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Chine : éloge du processus et développement économique

Chine Shangai

Chine : éloge du processus et développement économique

Auran Derien ♦
Universitaire.

La pensée chinoise se révèle entièrement tournée vers le processus : tout se déroule (François Jullien, Traité de l’efficacité, Grasset, 1996). Le processus est le seul réel, contenant tout: la situation du moment (ou configuration), les rapports de force (ou potentiel). Tout réel est un processus régulé et continu qui découle de l’interaction des facteurs en jeu. Où est la fin ? Nulle part. Le guide de tout un chacun sera donc l’avantage qu’il tire de la situation.

Depuis que le Président Chinois Xi Jinping a présenté les ambitions de son pays pour 2050, cette conception du processus a été parfaitement éclairée. La Chine sera une Nation pleinement développée en 2050 et aidera les anciens colonisés à sortir de la pauvreté. La Nouvelle Route de la Soie est exactement le projet qui, en se déroulant, offrira des opportunités de changement, voire de progrès si on reste un peu victime du vocabulaire des occidentaux.

Dans le monde des transformations permanentes, on se raccroche au déroulement dans lequel on est engagé. Les BRICS ne sont pas un groupement harmonieux. Des logiques contraires s’y manifestent, par exemple entre l’Inde et la Chine, à propos des voies maritimes, ou entre le Brésil et la Russie compte tenu de la servilité des dirigeants brésiliens envers les  États-Unis. Mais il est possible en même temps de coopérer sur des projets liés au programme général. Ils ont ainsi démarré une nouvelle Banque de Développement, installée à Shanghaï, créé un Fonds de réserves qui offre quelque protection contre les manœuvres  orchestrées par les financiers de Londres. S’il est trop tôt pour apprécier les vertus de ces institutions, le principe en est fondamental : la finance doit favoriser le développement, alors que l’occident utilise la finance comme arme contre les peuples, pays et cultures.

Toute situation n’est qu’une résultante, une conséquence des conditions préalables sur lesquelles il faut intervenir. Puisque les financiers en col blanc  imposent des diktats partout et toujours, les nouvelles institutions  doivent impulser des projets d’infrastructures, à la fois bien planifiés, bien construits et aux résultats économiques fructueux à long terme car ils augmentent la productivité dans les zones qu’ils desservent. On citera les trains à grande vitesse, les lignes à haute tension, les systèmes de gestion de l’eau, les télécommunications, les barrages, ports, etc.

Les hommes enserrés dans ces nouveaux processus agiront pour obtenir des effets favorables, tant pour eux que pour leurs peuples et la pensée chinoise nomme cela Vertu. Selon Jullien, le « classique de la Voie et de la Vertu » exprime clairement que Vertu signifie obtenir. L’activité principale de l’homme qui suit la Voie, qui vise donc la Vertu, se définit par l’aide au développement de tous les existants.

La capacité d’action, selon une image chinoise traditionnelle, doit laisser pousser les plantes plutôt que d’en entraver le développement en tirant sur elles ou en oubliant de les sarcler. Les hommes vertueux, asiatiques, développent l’attention, la présence au monde par laquelle ils repèrent le potentiel, l’état latent de toute chose, l’invisible qui deviendra visible ultérieurement. Ils aident ainsi l’Amérique hispanique malgré la présence des financiers de Londres et Wall Street. Des voies ferrées vont parcourir le continent de l’Atlantique au Pacifique, depuis le Brésil jusqu’au Pérou en passant par la Bolivie puis jusqu’au Chili en traversant l’Argentine. Parmi les projets, on trouve une unité d’énergie nucléaire pour l’Argentine, des cités de la science en Bolivie et Equateur. Panama a signé 19 contrats avec la Chine pour aménager le canal alors que celui du Nicaragua est toujours dans les cartons. Le Mexique aussi semble se secouer  face aux États-Unis en s’intéressant à la construction d’un chemin de fer trans-océanique dans l’Isthme de Tehuantepec, qui joindrait deux ports, Salina Cruz et Coatzacoalcos.

L’élite en Chine a su sortir 700 millions de Chinois de la pauvreté en 30 ans, alors que la City de Londres et  Wall Street ont amené les économies européennes en particulier et occidentales en général à la décadence industrielle, à la destruction des infrastructures, à la fin de l’énergie nucléaire et des programmes spatiaux ainsi qu’à l’abrutissement des jeunes générations par des programmes de destruction massive du cerveau.

François Perroux (Pour une philosophie du nouveau développement. Aubier-Presses de l’Unesco, 1981) enseigna cela en son temps. Le développement Intégré, dont il s’était fait le chantre, signifiait : «soit l’intégration pluri-régionale, soit la meilleure cohésion des secteurs, régions et classes sociales.»

Illustration : La Chine se trouve à une époque de développement accéléré qui change non seulement la société chinoise, mais aussi le monde dans son ensemble.

 

  1. P.A.
    P.A.16 février 2018

    Le “processus” de votre article est la dynamique du vivant.

    Je viens de répondre au dernier article (présent site) de Monsieur Bernard Plouvier sur sa thèse d’une évolution (?) figée (oxymoron), si on se réfère à Darwin: sans dynamique rien n’est possible.

    Cela se traduit par: “Dieu” (ou “inconscient” collectif, ou déterminisme cosmique, ou ce qu’on voudra, qu’importe le terme) est celui qui était (alpha) celui qui est (omega) et celui qui vient (dynamisme atemporel de la Création – physique moderne, par exemple thèses défendues par Philippe Guillemant -); énoncé qu’on trouve bien sûr dans l’Apocalypse de Jean.

    Les marchands du temple sont ceux qui produisent de l’argent avec de l’argent, c’est à dire qu’ils ne font rien, parasites, spéculateurs: le dragon ou Mammon de Londres ou New-York. (Quelques réalisations dans ces pays tout de même, malgré eux, avec des cerveaux importés, en grande partie).

    L’avenir (et d’abord le présent) appartient à ceux qui vivent de Réel. Ontologie de la réalité, mais au-dessus du nombril, pas celle de la Philosophie décadente des hédonistes promue par Mammon (mes réponses, récentes également, à Monsieur Rémy Valat sur Onfray).

    Bon exposé.

  2. MONTENAY
    MONTENAY17 février 2018

    Je viens d’écouter Jean-Pierre Raffarin, connaisseur de la Chine comme vous savez, qui dit philosophiquement la même chose.

    Vous-vous faites une idée bien bizarre de la finance. Probablement n’utilisez vous pas ce mot au sens courant.

    On pourrait remarquer que le développement chinois est partiellement la contrepartie du déclin relatif, et même très relatif, que vous dénoncez en Occident. La Chine aurait progressé en effet moins vite si une partie de l’industrie occidentale ne s’y était pas implantée. Le mérite des Chinois, par opposition à l’Inde et à une partie de l’Afrique, est d’avoir accepté ce que d’autres nomment “impérialisme” … Et se privent ainsi du développement

    • P.A.
      P.A.18 février 2018

      …Et tentent de garder leur niveau de vie.

  3. P.A.
    P.A.18 février 2018

    Les uns bâtissent, https://fr.sputniknews.com/international/201802181035193490-chine-conquete-monde-projets-france/ les autres fomentent le chaos (Libye, ex-Yougoslavie, Ukraine, Syrie, …; en France on n’est même pas foutu de gérer correctement nos DOM-TOM, on n’investit pas à l’étranger mais on délocalise ce qui est différent, les pays qu’on détruit se tourneront ailleurs pour reconstruire). Où sont les Ferdinand de Lesseps? Le dollar devient peu à peu une monnaie de singe. Le chaos qu’ on crée est le nôtre.

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