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Jérusalem : Trump ne tient pas ses promesses

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Jérusalem : Trump ne tient pas ses promesses

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

La décision tant décriée de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël continue de dominer l’agenda diplomatique et médiatique, de Bruxelles au Caire, en passant par Ankara. Les manifestations se succèdent dans le monde avec même une tentative d’attentat ratée à New York.

Le chef du Hezbollah libanais , Hassan Nasrallah, a appelé à une manifestation de masse dans la périphérie sud de Beyrouth, fief du puissant mouvement chiite. En Iran, la section étudiante des “bassidjis”, milice de volontaires qui se posent en gardiens des valeurs de la Révolution islamique, est non seulement prête à défiler mais aussi à partir demain au combat. De nouveaux affrontements dans les Territoires palestiniens toujours sans lumière le soir ont coûté la vie à quatre Palestiniens et faisait déjà des centaines de blessés .

En reconnaissant  le 6 décembre Jérusalem comme la capitale d’Israël, Donald Trump a rompu avec des décennies de diplomatie américaine et internationale. De son côté, la diplomatie française a réagi d’un seul homme en réclamant d’urgence la convocation du Conseil de Sécurité. L’Europe quant à elle maintient sa position dite à deux États, c’est-à-dire la création d’un État palestinien coexistant avec Israël, chacun ayant Jérusalem pour capitale. Elle reste peut-être la solution idéale pour résoudre le conflit israélo-palestinien sauf que la réalité de la colonisation israélienne des territoires la rend caduque depuis bien longtemps. Il ne reste d’ailleurs plus à l’État hébreu qu’à se proclamer constitutionnellement « État juif », État ethnico-religieux pour en finir avec la question palestinienne qui n’est plus tout à fait son problème. Du coup, effectivement, on pourrait dire que du point de vue arabe, persan ou ottoman, il ne reste plus qu’une seule solution : la guerre totale  sauf que l’Arabie Saoudite ne la retarderait que pour en finir d’abord avec les Perses et les Chiites et les Turcs avec les Kurdes.

A Bruxelles, le Premier ministre israélien a répété que Donald Trump n’avait fait qu’acter une réalité

Il a raison même si dimanche soir, les députés jordaniens ont voté à l’unanimité une commission chargée de réviser tous les accords conclus avec Israël, dont le traité de paix de 1994, sachant que c’est la Jordanie qui est responsable de la sécurité de la Grande Mosquée de Jérusalem et qu’elle est le seul pays arabe avec l’Égypte a avoir conclu un accord de paix avec Israël. Les regards se sont alors tournés vers l’Iran mais la décision de Trump a surtout glacé les relations entre Israël et la Turquie. Le président turc Recep Tayyip Erdogan  a reçu  le président russe Vladimir Poutine, le vainqueur syrien  incontournable dans la région et ce, deux jours avant que la Turquie n’accueille un sommet de l’Organisation de la coopération islamique au sujet de Jérusalem.

La position américaine n’est pas nouvelle et était connue depuis au moins 1995, date à laquelle le Congrès américain avait adopté une loi, le Jerusalem Embassy Act, reconnaissant que Jérusalem est la capitale de l’État d’Israël. En juin dernier, le Sénat américain avait confirmé à l’unanimité la loi votée en 1995 par les deux chambres du Congrès. Trump n’a pas seulement tenu sa promesse de campagne, il a respecté de fait la loi américaine. Le changement de capitale  est une décision mûrement réfléchie qui participe d’une stratégie globale des États-Unis et du Grand Israël en construction au Moyen Orient et il s’agit aussi de s’opposer à l’Iran.

Ce plan ne surgit pas au hasard mais après la purge en Arabie Saoudite, ce qui indiquerait aussi qu’il a été savamment mûri en liaison avec le Prince héritier saoudien Mohammed ben Salman et le Maréchal égyptien al Sissi. Les États arabes avaient besoin de la Palestine lorsqu’ils voulaient éradiquer Israël, mais maintenant, dans le contexte de l’islamisme révolutionnaire chiite, c’est d’Israël seule dont ils ont besoin pour anéantir l’Iran. Il est d’ailleurs tout à fait impensable d’imaginer que la décision de Trump n’ait pas obtenu l’accord préalable de l’Arabie Saoudite et de l’Égypte. La manœuvre de Trump survient d’ailleurs opportunément après l’anniversaire de la déclaration Balfour dont on peut dire qu’elle constitue en quelque sorte l’hommage suprême en consacrant définitivement le caractère israélien de Jérusalem et en renvoyant « la cause palestinienne » comme un problème secondaire du Proche-Orient.

Un à zéro contre la Russie

Le 8 novembre au cours d’une visite éclair à Riyad et de rencontres avec le Roi Salman, Mahmoud Abbas s’était vu présenter le plan régional convenu avec Washington et Jérusalem. Outre l’abandon de Quds, ce plan régional prévoit le non-retour des réfugiés de 48, l’administration d’un territoire discontinu, le maintien de la plupart des implantations, et la création d’une « sorte » d’État réduit à sa plus simple expression. Les monarques saoudiens auraient présenté le plan à Abbas sous la forme d’un ultimatum : soit vous acceptez le plan et jouirez de notre soutien financier afin de créer une entité dans laquelle on peut vivre convenablement, soit on va se désintéresser de la cause palestinienne. De retour à Ramallah, tous les barons de l’OLP ont rejeté la proposition. En dix minutes de discours, le 6 décembre, la sanction est tombée et elle ne venait pas de Ryad ni de Tel Aviv mais de Washington. Un à zéro contre la Russie.

ll y a onze mois Donald Trump est entré dans la Maison Blanche en promettant un volte-face dans la politique étrangère des États-Unis

Désormais, le gouvernement, disait-il, mettra en avant les intérêts de ses citoyens et cessera d’obéir à un État profond (au « système », à l’« establishment ») obsédé par les aventures de guerre. Que reste-t-il en fait de cet engagement de campagne ? On nous objecte partout qu’au moins Trump respecte ses promesses de campagne. C’est faux puisqu’il reste presque rien des promesses internationales de Trump.

Le développement de l’action étrangère américaine aujourd’hui est effectué par un triumvirat de généraux: John Kelly, le chef d’état-major du président; McMaster, son conseiller en sécurité nationale, et James Mattis, le secrétaire à la Défense. Or toutes leurs actions ont peu de rapport avec l’isolationnisme que Trump avait promis dans la campagne et que ses partisans les plus à droite, ceux de l’Alt-right peu liés aux interventions militaires et concentrés sur la promotion du suprématisme blanc aux États-Unis, attendaient.

A en juger par les informations récentes qui nous parviennent, la dérive néoconservatrice de l’administration américaine s’est même amplifiée. Le 30 novembre, le New York Times a révélé que le modéré et pacifique secrétaire d’État Rex Tillerson pourrait être relevé de ses fonctions « dans les semaines à venir ». La diplomatie américaine passerait alors entre les mains de Mike Pompeo, l’actuel directeur de la CIA. Pompeo, serait lui remplacé par le sénateur de l’Arkansas, Tom Cotton.

Qui est Pompeo ? Pompeo fut parmi les premiers membres du Congrès à être élus avec le soutien du Tea Party, c’est un fondamentaliste chrétien pur et dur qui maintient une profonde hostilité envers l’ Iran et surtout rêve théologiquement d’une Jérusalem céleste devenue terrestre en vue du grand Armageddon. Quant au sénateur Tom Cotton qui le remplacerait à la tête de la CIA, c’est un homme jeune et ambitieux mais surtout lui-aussi, l’un des néoconservateurs les plus extrêmes du pays. Dans le bilan de ses déclarations officielles, on aura relevé par exemple une lettre incendiaire écrite aux dirigeants iraniens en 2015, dans laquelle il menaçait de mettre fin à l’accord nucléaire conclu avec Barack Obama dès la passation de la Maison Blanche aux mains républicaines. Deux ans auparavant, il avait mené une croisade virulente contre Téhéran avec des comparaisons récurrentes avec l’Allemagne d’Hitler en proposant plusieurs fois à la Chambre une loi qui emprisonnerait les familles des citoyens qui ne respectent pas le régime de sanctions contre l’Iran.

Ainsi, si les changements anticipés par le New York Times sont confirmés , l’isolationnisme que Trump avait promis dans sa campagne aura cédé, en moins d’un an, au néo-conservatisme le plus extrême, rappelant la première administration de George Bush, un conservatisme à la fois sioniste et ultra-évangélique. En moins d’un an, une équipe de généraux et de politiciens obsédés par le fait de soutenir la position américaine par la force, désireux d’en finir avec l’Iran et de faire de Jérusalem non pas la capitale d’un État politique mais la capitale d’une rédemption universelle planétaire auront noyauté un homme d’affaires devenu président par ses succès immobiliers.

Ainsi, à quelques exceptions près, le mystère Trump se lève doucement puisqu’il semble bien que sa base électorale toujours égale à elle-même s’engouffrera demain dans le bellicisme le plus sauvage, sans y trouver rien à redire sauf que cette fois-ci, dans une Amérique quelque peu ruinée, les pays arabes feront le sale boulot à la place des GI’S.

  1. Garagix
    Garagix4 janvier 2018

    Bonne analyse !
    UNE volte-face …

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