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Mayotte-Comores : le retour des tensions

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Mayotte-Comores : le retour des tensions

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

Tout ce qui concerne les Comores concerne au plus haut point la France en raison de Mayotte.

Or depuis la semaine dernière, des manifestations s’y déroulent avec une répression musclée de la gendarmerie. Les Comores débutent leurs premières Assises nationales. Dans cette perspective, l’opposition a voulu tenir un meeting dans une salle de la capitale afin d’attirer l’attention sur l’instrumentalisation de ces Assises par le régime en place lorsque des gendarmes ont empêché le déroulement de la réunion de l’alliance de l’opposition et ont escorté ses représentants, agressant violemment l’un des leaders qui n’est autre que le député Mohamed M’Saïdié. Réélu en mai 2016 à la Présidence de l’Union des Comores, après avoir effectué un premier mandat de 2002 à 2006, Azali Assoumani, 59 ans, serait effectivement en train de tourner à son seul profit les Assises nationales convoquées sans aucun respect du protocole démocratique.

Le gouvernorat de l’île d’Anjouan a  réitéré par un communiqué son refus de participer aux Assises Nationales et Anjouan a même annoncé par avance qu’elle ne reconnaîtra aucune légitimité aux conclusions qui en seront issues. Même chose du côté de l’île sœur Moheli, où l’exécutif dénonce les dysfonctionnements graves de ces assises nationales soutenues  par l’Ambassade de France, la présidence de l’Union des Comores, affichant le soutien de toute la communauté internationale pour ces Assises. Les Nations Unies, la Ligue Arabe, l’Union Africaine soutiennent ce « moment historique » et ont envoyé des représentants pour y assister.

Lors de l’examen de la convention d’entraide judiciaire entre les Comores et la France par la commission des affaires étrangères du Palais Bourbon, les députés français se sont livrés à de très vifs échanges sur la situation sociale et économique de Mayotte. Marine le Pen, la présidente du Front National (FN) a attaqué  le gouvernement comorien qu’elle considère comme l’un des responsables des difficultés de Mayotte : « On multiplie les ronds de jambe à l’égard des Comores alors qu’ils remettent en cause l’intégrité du territoire français ! ». En cause, la fin des visas Balladur et le projet en cours d’une libre circulation totale entre les deux territoires, rejetée par  la population mahoraise qui considère la feuille de route franco-comorienne en discussion comme une trahison du gouvernement français alors qu’elle est défendue au nom du dialogue multiculturel par la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Invité à s’exprimer sur le sujet, le député mahorais Mansour Kamardine a profité des débats pour alerter les membres de la commission au-delà de leurs divergences partisanes : « Ce n’est qu’au contact de la réalité que vous appréhenderez ce que nous vivons. Mais ce que nous vivons là, personne dans cette salle ne l’accepterait dans sa circonscription », lança-t-il. Forte de cette intervention remarquée, la présidente de la Commission des affaires étrangères Marielle de Sarnez a fait une proposition immédiatement applaudie : le lancement d’une mission parlementaire en direction des Comores « qui inclura un passage par Mayotte ».

De fait, toute la semaine dernière, les établissement scolaires de l’île de Mayotte ont tous été perturbés par le droit de retrait des chauffeurs de bus suite à des caillassages réguliers de leurs véhicules . Le lycée de Kahani a subi une agression par des bandes d’une rare violence à l’intérieur même de l’établissement. Le préfet multiplie les déclarations de renforcement des forces de l’ordre mais en prenant soin surtout de les décharger sur la police municipale ou par l’intermédiaire de médiateurs sécurité des mairies. Le département est en déshérence. Même la distribution de l’eau, alors qu’il pleut tous les jours, n’est pas assurée suite à des ruptures régulières de canalisations  réparées au compte-goutte ce qui oblige une fois de plus à fermer les établissements scolaires (cas du lycée de Chirongui).

Et pourtant, suite aux nouveaux chiffres du recensement de Mayotte, les dotations globales de fonctionnement 2018 accordées aux communes de Mayotte augmenteront de 14,72 % par rapport à 2018. L’enveloppe consacrée devrait ainsi atteindre les 38,1 millions d’euros tandis que d’autres dotations seront aussi en hausse. Il y a donc de quoi faire mais faute  de monter des projets, faute de sécurité, d’attractivité financière, d’infrastructures conséquentes (aucun projet routier de désengorgement de Mamoudzou n’est programmé ) les métropolitains quittent l’île.

Lors de la dernière commission mixte franco-comorienne qui s’était tenue le 8 et 9 décembre 2017 et pour la première fois en présence d’élus mahorais, l’Union des Comores a réclamé à l’AFD (l’Agence française de développement) plus de 750 millions d’euros sur 5 ans ! Rappelons à ce sujet qu’en 2005, une conférence de bailleurs de fonds avait eu lieu à l’île Maurice, un an avant la fin du premier mandat Azali et que ce dernier s’était alors vanté d’avoir récolté 300 millions de dollars qui devaient être utilisés par son successeur, le président Sambi. Or ces millions ont quasiment disparu.

Ce serait donc à la France de payer ! Rappelons à ce sujet que 300 000 Comoriens vivent en France, en particulier à Marseille. 300 000 Comoriens cela représente près de la moitié de la population des Comores, un état connu pour avoir eu deux présidents assassinés, un président déporté, et même, il y a deux ans, un chef d’état-major abattu.

  1. Armand Launay
    Armand Launay9 février 2018

    Une situation bien emblématique : les assises nationales sont censées faire le bilan de 42 années d’autonomie. L’autonomie est la possibilité de faire ses propres lois. Mais qui fait la loi dans ce jeune pays ?

    Car les Comoriens sont divisés, comme le montre l’actualité.

    Le gouverneur d’Anjouan, Salami, a exprimé qu’il refuserait la conclusion de ces assises. Il entend par là que ces assises ont pour finalité de remettre en cause la gouvernance tournante qui, tous les 5 ans, partage quelque peu le pouvoir entre les 3 iles. Anjouan est la prochaine ile à qui la présidence doit revenir à travers un élu : Salami. Anjouan et Mohéli mesurent bien que leur souveraineté est remise en cause par le pouvoir de Moroni (ile de Ngazidja) et certains citoyens pensent que Moroni empêche leur développement. Le gouverneur d’Anjouan fait les frais de son opposition car il a été gardé malgré lui à Moroni par les forces de l’ordre alors qu’il devait reprendre l’avion. L’avion a décollé vide ce qui a provoqué, en Anjouan, une manifestation réclamant son retour : http://www.habarizacomores.com/2018/02/lavion-qui-devait-transporter-le.html

    Autre couac, l’opposition à Ngazidja, le parti Mouroua entend défendre la démocratie contre la remise en cause de la gouvernance tournante et contre la volonté du président Assoumani Azali de préparer le terrain à sa réélection.

    Les craintes sont fondées : d’une part, la rue est réprimée (opposants, journalistes) et le pays demeure pauvre malgré des aides internationales et des annonces de propagande nationale révoltante comme sur le portail du gouvernement où il est question de : “remerciements à sa Majesté le roi Salmane ainsi qu’aux autorités du Royaume d’Arabie Saoudite, pour leur soutien sans relâche au développement de l’Union des Comores depuis son accession à l’indépendance.”
    https://www.gouvernement.km/actualites/des-officiers-de-la-police-partent-en-formation-%C3%A0-riyad-788.html

    Gloire à l’Arabie saoudite ! Qui d’ailleurs est présente aux Assises nationales au côté de l’Ambassade de France et d’une représentation mahoraise. Après tout, l’Arabie saoudite n’est-elle pas un client de la France, et réciproquement ? Souvenir de Jean-Yves le Drian gérant d’un côté le feuille de route franco-comorienne et la vente d’armes à l’Arabie quand il était ministre de la Défense. De quoi supporter en silence une petite dictature dans l’Océan indien, de quoi noyer le 101e département français qu’est Mayotte par une immigration massive de comoriens abandonnés. Azali d’ailleurs diffuse désormais sa propagande après ses prêches du vendredi, en mosquée donc, avec wadjil bien net sur le front. L’islam sunnite chaféite est la seule confession légale. Dieu est grand. Un beau mélange entre religion et politique comme on les aime depuis 50 ans.

    Un comble dans ses assises : le gouvernement des Comores revendique toujours Mayotte alors que l’union des Comores n’est pas faite au sein même du pays. Le président Azali a même trôné devant un beau slogan : “quatre iles, un peuple”. Un slogan est là pour changer le réel. Le réel est plutôt : 4 iles, 4 peuples. Le réel est plutôt : 4 iles, une libre, trois dominées par Azali et l’oligarchie de l’argent.

    La défense des intérêts de Mayotte semble passer par la défense de l’opposition au sein des iles comoriennes. On n’en prend pas le chemin et ce n’est pas le commerce avec l’Arabie saoudite qui va améliorer la situation.

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