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Des têtes de carnaval au sommet des banques centrales ?

Tetes De Carnaval

Des têtes de carnaval au sommet des banques centrales ?

Auran Derien ♦
Universitaire.

Il est erroné de penser que les banques centrales actuelles sont nécessaires et se préoccupent des peuples et des pays. Dans l’Union Européenne, la Banque Centrale Européenne (BCE) conduit, donc conçoit et met en œuvre, la politique monétaire unique dans la zone euro.

Elle seule a le droit de gérer les réserves publiques de change des États membres et décide de l’émission de billets de banque. Les anciennes banques centrales et les États nomment des représentants dans les organes principaux de la BCE, qui sont au nombre de deux : un organe exécutif, le Directoire ; un organe délibératif, le Conseil des Gouverneurs composé des six membres du Directoire, dont le Président de la banque, tous nommés par accord entre États membres et dix neuf gouverneurs des banques centrales nationales. Normalement, la BCE ne s’interpose pas entre la Banque de France et l’État français. Aussi, la Banque de France est restée nationalisée et l’État y nomme qui il veut (1).

L’objectif de la politique monétaire est la stabilité monétaire, soit la stabilité interne à la zone euro, appréciée par l’indice des prix intérieurs, et la stabilité externe mesurée par celle du taux de change. L’IPCH, (indice des prix à la consommation harmonisé) doit progresser chaque année à un rythme proche de 2%. Or, la BCE n’a cessé de suivre, avec retard, ce que fait la banque centrale des États-Unis (la FED). Cette dernière a abandonné l’objectif de contrôle de la masse monétaire au profit de la surveillance du coût d’accés au crédit. La BCE a fait de même. Sans que la BCE ne l’explique, nous sommes entrés dans une phase de politique sans théorie.

La BCE – comme la Banque du Japon – copie  la FED

Pour sa politique monétaire, elle manipule le coefficient de réserves obligatoires, les réserves que les banques doivent conserver à la BCE – en monnaie BCE – et pratique la politique d’Open Market, l’ensemble des deux constituant la politique des taux. Or, les taux d’intérêt dans certains pays européens – par exemple… en Estonie ou en Bulgarie – sont ceux de la zone euro, totalement inadaptés à des régimes de croissance différents. La BCE permet donc l’hyper endettement de certains pays et la formation d’immenses bulles de crédit.

Il y a bien des années que les dirigeants de la haute finance affirment qu’ils vont contrôler les liquidités abondantes émises à l’occasion de la crise de 2007/2008. Le pilier de la FED en 2009, Ben Bernanke, déclarait que la création monétaire n’aurait aucun effet inflationniste puisque l’ouverture des frontières ruinait les salariés et permettait l’entrée de produits à des prix défiant toute concurrence. Mais qu’importe. Dans le détail, il apparaît quelques nuances que l’économiste Jean-Pierre Chevallier a développé sur son bloc et qui prouvent la nocivité de la BCE.

Dans la zone euro, la création monétaire a incité à augmenter les achats de produits importés, ruinant lentement mais sûrement les productions nationales. Quelques économistes proclamaient que les taux de change ajusteraient les différences de coûts entre pays qui exportent et les ceux, européens qui importent. Evidemment cela ne s’est jamais produit. La déflation des salaires et des prix s’est installée en Europe alors que les mêmes éléments s’amélioraient en Chine par exemple. Finalement, le plus brutal est la lente dégradation de la situation de la BCE, et sa transformation en banque au service d’intérêts étrangers.

La BCE n’a rien fait, depuis la dernière crise de 2008 pour empêcher les banques européennes de distribuer du crédit sans limites à des agents qui spéculent plutôt que d’investir. Si la BCE achète des titres, elle prête mais selon le mécanisme de la cavalerie : les banques déposent immédiatement à la BCE une partie de ce que celle-ci émet en leur faveur. Pourtant, montre Jean-Pierre Chevallier, cela ne suffit pas. Les banques ont besoin de ce que la BCE prête et ne peuvent laisser les fonds pour impacter le bilan de la banque centrale. La BCE en est réduite à emprunter des sommes énormes (300 à 400 milliards ) à des non-résidents qui sont “indubitablement les membres les plus influents de la nomenklatura des musulmans des pays producteurs de pétrole”.

Note :

(1) Sur la BCE, toutes les présentations se valent. On pourra lire par exemple le chapitre rédigé par Hanspeter Scheller dans l’ouvrage collectif : Gouverner une banque centrale. Albin Michel, 2010.

 

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