Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

Libération autochtone : les limites de la persuasion

Liberation

Libération autochtone : les limites de la persuasion

Antonin Campana ♦
Blogueur*.

Quand les Réfractaires s’épuisent à égrener des chiffres démontrant l’ampleur et la nocivité de l’immigration, le Système diffuse simplement une image d’un enfant étendu sur une plage. Le Système ne persuade pas : il manipule !

Les Réfractaires au Nouvel Ordre Mondial (et à son excroissance républicaine) subissent une situation des plus paradoxales. Depuis des décennies, ils sont contraints d’endosser le costume taillé sur mesure de l’odieux fasciste au front étroit, aux idées simplistes et aux pulsions « primaires ». Les partisans du Système sont au contraire avantageusement dépeints comme des êtres tolérants, humains, intelligents, nuancés, ouverts, pédagogues, qui voudraient comme leurs aînés que « cent fleurs s’épanouissent et que cent écoles rivalisent ». Le miroir du Système renvoie une image riche de noir et de blanc. Le seul problème est que cette image est totalement inversée.

Aussi loin que l’on remonte, les milieux réfractaires ont toujours cherché à persuader par des arguments, des chiffres, des idées ou l’exposé de faits précis et vérifiables. Voyez par exemple les travaux métapolitiques du GRECE, les analyses sur l’immigration, le Grand Remplacement ou le mondialisme, les sites de réinformation ou la production éditoriale riche et diversifiée de ce milieu décalé, bien plus intellectuel que véritablement politique. Alors que leurs adversaires, imprégnés de ce qu’ils entendent à la télévision ou lisent dans les médias, se contentent de renforcer l’ambiance idéologique du moment, les Réfractaires cherchent à convaincre par des arguments et des raisonnements construits : ils n’ont tout simplement pas d’autres moyens pour « réveiller » leur entourage et freiner une décadence qui ressemble fort à une démolition contrôlée. Le Réfractaire n’a donc qu’une seule arme à sa disposition : la persuasion !

Côté Système, la stratégie est tout autre

Le laborieux apostolat du Réfractaire fait sans doute bien rire. Car si le Réfractaire s’adresse à la raison, les maîtres d’œuvre du Système s’adressent à nos émotions et à nos instincts primaires. Quand les Réfractaires s’épuisent à égrener des chiffres démontrant l’ampleur et la nocivité de l’immigration, le Système diffuse simplement une image d’un enfant étendu sur une plage. Le Système ne persuade pas : il manipule !

Le Système utilise tous les acquis et toutes les ficelles des sciences sociales pour contrôler la population et lui faire adopter des décisions qui vont à l’encontre de ses propres intérêts. Là où le Réfractaire démontre (une idée), le Système provoque (un comportement). Et à ce jeu, le Système est toujours gagnant.

Connaissez-vous la « psychologie de l’engagement » ? De nombreux travaux ont démontré la validité de cette théorie dont l’importance est cruciale pour comprendre la manipulation des masses depuis la fin de la seconde guerre mondiale. La psychologie de l’engagement démontre que les actes, même anodins, ont des conséquences sur les comportements et l’état d’esprit d’une personne ou d’un groupe vis-à-vis d’un objet, d’une action, d’un individu ou d’un autre groupe. Plus exactement, elle montre qu’un individu est engagé par ces actes. Une conviction, même forte, déterminera un comportement, si, et seulement si, un « acte » préparatoire fait « lien » entre celle-ci et celui-ci. Faute de lien la conviction a de fortes chances de rester à l’état de potentialité. Par exemple, nous sommes tous convaincu de l’utilité de donner son sang. Combien sommes-nous à le faire ? Très peu, car les convictions ne déterminent pas les comportements.

Pour que la conviction se transforme en comportement, il faut un « acte de décision ». Cette théorie de « l’acte qui engage » a commencé à être formulée aux États-Unis dans les années 1940 par Kurt Lewin. A la question « comment faire changer les comportements d’une population ? », on s’était rendu compte que ni l’autorité ni la persuasion n’étaient des moyens réellement efficaces. L’autorité ne durait que le temps que durait la peur du gendarme et la persuasion n’impliquait pas forcément des changements comportementaux.

Kurt Lewin va élaborer une stratégie d’influence qui ne repose ni sur l’autorité, ni sur la persuasion mais sur l’obtention d’actes librement consentis. Il constata que la stratégie persuasive modifiait le comportement attendu de seulement 3% des sujets qu’il traitait (dans le cadre d’une économie de guerre, il s’agissait de faire accepter à des ménagères américaines qu’elles cuisinent des bas- morceaux). Ce pourcentage montait à 32%, soit dix fois plus, si l’on parvenait à obtenir de celles-ci un acte simple, comme lever la main pour manifester qu’elles avaient bien compris l’utilité des nouveaux comportements alimentaires. Lewin en déduisit donc qu’un « acte préparatoire » engageant (ici lever la main) était nécessaire pour transformer une conviction passive (« j’adhère à votre démonstration ») en comportement actif (« je la mets en pratique »). Cet acte qui engage, un « comportement préparatoire » demandant peu d’efforts, va contraindre le comportement futur de celui qui l’exécute. A partir de dizaines d’expériences, la psychologie sociale va ainsi établir que le lien entre convictions, motivations et comportements n’est possible qu’à travers un acte préparatoire intermédiaire qui manifeste une décision. L’individu aura tendance à « adhérer » (un processus d’adhérence, non d’adhésion) à sa décision, quitte à la rationnaliser par la suite si celle-ci a été forcée ou ne correspond pas à ses convictions profondes. Pour renforcer l’acte de décision et obtenir le comportement attendu, la psychologie sociale a déterminé qu’il fallait « étiqueter » positivement celui qui s’engage, l’étiquette étant censée renvoyer à la nature profonde du sujet (« technique de l’étiquetage »). A celui qui donne son sang, on dira : « heureusement qu’il y a des gens comme vous qui pensent aux autres !». A celui qui est favorable à l’accueil des « migrants », on dira : « vous êtes quelqu’un d’humain et de généreux !». A celle qui essaiera un parfum, on dira : « Vous le valez bien !».

Cette psychologie de l’engagement avait été politiquement utilisée au Kosovo par l’ethnologue albanais Anton Ceta. Il s’agissait de réunifier la société albanaise profondément divisée par la coutume de la vendetta. Dans les années 1980, Anton Ceta a provoqué de vastes rassemblements au cours desquels les participants déclaraient publiquement, « au nom du peuple, de la jeunesse et du drapeau », leur volonté de ne pas venger le sang versé. Ce n’est donc pas la persuasion qui a permis la « réconciliation » de la société albanaise (tout le monde était alors convaincu de la nécessité de cette réconciliation), mais l’acte (la déclaration publique) qui exprime la décision de se réconcilier. Or, par cascade, cet acte engageait finalement à davantage qu’une réconciliation : il engageait à une solidarité communautaire, solidarité qui permettra par la suite la naissance d’un Etat albanais au Kosovo.

Mais n’allons pas chercher au Kosovo ce que nous trouvons dans nos contrées. Car les processus électoraux sont de grandes messes périodiques qui sont autant d’occasions de produire des actes qui engagent

Réfléchissons un instant à la signification du vote. En lui-même et démocratiquement il n’a aucune sens car il n’est pas susceptible de pouvoir changer le régime en place (je rappelle que cela est interdit par la Constitution, article 89 ; le Code pénal, article 412 ; et la loi 2015-912 article L-811-3). D’autre part, les techniques de manipulation et d’influence sont suffisamment élaborées aujourd’hui pour que le Système puisse choisir, avant même l’élection, le candidat qui lui convient, à charge pour l’électeur de valider ce choix. Donc, le vote n’a pas pour objet de choisir un homme (ou une femme) puisque celui-ci (ou celle-ci) a déjà été choisi(e) par le Système. Son intérêt est ailleurs : c’est un acte préparatoire qui « engage » celui qui le fait !

Par cet acte solennel et public, dans un bureau de vote garni de symboles républicains, en présence souvent de gens qu’il connaît, l’électeur manifeste ostensiblement sa « conscience citoyenne », c’est-à-dire son adhésion au régime politique qui le manipule via un processus électoral biaisé. Celui qui vote fait un « acte citoyen » par lequel il déclare symboliquement accepter les valeurs du régime issu de 1789. Et cet « acte citoyen » ou « républicain » lie d’autant plus l’électeur au régime en place que ce dernier ne se prive pas d’accentuer la manipulation en utilisant la technique de l’étiquetage. Ainsi, au contraire de celui qui s’abstient, celui qui « s’exprime » est un « bon citoyen » qui « fait son devoir » et « prend son destin en main ». Il fait « fonctionner la démocratie » et n’a pas oublié « qu’on s’est battus pour ça ». Etc.

Le vote est donc un acte symbolique d’adhésion au régime en place, un acte qui ne peut être justifié que par l’adhésion explicite aux valeurs du régime en place. Car, si le vote est un « acte préparatoire », la fidélité au Système est le « comportement attendu ». En République, toute élection est donc une entreprise de manipulation construite selon les principes établis par les psychologues sociaux au milieu du XXe siècle et perfectionnés jusqu’à aujourd’hui (les Réfractaires doivent absolument lire l’ouvrage de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Bourgeois : Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens », PUG 2014). En votant, l’électeur manifeste son allégeance et son républicanisme. Il est psychologiquement et moralement tenu d’adopter un comportement conforme aux valeurs qu’il a signifié publiquement être siennes. Le renouvellement périodique de cet acte d’allégeance va fortifier ce « comportement citoyen », au contraire de l’abstention qui traduit déjà une rupture et une félonie que le Système ne se prive pas d’analyser subtilement en tant que tel.

Le « bon citoyen » est donc un citoyen-zombie manipulé. Un « comportement citoyen » (voter, mais aussi manifester son antiracisme, son féminisme, sa sympathie pour les homosexuels, son affection pour les migrants, son rejet des « extrêmes »…) est un comportement préparatoire suscité par le Système et positivement « étiqueté » par lui (le comportement est « citoyen », sous-entendu altruiste, généreux, courageux, engagé, libre…). Ce comportement préparatoire suscité par le Système ne signifie pas que celui-ci se soucie de la démocratie, des femmes ou des homosexuels… Les psychologues sociaux ont clairement montré que derrière un comportement ou un acte préparatoire suscité, il y a toujours un comportement attendu fort différent (je lève la main / je mange les bas-morceaux). Ici le Système attend un comportement d’adhésion au Système (je pleure sur Aylan / je soutiens les politiques d’immigration). C’est pourquoi, les ligues antiracistes, le féminisme, le mouvement LGBT… sont des vecteurs qui mènent tous au Meilleur des mondes concocté par le Système (comme le pseudo antifascisme mène au soutien du grand capital).

Pour revenir à ce que nous disions au début de ce texte, la stratégie persuasive des Réfractaires a maintenant trouvé ses limites. Leurs idées sont aujourd’hui partagées par une large majorité d’Autochtones sans que cela ait modifié leurs comportements, même au niveau électoral.

Conformément à ce qu’enseignent les psychologues sociaux, il faut créer un « lien » en acte entre les convictions de nos compatriotes et les comportements qu’un peuple libre peut attendre de ceux qui le composent. Pourquoi, alors que nous pouvons transformer des moutons en loups, devrions-nous ignorer les acquis des sciences sociales que nos ennemis utilisent sans vergogne contre nous ? Nous ne pouvons plus continuer à faire comme si la situation était figée. Le peuple autochtone a majoritairement pris conscience de la situation et cela change tout ! Cela change tout car les sciences sociales nous expliquent comment transformer cette prise de conscience passive en comportement actif. Après avoir tenu des assises autochtone et nommé un premier gouvernement autochtone temporaire, des élections autochtones auront, outre leur vertu démocratique, le mérite de transformer progressivement des convictions en comportements. C’est à ce prix que se fera le Grand Rassemblement, puis notre libération nationale.

*Animateur du blog Terre Autochtone

 

 

  1. Plouvier Bernard
    Plouvier Bernard6 décembre 2017

    Superbe article
    mais les précédents historiques démontrent qu’un peuple ne bouge qu’en cas de séisme

    – c’est la guerre perdue face au IIe Reich qui provoque la révolution bourgeoise du printemps de 1917 et sa submersion par les bolcheviks, aidés par quelques millions de $ venus des banques juives de New York, durant l’automne
    – c’est la grande crise boursière et bancaire de 1929-32 qui amène le New Deal (et son échec) aussi bien que le IIIe Reich
    – les guerres d’indépendance en Insulinde, en Indochine ou au Maghreb naissent de l’écrasement du colonisateur néerlandais et français par la Wehrmacht
    etc.

    Bien sûr, vous avez raison : il faut entreprendre une propagande qui fait appel à la raison, mais bien plus encore au sentiment… même lorsque l’on combat un envahisseur, il faut faire rêver (ce fut le cas de la duperie du programme social de la Résistance française)

    Raison & Sentiments… mais surtout, organisation de réseaux prêts à passer aux actes lorsque la situation sera devenue intolérable

    La propagande seule ne sert strictement à rien.

Répondre