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Comores : la France en accusation. Mayotte devant le déni des réalités

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Comores : la France en accusation. Mayotte devant le déni des réalités

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

A Moroni, capitale de l’Union des Comores,  les séances plénières des premières Assises nationales comoriennes ont fait le plein et suscité un véritable engouement en faisant chaque jour salle comble.  Opérateurs économiques du pays, investisseurs de la diaspora et même pour la première fois représentants de l’île de Mayotte étaient présents et particulièrement intéressés par les recommandations issues des consultations citoyennes pour le développement économique du pays.

En fait, ces assises nationales avaient plutôt mal débutées avec la question de la colonisation française de Mayotte dont un expert Mbaé Toybé s’était chargé de faire l’historique totalement à charge contre la France. Pour le président Azali Assoumani, pourtant grand propriétaire terrien à Mayotte et littéralement « repu » et enrichi par la France, l’idéal serait de lutter contre le séparatisme qui touche les trois îles afin de pouvoir favoriser la réintégration de droit de Mayotte dans l’Union des Comores. Bien évidemment, la faute pour Moroni, c’est toujours la France et on en a profité pour sortir devant les journalistes internationaux les chiffres: plus de 20 000 morts comoriens tentant de rallier les côtes mahoraises, 206 000 expulsés de Mayotte de 2004 à 2015. On a mis l’accent sur l’existence d’« une ligne de démarcation », d’un « mur marin » qui empêcherait la libre circulation entre les îles, dénonçant le visa Balladur de 1994 qui serait responsable de toutes les tragédies du lagon, des décasages, des habitations brûlées, de la déscolarisation et du placement en centre de rétentions d’enfants bref une vraie barbarie xénophobe pratiquées dans les rues de Mayotte par la préfecture française.

Ainsi, devant la communauté internationale, on a parlé à Moroni d’emprisonnements sans jugement, d’expulsions arbitraires sans jamais bien évidemment évoquer l’« industrie » anjouanaise des kwassas-kwassas, véritable organisation clandestine de trafics et de contrebande en tout genre, y compris de prostitution. A 70 km de Mayotte, au nord-ouest partent en effet d’Anjouan plusieurs fois par semaine des kwassas-kwassas, des embarcations de fortune surchargées d’une population qui cherche tout simplement à survivre et à échapper à une Union des Comores en situation de pauvreté avancée.

Kwassa-kwassa amenant les immigrés des Comores à Mayotte

Le nouvel hôpital chinois de Bambao, don généreux des Asiatiques du nouvel empire du milieu contre de futures terres arables maraîchères (mais il y a de bons colons!) est certes flambant neuf avec des murs prenant l’allure d’un temple bouddhiste tropical mais tandis qu’ils se fissureront dans quelques mois vue la mauvaise qualité du bâti, le personnel médical reste à trouver.

Bien sûr, le gouvernement comorien ne serait aucunement responsable de la misère de son peuple et de l’incompétence prédatrice de ses dirigeants. Seule, le colonialisme de la France est coupable même si l’historique de l’indépendance a permis  de marquer les incohérences des gouvernement successifs des Comores sur la question mahoraise au fur et à mesure que ses présidents mangeaient dans « la gamelle » tricolore.

Les experts des Assises ont préconisé la mise en place rapide d’une politique de restauration de l’intégrité territoriale comorienne, le rétablissement de la vérité historique concernant la colonisation de Mayotte (on en rit déjà !), rejetant la vision française quant au règlement de la question. « Nous devons nous rassembler pour l’unité nationale, réinscrire la question à l’ordre du jour de l’Assemblée générale de l’ONU et introduire cette question lors de toutes les interventions comoriennes dans les organismes mondiaux à l’image de l’Union Africaine, de la Ligue des États arabes et demander le dialogue sous l’égide des Nations-Unies ». Curieusement, la France n’a pas répondu aux accusations parfois fantaisistes des officiels comoriens faite devant les délégations africaines et arabes présentes. Qui ne dit rien consentirait-il aux propos accusateurs et félons ?

Nonobstant, en fin de semaine, les Assises furent heureusement un peu plus constructives en abordant avec le patronat comorien l’avenir économique de l’archipel. On a ainsi parlé de créer un consortium d’État en charge d’importer les produits de première nécessité, de relancer la filière de la vanille alors que sévit actuellement une forte demande internationale du produit. Mais encore faudrait-il vouloir travailler et non pas émigrer pour se prostituer de l’autre côté du mur marin ? L’axe pour le développement économique des Comores est le seul réaliste à condition d’avoir encore des valeurs or en a-t-on encore aux Comores après la maladie africaine de l’indépendance et la sempiternelle faute aux colons ?

Les membres de la délégation de Mayotte ont en tout cas été très attentifs aux discussions sérieuses en réalité non politisées (les meilleures) des conférences car plus d’une vingtaine de Mahorais qui sont venus assister aux assises, c’était une victoire en soi pour les organisateurs et la population comorienne.

En revanche de l’autre côté du lagon, à Mayotte, dans le 101ème département français, c’est de plus en plus le chaos civil suite à la recrudescence d’actes de délinquance particulièrement violents dans les établissements scolaires.

Depuis près de quinze jours, les transporteurs scolaires exercent leur droit de retrait suite aux caillassages réguliers qu’ils subissent. Les chiffres nationaux de la délinquance  pour Mayotte sont tombés et seraient marqués en 2017 après une augmentation de 2,27 % en 2016, par une baisse de 9 %, soit 808 faits en moins sur 8989 faits constatés au total. Selon la préfecture, les atteintes aux biens connaissent une baisse significative de 10,7 % par rapport à 2016, ce qui se traduit par une baisse notable de 18,4 % des cambriolages, passant de 1612 à 1316 faits constatés. Les atteintes à l’intégrité physique baissent de moins 9,3 % par rapport à 2016.

Violences à Mayotte

Néanmoins, la situation reste préoccupante pour les violences non-crapuleuses avec une hausse de 4,7 % soit plus de 99 faits, qui sont liées en partie aux rixes entre jeunes et aux violences provenant du milieu scolaire. Les services de police et de gendarmerie ont obtenu des résultats encourageants mais c’est donc bien le vice-rectorat de Mayotte qui ne semble pas prendre la mesure de ce qui se passe au niveau du décrochage scolaire de la jeunesse. Dans ces chiffres, on notera que 1505 mineurs ont ainsi été mis en cause, soit + 31,9 % par rapport à l’année 2016. Ce chiffre est énorme et souligne bien l’échec de toute la politique éducative sur l’île.

Et pourtant, Mayotte demeure la première maternité de France et à ce rythme, il en faudra construire effectivement des écoles et des lycées pour demain. 9 674, c’est le chiffre qui est tombé des naissances à Mayotte pour 2017. Un chiffre encore en hausse de 160 naissances par rapport à l’an dernier où il atteignait déjà les 9514 naissances. C’est donc un nouveau record de battu. L’île de Mayotte alimente ainsi à hauteur de 1,27 % la totalité des naissances en France soit 767 000 bébés pour 2017, bébés qui pendant plus d’une semaine en janvier ne disposaient plus dans toutes les pharmacies de l’île mais aussi à l’hôpital de médicaments pour faire baisser la fièvre des nourrissons suite au blocage du port, information pourtant passée sous silence dans tous les médias locaux. La Cour des Comptes a dénoncé récemment la gabegie du port de Longoni et préconisé vivement une administration directe par l’État français, tutelle devenue pourtant quasiment impossible par la remise de délégation privée qui en a été faite à l’une des principales fortunes de l’île.

Et puisque nous parlons chiffres, un autre chiffre tant attendu et déjà contesté du recensement de la population de Mayotte soit 256 518 habitants en septembre 2017 (chiffre prétendant intégrer avec fiabilité la population en situation irrégulière). Le résultat est bien en deçà des estimations officieuses qui circulent (on parle d’un chiffre oscillant entre 300 et 500 000 habitants) mais il révèle tout de même deux réalités bien tangibles de l’île: Mayotte est le département français ayant la plus forte croissance démographique et le plus densément peuplé (hors Île-de-France) alors qu’aucun projet d’infrastructure d’envergure n’est envisagé du point de vue de la distribution de l’eau (la consommation d’eau de Mayotte ne cessant d’augmenter à raison de 19 % sur les cinq dernières années), des transports routiers (bouchons interminables), de la piste longue de l’aéroport qui n’est même plus aux normes européennes.

Concernant ces chiffres, on note que la moitié de la population est concentrée sur trois communes: Mamoudzou, Koungou, et Dzaoudzi, (Petite-Terre) cette dernière comptant 2700 habitants au km2 soit une densité proche de celle que l’on trouve au niveau de la Grande couronne de Paris, densité forcément de bidonvilles insalubres puisqu’il n’y a pas sur l’îlot de constructions en hauteur. La croissance démographique forcément liée à l’immigration clandestine et aux frontières ouvertes du « mur marin » est impressionante puisque lorsqu’on regarde dans le détail le recensement, on repère des taux de variation oscillant entre 3,8 % et 5,4 % à Mamoudzou et à Koungou et entre 5,4 % et 8,4 % à Dembéni, Tsingoni, Bandrélé et Bandraboua. Il ne faut donc pas sortir de l’Ena pour comprendre qu’à moins d’un plan d’urgence prioritaire, tous les services publics seront à terme en sous-effectifs, en sous-capacités et complètement démunis face à une jeunesse vivante qui à juste titre réclamera sa part, jeunesse mahoraise à laquelle on aura menti pendant toutes ses années en parlant de souveraineté ou de fierté française.

De fait, nous aurons noté l’annonce stupéfiante de Jacques Martial Henry de créer un nouveau parti politique « le Mouvement pour l’Autonomie de Mayotte ». L’ancien conseiller général a déclaré « Je ne suis pas pour l’indépendance. Mayotte est inscrite dans la constitution française, mais Mayotte doit protéger ses terres en ayant ses propres règles comme à Tahiti. La préférence locale doit également primer ».

Mais pour qui roule donc Jacques Martial Henry ?

  1. sirius
    sirius1 mars 2018

    Cette ile illustre parfaitement ce que J. Raspail avait prédit dans son “Camp des saints” et donc la menace que fait peser une démographie débridée jusqu’à l’absurde .

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