.

  1. MONTENAY
    MONTENAY27 novembre 2017

    Je connais bien Mayotte. Pourquoi dites vous que l’immigration est «volontairement non maîtrisée ? », alors que tout le monde s’accorde à dire que c’est la problème numéro 1. Et la « maternité industrielle » est largement le fait des immigrées, à tel point que l’on envisage d’offrir une maternité à l’île de départ, Anjouan.

  2. lhomme
    lhomme27 novembre 2017

    Pour l’instant, foin depuis longtemps d’une maternité à Anjouan mais une annexe du bureau d’état civil de la mairie de Mamoudzou directement implanté au sein même de l’Hôpital de Mayotte et destiné à la « régularisation » du droit du sol, une feuille de route qui supprime le visa Balladur et provoque depuis quelques semaines la mobilisation des « chatouilleuses » de l’île. ML.

  3. Armand Launay
    Armand Launay27 novembre 2017

    En effet, cette immigration n’est pas du tout contrôlée. Cela fait des décennies que les services militaires, sur place, notent l’insuffisance des moyens matériels et humains. Même les ministres qui circulent au gré des alizés (ou des élections, il faudrait que je vérifie), le notent. Bé, rien ne change !

    Je voudrais revenir sur une autre phrase de cet article : “le fort recul de la prégnance de la religion musulmane, tenue le plus souvent par des imans incultes, maîtres (fundis) d’un autre temps laisse apparaître chez les jeunes des comportements nouveaux (alcoolisme, drogue, chimique) qui influent sur les nouvelles formes de la délinquance juvénile.”

    Est-ce le recul de la prégnance musulmane, dont il s’agit, ou surtout du recul des liens sociaux traditionnels ? Dans certains villages mahorais, les gens se connaissent encore bien. Normal, les villages sont constitués de quelques larges familles. Si un jeune vient à faire une bêtise, il est rapidement reconnu par les familles et la honte retombe sur les siens. L’anonymat est dur au village ! A Mayotte comme ailleurs.
    La délinquance la plus large et lourde est dans les villes, les bidonvilles. Là où résident surtout des gens de passage, ou qui le souhaitent du moins. Si un jeune fait une bêtise, on ne peut pas retomber sur sa famille. On craint des représailles de sa part si on exprime un désaccord, surtout si le jeune n’est pas seul. Ces quartiers, ces villages sont pourtant largement constitués de ressortissants d’Anjouan et de Ngazidja, pourtant très musulmans. Plus musulmans, même, que les Mahorais qui, d’après leur réputation, sont plus ouverts sur les cultures africaine et, surtout, malgache. Pieux mais moins que les autres, en somme !

    On se trouve sur une ligne de faille ici : une sociabilité qui se délite à cause du départ de Mahorais vers l’extérieur et, surtout, à cause de l’arrivée de nombreux immigrants. On se connait moins et l’on perd les moyens de se comprendre, de s’entendre. On perd même la nécessité de s’entendre quand on n’a pas d’attache particulière au lieu où l’on vit. On devient plus anonymes les uns les autres.
    De l’autre côté, on a une justice et une gendarmerie occidentales. Les gendarmes peinent à se déplacer pour les autochtones et, même, souvent, pour les métropolitains. La justice réprime les Mahorais qui se défendent des agressions, parfois il est vrai de manière abusive mais qui se veut dissuasive. Souvent d’ailleurs, les Mahorais agissent parce que la justice se fait attendre.
    Alors, on a des jeunes dans une sociabilité appauvrie – où les parents sont de toute façon traditionnellement peu présents dans la vie des adolescents – et où les services publics de France ne sont pas créés.

    Alors, il est funeste de la part de nos techniciens de l’Etat et des élus de laisser entrer autant d’immigrants ; tout cela pour les accueillir mal et pour punir toute l’ile ! Wanyawé !

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