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Les carnets d’Outre-Rhin d’Olivier Tisier – Mars 2018

Allemagne

Les carnets d’Outre-Rhin d’Olivier Tisier – Mars 2018

Olivier Tisier ♦
Notre correspondant  à Berlin.

Un début de victoire pour IG Metall

Les syndicats de la métallurgie du Bade-Wurtemberg ont obtenu la possibilité de réduire le temps de travail à 28 heures, payées 28. L’accord pourrait faire tache d’huile dans le reste de l’Allemagne. Le combat que le puissant syndicat de la métallurgie IG Metall avait lancé depuis plusieurs mois pour la semaine de 28 heures vient de porter ses fruits. Dorénavant, les salariés du secteur ayant au moins deux ans d’ancienneté dans leur entreprise pourront demander une réduction de leur temps de travail de 35 à 28 heures pour une durée comprise entre 6 et 24 mois, à l’issue de laquelle ils auront la garantie de pouvoir retrouver leur poste à temps plein.

IG Metall n’a toutefois pu obtenir satisfaction pour une revendication clé: que les salariés bénéficient d’une compensation financière partielle pour le manque à gagner. Il s’agira d’un temps partiel strict. En clair: les 28 heures seront payées 28 heures. L’accord comprend néanmoins un volet sur les salaires courant de janvier 2018 à fin mars 2020, avec une hausse de 4,3% à partir du 1er avril 2018 et une prime de 100 euros par personne pour les trois premiers mois de l’année. IG Metall réclamait 6% de revalorisation. Pour 2019, une prime de 400 euros ainsi qu’une hausse de salaire annuelle correspondant à environ un quart du salaire mensuel ont été décidées. Certaines catégories d’employés, ceux élevant des enfants en bas âge, devant s’occuper de parents âgés dépendants ou travaillant de manière postée, pourront demander à transformer les hausses salariales en journées de congé supplémentaires, et donc à compenser un peu indirectement leur temps partiel, s’ils choisissent de passer aux 28 heures.

L’accord marque un revirement sur la question du temps de travail“, a estimé le président d’IG Metall, Jörg Hofmann. “Pendant trop longtemps, la flexibilité du temps de travail a été un privilège des employeurs” et “dorénavant les salariés auront le droit d’opter pour un temps de travail réduit, pour eux-mêmes, leur santé ou leur famille“, a-t-il ajouté. La fédération des employeurs de ce secteur, qui comprend notamment l’industrie automobile, a parlé dans un communiqué d’un “compromis supportable” mais contenant des “éléments douloureux”.  Le patronat a aussi obtenu davantage de flexibilité pour augmenter le temps de travail à 40 heures par semaine pour les salariés qui le souhaitent. L’accord a été conclu dans un premier temps à Stuttgart pour la région de Bade-Wurtemberg, une zone pilote pour l’ensemble du secteur de quatre millions de salariés, qui devrait reprendre à son compte le compromis dans les jours à venir. Au-delà, les accords dans la métallurgie allemande ont valeur de baromètre pour l’ensemble de l’économie du pays, au moment où de nombreux secteurs, y compris les services et la fonction publique, mènent des négociations salariales.

En France, cette annonce a suscité le scepticisme du président du Medef, Pierre Gattaz, pour qui,  il n’est “pas transposable”. “Nous avons 10 à 12 ans de retard sur les Allemands, faisons les réformes qui vont bien en France pour avancer et pour que le partage de richesses se fasse“, a argumenté le patron des patrons, sans commentaire, le patronat français restant l’un des plus réactionnaires qui soient en Europe.

Le désamour des politiciens de la CDU pour la Groko

De nombreuses voix à la CDU se sont élevées pour critiquer gravement l’accord. « Nous sommes à la limite de la trahison » déclare dans “die Welt” le président du Schlessig Holstein Daniel Günther. ll ajoute : « Nous avons perdu les finances et gagné l’économie. Cela n’est pas pareil. Ainsi, notre parti voit le partage des ministères avec des yeux dubitatifs et déçus. » Plus virulent encore, le député CDU au Bundestag Christian von Stetten déclare à “ARD matin” : « La distribution des cabinets est une erreur politique. La décision d’abandonner le ministère des finances a créé une grande déception chez nos militants. Le risque est grand qu’avec un ministre des finances SPD toujours plus de politique européenne s’engouffre dans le ministère des finances d’Allemagne. »

Ainsi, même dans les rangs de la CDU, la crainte d’une hausse d’impôts due à des transferts de fonds vers d’autres États se fait sentir. La nomination d’un ministre social démocrate aux finances agace aussi dans les rangs des jeunes CDU où son chef Paul Ziemiak déclare : « Il faudra être très vigilant dans les prochaines années sur les questions d’équité entre générations et de politique des ménages, surtout si elles sont gérées par un ministre des finances SPD. » Le député de la CDU au Bundestag Carsten Linneman est lui insatisfait. Il déclare dans “Das Westfalen Blatt” : « La répartition du cabinet manque de pondération. Il existe de profond déséquilibre en défaveur de la CDU et à l’avantage de la SPD qui auront des effets néfastes sur la durée. » Sans vouloir me faire l’avocat du diable ou plutôt d’Angéla Merkel, cette dernière n’avait pas le choix. Elle devait lâcher pour pouvoir constituer une “koalition”. Le FDP a vraiment mis la CDU dans une situation inconfortable qui finalement ne satisfait personne. Le député de la CDU au Bundestag Olav Gutting déclare dans “Die Berliner Zeitung” : « Le retour des militants est le suivant : Nous sommes à la limite du reniement ! L’impression générale est que l’on s’est caché sous la table et que l’on nous à fait chanter »… Enfin le chef de la CSU Bavaroise Horst Seehofer a indiqué clairement que le SPD avait posé comme condition à une coalition l’obtention du ministère des finances. Ministère qui était auparavant la priorité de la CSU.

Ainsi, cela grince de tous les côtés et le leadership d’Angéla Merkel commence à revenir de plus en plus au centre des discussions. A tel point que cette dernière à fait, la semaine passée, une conférence de presse pour affirmer qu’elle avait bien reçu la confiance de son parti et de ses militants pour présider aux destinées de l’Allemagne. Ces propos n’ont guère convaincu et elle est, pour la première fois de sa carrière politique, en position de prêter le flanc et d’être bousculée. Gageons que l’AfD se tient d’ores et déjà en embuscade.

Le retrait de Martin Schulz

Du côté du SPD, Martin Schulz a annoncé le retrait de sa candidature au poste de ministre des affaires étrangères. Il avait déclaré vouloir que cette nomination soit le fruit du vote des militants SPD. Et en raison de ce qu’incarne sa personne il demeurait sceptique sur l’issue. C’est pourtant le poste qu’il avait réclamé à Angéla Merkel pour participer à une coalition. Ce qui lui avait valu les critiques de son prédécesseur Sigmar Gabriel lui aussi SPD.

Martin Schulz

Cette semaine Martin Schulz a annoncé son retrait de la tête du SPD pour laisser la place à Andréa Nahles ancienne ministre du travail SPD. Pour faire une comparaison avec les visages politiques français Andra Nahles c’est le QI de Ségolène Royal sans hélas en avoir au moins le physique. C’est l’archétype de la politicienne SPD dans l’idéologie pure et complètement déconnectée de la réalité. Bref, un tract AfD ambulant.

Mais finissons-en avec Herr Schulz. Voila donc un homme qui nous explique au soir des élections qu’il n’acceptera pas de conclure un accord de coalition avec la CDU et qui finit par en accepter un. Il met dans la balance d’obtenir le poste de ministre des affaires étrangères au détriment du ministre existant Gabriel qui lui avait laissé pourtant l’investiture du SPD aux élections avant l’échéance. Herr Schulz sentant le vent tourné dans l’opinion renonce à ce ministère. Enfin il quitte la présidence du parti…Existe-t-il un reniement que ce Monsieur Schulz aurait peur de commettre? Comment les Allemands pourraient-il lui faire confiance à lui, l’homme de Bruxelles ? Ni Merkel, ni lui ne sont en phase avec le peuple. Or en politique la nature a horreur du vide .

L’AfD a 15% dans les sondages n’est plus qu’à un point et demi du SPD

C’est ce que semblent  nous indiquer les nouveaux sondages où l’AfD à 15% vient talonner le SPD descendu à 16,5%. Si l’AfD montait encore de 2 points, elle deviendrait la seconde force politique d’Allemagne. Le premier parti reste l’Union avec 29,5% bien qu’en baisse elle aussi. Au point que le chef de l’INSA,  Herrmann Binkert plaide pour un nouveau vote. D’après lui jamais dans l’histoire une Groko n’a été aussi peu aimée. A eux seuls, les deux partis ne totalisent que 46% ce qui est insuffisant pour constituer une majorité. Il manque 4%. Pendant ce temps les Grünen grimpent d’un demi point à 13%, idem pour die Linke à 11,5% et le FDP à 10,5. Rappelons que la coalition Jamaïque initialement prévue aurait eu une majorité de 53%.

La libération en Turquie du correspondant de Die Welt,  Deniz Yucel

Le journaliste de “Die Welt” Deniz Yücel était emprisonné dans les geôles Turques depuis plus d’un an. Il a été libéré. Il était accusé de propagande terroriste et de démagogie par la Turquie. Cette décision avait  été gravement et unanimement critiquée par l’ensemble de la classe politique et médiatique allemande et même de l’ancien sénateur des finances Thilo Sarrazin pourtant en désaccord avec Yücel. Rappelons que ce dernier lorsqu’il était employé de “Die Taz” en 2012 avait souhaité la mort de Thilo Sarrazin en ces termes : « on ne peut que souhaiter à Thilo Sarrazin que son prochain accident cérébral puisse compléter davantage son œuvre. » Rappelons que Sarrazin bien que politicien SPD avait dans son livre “L’Allemagne disparaît” mis en lumière le changement de peuple et de culture actuellement en cours en Allemagne.

L’affaire Yucel était devenue un vraie pierre d’achoppement entre Berlin et Ankara mais concrètement on a vu quoi ? Un journaliste du plus grand quotidien allemand mis au fer en Turquie et le gouvernement allemand se rouler aux pieds de l’État turc en le remerciant d’avoir bien voulu le libérer. Cela en dit très long sur le niveau de respect et de crainte qu’inspirent les nations européennes aux autres nations du monde et en particulier à la Turquie d’Erdogan. Le gouvernement allemand nie avoir conclu un deal pour permettre la libération de Yucel et affirme s’être appuyé sur le soutien consulaire. On n’est pas forcé d’y croire.

Un retour sur la manifestation anti-réfugiés de Cottbus

Revenons à présent sur la manifestations de Cottbus contre la venue de réfugiés et celle plus récente en leur faveur. La première a réuni plus de 5000 personnes, ce qui est déja considérable et a eu pour effet de stopper l’envoi de nouveaux contingents de réfugiés dans la ville. A Cottbus comme en Corse lorsque les peuples indigènes sortent de chez eux et donnent de la voix le système en prend acte. Il peut ensuite au mieux activer ses réseaux pour faire une contre-manifestation de « témoignage » avec toutes les figures de la collaboration stipendiées . Mais les mentalités ont définitivement passé un cap. Et il suffirait que l’AfD dépasse le SPD pour créer un choc psychologique. Les peuples d’Europe sont ulcérés  et la crise aidant bientôt  personne ne craindra d’exprimer des idées de préférences nationales et de rejet de populations étrangères non assimilables. L’histoire est en marche.

L’échec de la lutte contre l’extrême gauche à Berlin

Andréas Geisel

Le sénateur SPD de Berlin, Andreas Geisel a reconnu l’échec dans la capitale, mais aussi au plan national de la lutte contre l’extrême gauche. Il a précisé que des actions similaires sont mises en place pour lutter contre les islamistes et les néo-nazis mais avec, selon lui, plus de résultats. Depuis 2010, des séminaires sont menés dans les écoles sans hélas de résultats tangibles. La CDU requiert un plan d’action concret contre les violences de l’extrême gauche. Elle veut sensibiliser le public pour réduire les sympathies existantes mêmes passives pour ces mouvements. Le réprésentant de die Linke Niklas Schrader appelle lui à faire une distinction claire entre l’extrême gauche et l’extrême droite. Selon lui l’extrême gauche est souvent un allié positif sur des thématiques de lutte contre le racisme, la violence ou la gentrification. Aussi faut-il lui appliquer un traitement sans rapport avec les extrêmistes de droite. En réalité, si l’on veut mettre à bas en Allemagne la scène antifaf il faut lui couper les financements. Ainsi  les choses pourront revenir à la normale. L’AfD a même précisé que « le meilleur programme contre la marginalité d’extrême gauche ce sont des amendes sévères envers ceux qui jettent des pierres sur les policiers et l’annulation des aides sociales ».

 

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