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La Corse : dégagisme politique ou enracinement ?

Pascal Paoli Statue Drapeau Corse Corte Place Paoli

La Corse : dégagisme politique ou enracinement ?

Franck Buleux ♦

Nos partis jacobins semblent avoir des difficultés à comprendre que des identités régionales puissent être encore représentatives des volontés des individus.

À l’heure des centres villes cosmopolites, marqués par la présence massive et incontournable, des Mac Do et des kebabs, nos élites intellectuelles  refusent de comprendre qu’une liste dénommée Pè a Corsica obtienne plus de 56 % lors du second tour des élections territoires corses (rappelons que, dès le premier tour, les deux listes « natios » avaient déjà rassemblé 52 % des suffrages exprimés mais une division due aux indépendantistes « de gauche » empêcha la victoire dès le premier tour).

Alors, nos commentateurs politiques ont désigné le symptôme corse : il s’agit du dégagisme. Vous savez le fameux slogan « dégage » utilisé lors du Printemps arabe, en 2011… Eh bien, ce slogan, lui-aussi, s’est internationalisé ; il aurait même été repris, au fond des urnes, lors des élections présidentielle et législatives françaises en mai et juin dernier.

Mélange des genres. Amalgame, comme disent, à longueur d’années, les élites. Or, le mouvement « natio » corse (comme il s’auto-proclame) n’est, en rien, une création ad hoc apparue en décembre 2017, en réaction à une usure du pouvoir d’un système corrompu ou obsolète. Loin de là… Le mouvement « corsiste » est implanté électoralement depuis des années sur l’Île de Beauté. Même s’il participait peu aux élections nationales jusqu’à récemment, les autonomistes et les indépendantistes se présentent devant le suffrage universel insulaire depuis les premières élections régionales, en 1984 ! Et leur score leur permet, à chaque fois, de former un, ou plusieurs groupes, au sein de l’Assemblée corse.

De plus, depuis 2014, les succès des candidats et des listes « natios » se sont multipliés : mairie de Bastia en mars 2014, victoire certes relative aux élections régionales en décembre 2015 (35 % des suffrages au second tour dans le cadre d’une élection quadrangulaire), trois députés élus (sur quatre circonscriptions corses) en juin 2017… et le coup de tonnerre, la victoire absolue en décembre 2017 avec 56 % dans le cadre, là encore, d’une quadrangulaire…

Dégagisme ou enracinement ? Cette victoire sans contestation possible est la conséquence d’un véritable enracinement non seulement strictement électoral, mais aussi identitaire.

Les résultats électoraux (ne parlons pas de l’abstention, puisque le mouvement nationaliste a gagné 15 000 électeurs en vingt-quatre mois, progressant de 52 000 à 67 000 électeurs sur l’ensemble de l’Île de Beauté) sont les conséquences de la représentation de la Corse : géographie spécifique, histoire dédiée, langue particulière, culture insulaire…

Non, le choix des Corses ne doit rien au dégagisme, forme de populisme macronien sans fondements, mais à un enracinement culturel, qui s’est mué en victoire électorale sans appel.

Et si la culture précédait les urnes ? Gramsci, reviens, ils ont enfin compris !

Illustration : Statue de Pascal Paoli sur la place Paoli à Corte

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