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Théâtre de l’Odéon Marseille : Quatre jours à Paris

Odéon Photo 5

Théâtre de l’Odéon Marseille : Quatre jours à Paris

Hervé Casini ♦

© Christian Dresse

Il est bien dommage que « Quatre jours à Paris », l’opérette-vaudeville de Francis Lopez sur un livret de Raymond Vincy et Albert Willemetz , ne dispose pas totalement du matériau musical de certaines des plus célèbres œuvres du compositeur du « Chanteur de Mexico » car, au vu d’un livret qui, par son rythme frénétique et son exemplarité en matière de construction théâtrale, les surclasse toutes de plusieurs coudées, on ne serait pas loin de penser qu’on est là face au (petit) chef d’œuvre de son compositeur !

Ne boudons cependant pas notre plaisir car, si la partition ne présente pas trop de difficultés pour les chanteurs, les idées musicales sont, comme toujours chez Lopez, bien là, alternant couplets, romances, rythmes de valse, de blues et de one-step sans oublier bien sûr les inusables « Paris-Champagne » et « Samba brésilienne » construit, pour ce dernier, comme une mélodie infinie…

« Quatre jours à Paris » est, en outre, une opérette qui donne le beau rôle aux grands ensembles (« A deux cents à l’heure » à la fin de l’acte I et « Le bruit avait couru » au dernier tableau…) et on ne serait pas étonné d’apprendre que, pour ces moments précis, Lopez avait bien écouté Rossini !

© Christian Dresse

La mise en scène de Jacques Duparc est ainsi conçue pour que les dix personnages du livret (auxquels on pourrait d’ailleurs adjoindre les rôles épisodiques, mais si bien campés, de Dieudonné et d’Ambroise) ne constituent, en fait, qu’un seul ensemble. Il revient ensuite au talent du maitre d’œuvre de faire fonctionner une dramaturgie brillante où la scène ne cesse systématiquement de se vider, pour laisser place à des numéros des solistes, et de se remplir, pour créer des scènes de désordre et de grande agitation scénique. Un seul mot pourrait résumer l’atmosphère globale de « Quatre jours à Paris » : virevoltante.

Dans d’élégants décors reproduisant avec un kitsch de bon goût l’institut de beauté «Hyacinthe de Paris » puis le confort rustique de l’auberge de La Palisse, les personnages s’adonnent aux jeux de l’amour, des substitutions d’identité et de la confusion…des sentiments. Sans jamais se prendre au sérieux, le livret de Vincy et Willemetz flirte souvent avec le voisinage de Beaumarchais, Marivaux et, bien sûr, de Feydeau.

On ne peut qu’insister sur l’absolue nécessité, dans cette comédie en musique, d’un ensemble d’acteurs-chanteurs qui, alors que l’intrigue avance, ne fasse plus qu’un en scène : c’est justement en cela que réside la force de la distribution réunie par Maurice Xiberras, directeur de l’Opéra de Marseille et du théâtre de l’Odéon. Du couple de jeunes premiers, formé par Amélie Robins et Grégory Benchenafi, aussi talentueux interprètes que vocalistes brillants (et si beaux sur scène !) aux totalement déjantés Nicolas et Zénaïde (désopilants Grégory Juppin et Julie Morgane), c’est chacun des interprètes dont il faudrait saluer l’abattage et l

vis comica. Une mention spéciale s’impose, selon nous, pour le Hyacinthe de choc d’Antoine Bonelli, décidément inégalable dans chacun des rôles de composition qui sont les siens, et pour le jeune Jean Goltier, multicarte

Ambroise/Dieudonné, récemment diplômé du Conservatoire National de Musique de Marseille, dont on veut saluer à nouveau le style et la parfaite adéquation avec ce répertoire.

On ne sera pas surpris de lire que le public, au final, ne se lasse pas de réclamer la  « Samba brésilienne » mais sans doute le sera-t-on davantage en découvrant, fait unique à notre connaissance, que l’ensemble de la distribution vient inviter la salle à se joindre à elle pour quelques pas de danse bien rythmés !

Une matinée virevoltante, donc.

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