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La Corse au cinéma : “Une vie violente” de Thierry de Peretti

Une Vie Violente Bandeau

La Corse au cinéma : “Une vie violente” de Thierry de Peretti

Michel L’homme ♦
Philosophe, politologue.

“Une vie violente” du corse Thierry de Peretti est une fresque cinématographique qui raconte l’histoire d’une génération, celle de la lutte armée nationaliste des années 90.

Les personnages et l’ambiance du film sont très réalistes: de l’embrigadement en prison (où les séparatistes ont des arguments crédibles) à la solitude du militant de base face aux mafieux, tout est plausible pour qui a connu ce militantisme clandestin.

La jeunesse corse décrite dans le film est attachante par son idéalisme. Le film fait aussi ressortir la puissance de la tradition machiste au sein de la société corse et l’importance du code d’honneur. C’est donc un film dur, nerveux, brut aux accents une fois de plus de thriller politique sur une période trouble ou des formations armées s’opposaient entres elles.

Mais le résultat est là, non seulement parce que les élections de 2017 ont porté les nationalistes corses au pouvoir dans l’île mais aussi et surtout parce que l’île n’est pas défigurée, n’est pas bétonnée. Sans l’opposition des Corses, le littoral aurait été détruit par la rapacité des projets immobiliers, la vénalité des promoteurs, et la corruption des politiques comme l’ont été toute la côte méditerranéenne espagnole et la Côte d’Azur. La vie violente a sauvé la Corse de la laideur de la France périphérique.

Aussi Thierry de Peretti est-il revenu dans sa Corse natale pour tourner ce film personnel aux accents très politiques qui se présente comme une sorte d’éducation sentimentale du dissident et du militant rebelle. Son héros Stéphane, interprété par Jean-Michelangeli, n’est pas un idéologue. Pour assister à l’enterrement d’un ami d’enfance (Henri-Noël Tabary), il revient en Corse, son île d’où il se sait pourtant en danger de mort. A cette occasion, il se remémore son parcours. Âgé de 27 ans, il entre dans la violence presque par hasard, en acceptant un jour de garder une valise pour un ami. Il ignore qu’elle contient des armes. Il s’engage ensuite dans un mouvement nationaliste, grimpant un à un les échelons de l’organisation. Formé idéologiquement par un aîné, emmenant avec lui un groupe d’amis et n’hésitant pas lui-même à se salir les mains, il crée une organisation prônant la lutte armée contre l’État français qui se terminera par des règlements de compte internes, par des coups de feu et des descentes de voitures, par des exécutions sommaires sur des chemins de la campagne bastiaise surplombant la Méditerranée.

Le film est à recommander à tous les étudiants de sciences-po qui préparent cette année leur concours commun ayant pour thème « la radicalisation » car on y voit décrit avec précision comment Stéphane étudiant et fils de bonne famille issue de la bourgeoisie de Bastia bascule de la petite délinquance au radicalisme politique et du radicalisme politique à la clandestinité et à la violence des mouvements « indépendantistes » et « nationalistes ».

Comme pour les djihadistes, la radicalisation s’effectue en prison puisque Stéphane a été arrêté et condamné à deux années de prison et c’est là, entre bibliothèque et promenades que Stéphane se radicalise au contact de nationalistes plus aguerris. Il vivra à sa sortie de prison toute la confusion de cette époque où le banditisme flirte avec le nationalisme, brouillant les cartes, provoquant scissions et règlements de compte.

Thierry de Peretti s’est  librement inspiré d’un certain Nicolas Montigny, militant nationaliste d’Armata Corsa, groupe dissident du FLNC, assassiné en 2001 à Bastia, à l’âge de 28 ans. Le mouvement Armata Corsa fut décimé au début des années 2000, sous les coups d’une alliance entre factions nationalistes rivales et le gang de la Brise de Mer. Ainsi à défaut d’une reconstitution historique, c’est bien le climat d’une époque que nous restitue Thierry de Peretti en rendant sensible au spectateur un regard sans jugement, mais sans complaisance non plus, sur cette génération perdue.

Parfois, le film quasi documentaire va plus loin en nous interrogeant sur la façon dont chacun peut trouver sa place et, peut-être, échapper à son destin lorsqu’il s’engage dans le combat politique. De fait, cette plongée dans l’activisme corse de ses militants, de leurs liaisons dangereuses, de la concurrence des options, réformistes ou révolutionnaires avec le double jeu des élus et des politiques conduisent inévitablement à des déceptions mais pire à des trahisons qui finissent forcément sur l’île par des vendettas et des bains de sang.

Au final, Une vie violente nous aide à comprendre où nous en sommes actuellement  en Corse. A sa manière et quoiqu’on dise, la Nouvelle Assemblée corse  est issue des combats juvéniles d’une Corse politique toute droite sortie du maquis et du militantisme.  A l’heure  de la décomposition du territoire, que pouvons-nous faire de mieux  sinon nous battre pour notre région, notre ville, notre pays, en somme pour notre peuple, pour la survie du peuple européen ?

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