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Les carnets d’Outre-Rhin d’Olivier Tisier

Carnets Outre Rhin

Les carnets d’Outre-Rhin d’Olivier Tisier

Olivier Tisier ♦  
Notre correspondant à Berlin.

La dernière ligne droite vers un accord de Groko

A Berlin, nous sommes dans la dernière ligne droite, je devrais même dire les vingt derniers mètres menant à la constitution d’une grande coalition entre la CDU/CSU et le SPD.

En effet, ce 1er février, les deux parties ont enfin trouvé un accord sur le regroupement familial des migrants. C’est quand même fou de se dire que ce qui freina si longtemps la constitution d’un gouvernement dans la première économie d’Europe et bien, c’est la question des migrants, laissant jusqu’à présent en suspens évidemment toute autre contingence relative au bien être et à la vie quotidienne du peuple allemand. L’Europe avec l’Allemagne en est donc vraiment là mais pourtant, Chrétiens-démocrates et Sociaux-démocrates l’ont fait: le Bundestag a approuvé la prolongation jusqu’au 31 juillet de l’interdiction du regroupement familial pour certaines catégories de réfugiés. Depuis 2015, les personnes qui ne bénéficiaient pas d’une protection d’un an renouvelable ne pouvaient pas faire venir leurs parents les plus proches. Mais à compter du 1er août prochain cette interdiction sera levée. C’est ainsi mille personnes qui devraient être autorisées chaque mois à rejoindre leurs familles ainsi que les cas « difficiles de personnes gravement malades » ou handicapés qui pourront aussi retrouver un proche en Allemagne.

Le député SPD Burkhard Lischka a salué hier au Bundestag « une formule qui allie humanité et contrôle ». Le ministre de l’intérieur et descendant huguenot Thomas de Maizière a lui aussi salué un « compromis » qui par principe ne peut satisfaire tout le monde. Et il ne croit pas si bien dire puisque l’opposition a rejeté le texte, l’AfD en tête qui le juge trop laxiste et souhaite poursuivre l’interdiction du regroupement familial. Mais aussi les écologistes et Die Linke qui, eux, jugent qu’il ne va pas assez loin et que le regroupement familial doit s’appliquer sans restriction. Ce compromis vient néanmoins refermer ce thème et permettra d’aboutir à une Grosse Koalition déja plus de 4 mois après les législatives du 24 septembre 2017.

Le SPD insiste sur le fait que d’autres thèmes sont actuellement débattus comme la création de 8000 postes dans l’aide aux personnes agées et la revalorisation du secteur public. Il est vrai que l’Allemagne est un pays plus que vieillissant qui manque cruellement de personnel soignant. Martin Schulz s’est dit pour sa part déterminé à continuer la réforme de l’Union Européenne main dans la main avec Paris. Son objectif est à présent de négocier inlassablement jusqu’à la dernière minute pour arracher un maximum de concessions à la CDU qui légitimeront la coalition auprès de sa base de militants. Les 440 000 encartés du SPD devront donner leur accord par courrier à cette coalition. Le contexte reste extrêmement tendu deux semaines après le congrès des cadres où de nombreuses voix ont appelé à rompre les négociations et à ne pas participer à une coalition avec la CDU. Bref, ce n’est pas encore terminé mais on est quand même plus très loin. Comme on dit ici : «es geht langsam aber sicher voran» c’est à dire « cela va doucement mais sûrement ».

Pourquoi cette grosse coalition a duré et dure aussi longtemps ? C’est simple : les deux partis n’ont pas d’autre choix que de s’associer mais que chaque pas fait en direction de l’adversaire sera immanquablement perçu comme un renoncement lourd de conséquences. In fine, personne ne veut être le cocu de l’histoire et ils vont pourtant bien l’être tous les deux. Déjà, le SPD a perdu en crédibilité car le parti avait assuré refuser d’intégrer un gouvernement d’alliance et cela dès le soir des élections. Quel demi tour! Mais aussi pour la CDU qui n’est plus qu’un parti de centre gauche maintenant et dont l’électorat conservateur authentiquement de droite a fondu comme neige au soleil. Cette Groko, cette « grosse coalition » et le compromis sur le regroupement familial vont encore renforcer ce sentiment d’un parti sans ligne, coupé de ses électeurs, et qui n’a absolument rien de conservateur. Ces deux vieux partis vont sans aucun doute ainsi se fagociter l’un l’autre pour le plus grand plaisir de l’AfD qui apparaît clairement comme le seul et vrai parti d’opposition. Contrairement au Front National en France, l’AfD a fait le choix, lui, d’un discours choc en rupture totale avec le politiquement correct. Et il sera donc très intéressant de voir comment cela va évoluer sur la durée en comparaison avec le changement programmé du nom du Front national. Dans le fond, pour l’AfD cela passera ou cela cassera. Soit le parti eurosceptique va se fracturer face aux médias et à la foule bien pensante, soit au contraire il va tenir bon et montrer qu’il était possible de tenir la ligne d’un discours radical assumé. Affaire à suivre…

La grève lancée par IG Metal au niveau national

Economie à présent avec l’appel à la grève de 24h lancé par IG Metal au niveau national.

Le patronat se dit inquiet des retombées sur la productivité et la rentabilité. Nous ne sommes à un doigt d’une nouvelle escalade. Aussi bien chez Ford à Cologne ou chez des fournisseurs automobiles en Bavière ou dans le Baden Württemberg ou même chez Bosch, l’outil de production de la Bundesrepublik d’Allemagne est depuis la semaine dernière en partie à l’arrêt. Des centaines d’ouvriers avec des gilets de sécurité sur les épaules et des banderoles aux poings, voila ce qu’on peut voir en une de nombreux quotidiens allemands cette semaine.

Pour la première fois, IG Metall à décidé d’utiliser une nouvelle arme de son arsenal : la grève de 24h. Le syndicat souhaite ainsi mettre en grève 275 entreprises de toute taille, chacune pour un jour complet. Elle espère ainsi que près d’un demi millions d’employés mettent leurs activités à l’arrêt. Le patronat a réagi instantanément et c’est le manque à gagner qui est le premier sujet d’inquiétude pour les patrons. Pour le patronat allemand, cette lutte sociale est purement illégale car la revendication d’une augmentation de la subvention salariale pour une catégorie précise d’actifs est interdite. Nous sommes à présent à l’avant dernier niveau du conflit. Le seul moyen pour le syndicat d’obtenir ce qu’il souhaite est désormais une grève illimitée. Ce qui serait, il faut le reconnaître, dans le contexte actuel une véritable catastrophe. Beaucoup d’entreprises du secteur sont dépassées et travaillent au delà de leur capacité réelle pour satisfaire la demande. Rien que quelques jours de grève et le préjudice pourrait se situer en milliards d’euros. Pour vous donner un exemple concret, dans une des usines en grève, les ouvriers sont actuellement en phase de ramp-up afin de doubler leurs capacités de production. L’usine travaille en sur-régime et une simple journée d’arrêt de production est évalué à 60 000€ de pertes !!

Les deux camps, patronats et syndicats affirment en tout cas vouloir éviter l’accident pourtant imminent. Personne ne dit vouloir rentrer dans un conflit social intense selon le responsable de IG Metall, Jörg Hofmann dans le Spiegel. Ce serait selon lui extrêmement dommageable pour l’économie allemande. Son homologue côté patronat, le chef de la métallurgie Rainer Dulger déclare au micro de la radio Bayerischen Rundfunk que son seul et unique but est de continuer à travailler comme avant et de quitter au plus vite la table des négociations. Bref chacun campe sur ses positions. Un ultime tour de négociation devrait être fixé en début de semaine prochaine. Il est d’ores et déjà considéré comme la dernière chance d’aboutir à une solution pacifique au conflit. D’autant que la dynamique semble difficile à stopper.

Côté employé ce début de conflit a suscité d’immenses espoirs trop longtemps refoulés. Aussi bien l’état major syndical que les différentes associations de salariés ont  du mal à contenir l’énorme pression de la base. Quitter la table des négociations sans rien s’avérerait périlleux pour les syndicats ce qui nous permet de faire une petite parenthèse. Voilà peut être ce qui manque en France : une base ouvrière plus radicale encore que ses syndicats.

En tout cas, un seul compromis possible pour sortir du conflit serait l’acceptation que certains salariés puissent travailler au delà des 35 heures libérant ainsi du temps pour ceux souhaitant descendre à 28h. Après au niveau de la demande, je ne sais pas si c’est réaliste dans les faits mais cela pourrait du moins en théorie maintenir le niveau de travail tel qu’il est actuellement. En clair il faudrait que certains acceptent de travailler un peu plus pour que d’autres puissent travailler un peu moins. Ce qui vient ajouter de la complexité c’est que la seconde revendication est une augmentation de 6% des salaires qui se conjugue mal avec la première même en considérant toutes choses égales par ailleurs. Je sais par des discussions avec des membres de IG Metall sur un site productif que leur ambition est d’obtenir au minimum 3% mais pas 2 % ce que proposerait les patrons. Il est en tout cas fort probable que ce thème devienne rapidement le premier à l’orde du jour de la future Groko. Et il ne faudra pas compter sur les sociaux démocrates  pour faire rentrer  les ouvriers dans les fabriques.

Un policier menacé par des islamistes devant sa porte

Enfin, terminons ces nouveaux carnets de début d’année par une information qui en dit long sur le progressif changement de visage de l’Allemagne.

A Düsseldorf, un policier a été menacé devant sa porte par deux islamistes. La raison en est l’expulsion de dix-neuf Afghans vers Kaboul mardi dernier. Le policier avait fait partie de ceux qui ont encadré l’expulsion. Les Islamistes lui auraient déclaré : « Laisse nos frères rentrer à la maison ». Alors j’imagine qu’ils parlaient de l’Allemagne, parce que car le policier les avait bien effectivement renvoyé ces gens dans « leurs vraies maisons » : l’Afghanistan. Plus sérieusement la police se plaint d’un manque de personnel pour mener à bien les expulsions. On ne saurait goûter bien évidemment ce genre de provocations mais elles ont au moins clairement le mérite d’ouvrir les yeux des Européens sur la dangerosité qu’il y a à laisser s’installer un Islam intégriste en Europe.

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