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Corée du Nord : Et maintenant que va-t-il faire ?

Kim Jong Une Coree Nord

Corée du Nord : Et maintenant que va-t-il faire ?

Yves Marie Laulan ♦
Ancien directeur à l’OTAN.

Vous l’avez déjà deviné, il ne s’agit pas des états d’âme de Gilbert Bécaud, mais de Kim Jung Un, le petit dictateur replet de la Corée du Nord.

Ce dernier a fièrement annoncé au monde entier qu’il pouvait désormais atomiser Paris ou Washington, au choix, quand il le voudra. Du coup , tout le monde se sent un peu mal à l’aise et le concert des grenouilles médiatiques ou politiques se sont sur le champ remises à coasser : « il faut négocier, négocier « . Comme la négociation était la formule magique , le sésame ouvre- toi qui pouvait d’un coup de baguette résoudre tous les problèmes de géopolitiques de la planète.

Mais personne ne semble se poser la question élémentaire de savoir de quoi négocier et avec qui ?

En réalité, le fait que Kim Jung Un dispose désormais de la bombe atomique et qu’il a aussi les moyens de la lancer à 8 000 kms environ ne change rien. Et pourquoi ?

D’abord, ce n’est pas une surprise. On le savait depuis longtemps. Seule la date de l’évènement n’était pas connue. Les différents présidents américains qui se sont succédé à la tête de l’Amérique, Obama en dernier lieu, tant fêté à Paris ces jour-ci, n’y ont rien changé. Ils ont laissé faire, tout comme Donald Trump qui s’est contenté pour l’instant , de proférer des menaces épouvantables sans faire autre chose que d’envoyer ses bombardiers faire des ronds dans l’air aux abords de la Corée du Nord.

La raison en est simple . Ils ne peuvent rien faire d’autre sinon déclencher de propos délibéré une guerre conventionnelle d’abord, puis nucléaire sans doute ensuite, avec ce petit pays furibond de 25 millions d’habitants. Et cela , personne n’en veut. Alors autant parler sanctions. Cela ne sert à rien, « ça ne mange pain » comme on dit, mais cela fait passer le temps. Cela donne l’impression que les responsables politiques « font » quelque chose. C’est ce que les militaires, qui ont parfois de l’humour, appellent « la gesticulation ». Même Emmanuel Macron, plus rigoureux d’habitude, demande de nouvelles sanctions. Bel aveu d’impuissance. Cause toujours.

Alors que faire ? Eh bien, rien

On aura un pays nucléaire de plus, après l’Inde et le Pakistan et bientôt sans doute l’Iran, puis l’Arabie Saoudite et, sans doute, d’autres, après. Il serait surprenant que le Japon ne se dote pas aussi tôt ou tard de l’arme nucléaire. Il y pense sérieusement d’ailleurs et pourrait le faire en un clin d’oeil. Et la Corée du Sud pourrait en faire autant sans nul doute. Bref, un peu tout le monde. C’est la fameuse « prolifération nucléaire » tant redoutée , le 2° âge nucléaire, qui est bel et bien en route.

Ceci étant, que va faire le malheureux Kim maintenant qu’il s’est-il taillé une magnifique armure, peut-être un peu trop grande pour lui quand même?
L’arme nucléaire, c’est bien joli mais à quoi cela peut-il bien servir ? Bien entendu , on songe en premier lieu à la riposte suprême, la sanctuarisation du territoire, quand on n’a plus le choix, le dos au mur. Mais là encore ce sont des propos de théoriciens en chambre comme le général Gallois ou son collègue Beaufre. Imagine-t-on le brave Hollande président,  appuyer gaillardement sur le bouton atomique ?  Et même Emmanuel Macron, qui a quand plus d’allure et de détermination le ferait-il sans états d’âme.

Appuyer certes, mais encore faudrait-il en avoir envie, avoir le terrible courage de le faire. Alors un de Gaulle, oui certes, mais François Hollande….. La dissuasion n’a de sens que si elle s’appuie sur une âme d’airain. Sinon , c’est de la théorie en chambre. En fait , ce que le petit Kim a sans doute en tête est d’exercer un chantage permanent sur ses riches voisins , Corée du Sud et Japon en tête, une sorte de racket fort lucratif d’État à État comme le faisaient avec succès les gangsters de la Mafia en Sicile ou à New York. Et cela a toutes les chances de marcher.

Mais, en outre , l’objectif à terme sera de réduire, puis d’éliminer peu à peu l’influence des États-Unis solidement ancrée dans la région depuis la fin de la dernière guerre, il y a 70 ans, en lui faisant perdre la face. Au profit de qui ? Mais de la Chine bien sûr , et aussi de la Russie. C’est la raison pour laquelle ces deux pays se gardent bien de condamner, si ce n’est du bout des lèvres, les agissements de leur petit protégé. Ils ne souhaitent nullement contrarier les plans du petit Kim qui « fait le ménage » à leur place. Car ils ne se sentent guère menacés par les progrès nucléaires de la Corée du Nord. Ils sont intimement convaincus , à tort ou à raison, qu’ils pourront le contrôler quand et où ils le voudront . (Même s’il y a des raisons de croire qu’ils jouent peut-être les apprentis sorciers. Mais ceci est une autre histoire).

En effet, il n’y a que deux façons de se protéger plus ou moins d’un conflit nucléaire.

L’un est la disposition d’un territoire immense : c’est le cas de la Russie, l’autre est la possession d’une population considérable : c’est le cas de la Chine. Les États-Unis n’ont ni l’un ni l’autre (l’Europe encore moins). Ils sont donc infiniment plus vulnérables à la menace nucléaire.

Le seul moyen d’éliminer radicalement la menace nucléaire de la Corée du Nord serait une attaque préventive qui aurait pour objet de détruire de fond en comble son arsenal nucléaire . Mais une démocratie ne peut guère se livrer à ce genre d’opération préventive. Hitler a pu le faire en 1939/40. Mais on avait alors à faire à un dictateur quasiment « possédé » . Les démocraties n’ont guère la faculté de procéder à des attaques préventives. Ce n’est pas « dans leurs gènes ».

Ce n’est pas non plus le cas de Trump, loin de là, quoiqu’en disent ses nombreux détracteurs.. Roosevelt a bien déclaré la guerre au Japon en 1942 mais il y avait eu auparavant Pearl Harbour qui avait rallié toute l’opinion américaine autour de lui. Et puis les Etats en étaient encore au stade de la guerre conventionnelle, mais pas du conflit nucléaire. Le monde a changé radicalement de dimension sur ce plan là.

Pour que les USA se détermine à lancer un attaque sur la Corée du Nord, il faudrait qu’il y ait non pas un incident aussi grave qu’il puisse être mais une véritable bataille sanglante , un épisode tragique insupportable à l’opinion américaine appelant une riposte violente et brutale. Pour l’instant on en est encore au conflit à fleurets mouchetés.

Si les USA voulaient vraiment créer un incident susceptible de provoquer leur entrée en guerre instantanément, l’opération serait aisée. Il leur suffirait de décréter la mise en quarantaine du littoral nord-coréen de façon à interdire tout trafic maritime. Dans le même ordre d’idée, il leur serait possible de déclarer une interdiction de vol (no flight zone) au dessus de Pyongyang. Ils ne l’ont pas fait et ne le feront vraisemblablement pas .

L’heure est encore à la « gesticulation, », mais pour combien de temps ?

Un accident de parcours imprévisible est certes toujours possible si l’hubris l’emporte sur la raison du petit bonhomme joufflu de Pyongyang. Pour l‘instant ce dernier ,manifestement doté d’un « ego » surdimensionné, comme souvent pour les dictateurs de petite taille, se sent invincible et se croit invulnérable. Tout lui réussit, impunément. Ce qui est toujours dangereux pour un dictateur, et pour le monde qui l’entoure. C’est « l’hubris ». Saura-t-il ne pas aller trop loin ?

  1. Antiquus
    Antiquus7 décembre 2017

    On voit mal pourquoi Kim déclencherait une guerre. C’est pour éviter le sort de Saddam, Kadhafi, Milosevitch ou Noriega qu’il s’est fabriqué une arme dissuasive. La dissémination est la conséquence directe du “devoir d’ingérence”. Si l’on veut éviter cela, la seule solution est de respecter la souveraineté des Etats et de cesser de vouloir tenir la cravache sur les états dits non-démocratiques mais faibles.

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