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La Guyane retrouve ses traditions : le maraké de Brandon

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La Guyane retrouve ses traditions : le maraké de Brandon

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

Le documentaire Le maraké de Brandon réalisé par Dave Bénéteau de Laprairie sera diffusé le mercredi 17 janvier 2018 à 22h10 sur Guyane 1ère dans l’émission Archipels et repris dans la programmation de FranceO.

Brandon est un adolescent amérindien originaire de Camopi, scolarisé actuellement à Cayenne en Terminale ES et qui, choisissant de ne pas perdre ses racines, décide de repasser l’épreuve du Maraké auquel il avait échoué il y a trois ans. Le jeune homme qui vit tous les jours à la ville retourne l’été dans son village auquel on ne peut accéder qu’en pirogue, pour perpétuer ce rite de passage ancestral qu’il doit réussir afin de devenir un homme et de préserver l’honneur de sa famille.

Au son des Tulés et des chants en Wayampi, Brandon vivra un moment déterminant et fondateur pour son identité. Le maraké, ou Yayépina chez les Wayampi, correspond en réalité à un rite de passage de l’adolescence à l’âge adulte. Or cela faisait plus de dix ans que ce rite n’avait plus été pratiqué en Guyane. Dans le documentaire en question, Brandon Yawalou a accepté de revenir sur cette expérience hors du commun qui implique quelques 400 piqûres de fourmis : « J’avais déjà essayé de passer mon maraké quand j’avais 15 ans et c’est là que mes parents ont découvert que j’étais allergique aux fourmis. Pour moi, c’est un exploit d’avoir réussi. C’est que du bonheur et… de la souffrance! ».

La cérémonie eut lieu le samedi 5 août à Camopi, son village natal. Le maraké consiste à transmettre la force, la connaissance et le savoir des anciens à la jeune génération en la faisant transiter par des fourmis. « Les anciens là-bas disent que ça permet d’être immunisé contre la fainéantise! » . Durant le maraké de Brandon, on voit ainsi une dizaine de danseurs de Trois-Sauts et Camopi présents, chacun d’entre eux le piquant avec un éventail tressé de fourmis sur les différentes parties du corps afin de lui donner la force et la résistance nécessaires à la vie. « Les fourmis sont insérées entre les mailles d’un éventail tressé avec le bout d’une plume qui fait office de tube. La fourmi est ainsi coincée en son milieu, les mandibules sortant d’un côté de l’éventail et l’abdomen avec le venin de l’autre. » Après environ 400 piqûres l’épreuve se termine. L’ensemble du rite est rythmé par des chants et danses. Brandon se rappelle de ceux entonnés durant l’épreuve des fourmis : « Je suis le maître des fourmis. C’est moi qui vais te piquer, c’est moi qui vais te donner les choses que tu n’as pas. – la chance, le savoir, le savoir-faire, etc…Les chants me reviennent, surtout quand je dors. C’était très émouvant. » L’épreuve des fourmis est suivie d’une danse, celle du Paku choisie par le père. « La danse du Paku – poisson – est une histoire ancienne. Avant, il n’y avait pas de poissons, ils ne vivaient que de la chasse. Ils sont descendus sur la rive et ont vu des poissons qu’ils ont pêchés. Mais il n’y a plus eu de poisson, et c’est là que les piranhas sont nés. C’est eux qui poussent les poissons à remonter la rivière. C’est pour me souhaiter abondance et chance. (…) Ensuite, on court autour du cercle de danse (environ 150 mètres) afin que le poison se répande dans le corps. À la fin, on se sent fatigué et ému. » Les adultes viennent ensuite féliciter le jeune homme.

Le Maraké : une dernière trace de la culture Wayampi

Brandon n’était pas le seul à passer son maraké ce 5 août, il y avait aussi Clinton Mata, 17 ans comme s’il y avait actuellement en Guyane comme on l’avait noté, il y a quelques années en Polynésie, au fenua, un retour chez les jeunes à leurs coutumes ancestrales, un renouveau de la culture amérindienne. Ainsi, le fait, que quelques jeunes aient réussi pour la Journée des Autochtones a rassembler les danseurs chez eux, a poussé, depuis, d’autres communautés à réfléchir sur la dérive de la ville, de l’urbanisation de la Guyane avec son cortège de violence, de délinquance de pollution et d’immigration quotidienne est un signe prometteur. Les Tekos de Camopi ont depuis manifesté l’idée de se réunir plus souvent pour transmettre leurs danses.

On voit bien dans le documentaire que la question de la transmission et de la sauvegarde de leur culture est au cœur des préoccupations des deux jeunes hommes. « Du fait que, nous les Wayampi, devons aller sur le littoral pour nos études quand on retourne voir nos familles on n’a pas grand chose à faire à part chasser et pêcher. Ainsi, on a le temps de se rapprocher des anciens.» Mais comme souvent et ce fut là encore aussi le cas en Polynésie avec le tatouage ou la danse traditionnelle, ces réaffirmations identitaires sont toujours des reconstructions culturelles et mentales après coup soit après la destruction coloniale et l’arraisonnement qu’il provoqua. Ainsi, le fait qu’il n’y ait pas eu de maraké depuis longtemps en Guyane est directement lié au fait qu’il n’y avait plus d’aînés dans les tribus .

Après le maraké, la prochaine étape pour le jeune amérindien est d’avoir son premier enfant. Durant ce rite, l’homme devra se tenir debout sur un rocher avec un arc pour se soutenir alors que les autres lui feront des entailles jusqu’au sang dans la peau, du matin jusqu’au soir, en utilisant les dents d’un petit agouti.

Archipels, l’émission des Outre-mer français diffusera la semaine prochaine ce documentaire entre tradition et modernité qui restera ensuite visible  en ligne pendant quelques jours. Nous vous conseillons ce dépaysement.

Le maraké de Brandon, film réalisé par Dave Bénéteau de la Prairie, co-écrit avec Laétitia Kugler, FranceO, 27 janvier 2018, 22h10,durée : 52 minutes

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