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Mayotte ou quand la France vend ses papiers

Marine Mayotte Plus Jeune Departement

Mayotte ou quand la France vend ses papiers

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

A Mayotte, malgré le mauvais temps et les annonces du gouvernement, les barrages continuent : l’île est paralysée.

Nous doutons d’une régularisation de la situation tant que les élections partielles de la première circonscription ne seront pas terminées, les enjeux politiques locaux étant trop forts. La Ministre des Outre-mer, Annick Girardin, après des reportages sur Mayotte aux journaux de 20 h et la couverture des événements sur les sites internet (merci à l’équipe bénévole de Métamag envoyée sur place) s’est refusée à se rendre sur l’île en prétextant le devoir de réserve électoral alors que Philippe Castaner a fait campagne ouvertement en Guyane pour soutenir le candidat d’En marche. Les Mahorais devront donc encore attendre un mois : n’est-ce pas un peu long ?

Les élections partielles amènent à poser une question, une question sérieuse et embarrassante : les élus mahorais travaillent-ils ou se promènent-ils comme le sénateur-Président du Conseil Général,  Ibrahim Ramadani, actuellement à Madagascar ?

Mayotte sous l’emprise du droit du sol

Annick Girardin a donc annoncé ouvertement un plan de développement pour Mayotte tandis que le comité des citoyens en colère réclame, idée originale mais irréaliste, aux huit candidats de la circonscription de retirer leur candidature aux législatives. L’annonce de Mme Girardin paraît marquer un tournant car par un plan de développement qui  acté par exemple en projet ou proposition de loi, on sortirait enfin des promesses jamais tenues. Jusqu’alors, à chaque blocage récurrent de l’île, le gouvernement promet des renforts en réalité jamais envoyés ou à dose homéopathique en jouant en particulier sur des remplacements de poste, des fins de contrat ou des formations (cas de la gendarmerie et  de la police nationale). Aucune des mesures en terme de renforts humains du précédent plan sécurité de 2016 n’ont été respectées à la lettre. Pour Paris, le refrain est connu finalement : on manifeste à Mayotte, on attend un peu puis on calme les esprits en annonçant quelques moyens  jamais envoyés.

Marine Le Pen en 2016 à Mayotte

Dans la 1ère circonscription, le Front National ne présente pas de candidats alors que le nord de l’île était son fief (Mtzamboro) depuis dix ans. La députée sortante Ramlati Ali est mise en examen pour fraude mais ose  se représenter face à Elad Chakrina, un jeune cadre des Républicains pourvu à un bel avenir politique, faussement estampillé « Nord » et qui avait eu l’audace et le courage de porter plainte. Mais sa personnalité reste encore à  trop clivante. Cependant, s’il est élu, Mayotte comptera deux députés d’opposition ce qui n’est pas forcément un handicap en Outre-mer où les tractations se jouent surtout dans les couloirs. Par ailleurs, cela permettrait à Elad Chakrina de parfaire sa formation politique aux côtés d’un vieux routier de la politique réputé sérieux et travailleur, le député de la deuxième circonscription Mansour Kamardine. Le ralliement des six autres candidats au second tour sera donc décisif.  LREM n’a pas donné son investiture à la député sortante invalidée et se présentant sans étiquette cette fois-ci. Elle est tout de même soutenue par le Parti Socialiste local. Reste une énigme : à qui profitera électoralement à toutes ces manifestations ? Le peuple français mahorais n’est pas dupe des tentatives de récupération en cours.

Paris aurait-il enfin compris le message de Mayotte ?

Il semblerait que le préfet ait fait régulièrement remonter depuis des mois le message d’un danger imminent d’embrasement de l’île et que le gouvernement souhaiterait donc en début de mandat  traiter enfin le problème de l’insécurité et de la violence de manière globale. L’insécurité est devenue telle qu’elle rend surtout impossible  une éducation sereine des jeunes sur l’île.

Emmanuel Macron à Mayotte en mars 2017

Les établissements professionnels sont pratiquement désertées depuis des semaines et l’absentéisme atteint des chiffres records pour cause de droit de retrait des personnels des transports. D’ailleurs,  l’une des premières mesures annoncées  est, pour le Préfet, d’élaborer un plan de sécurisation des transports scolaires sous  dix jours. L’appel gouvernemental est lancé : «  Nous allons mettre en place un projet de développement pour Mayotte  ». Ce sont les deux députés qui devront travailler avec les élus du Conseil Général et des conseils municipaux pour élaborer un tel projet. Il faut que les élus soient  à la hauteur des ambitions gouvernementales et que les parlementaires aient l’initiative. Parler comme le fait aujourd’hui le gouvernement d’un « plan de développement »  pour Mayotte, c’est tendre t la perche aux élus : seront-ils cette fois-ci saisir la balle au bond ? Le Conseil départemental s’intéressera-il enfin aux problèmes du territoire quand il n’est  pas capable de verser les bourses aux étudiants mahorais en métropole ?

Les chiffres nouveaux du recensement de Mayotte permettent d’augmenter les moyens, encore faut-il être capables de les gérer. Les élus mahorais ne sont pas suffisamment en action sauf pour organiser les blocages des carrefours et en appeler en permanence à l’État. Défaillances dans les discours, défaillances dans les actes. Les élus ne s’entendent pas entre eux sauf contre les Comoriens lors de l’opposition en septembre à la feuille de route avec l’Union des Comores. Pour travailler, les élus ont pourtant les nombreuses études, audits  et surtout les conclusions de la Chambre régionale des Comptes qui y fait même des propositions concrètes.

Reste enfin la raison principale de la colère populaire : l’immigration clandestine.

Service de l’immigration à la Préfecture de Mayotte

Aucun des huit candidats à ces législatives n’ose réellement affronter ce problème. Qui dénonce en effet ouvertement la transformation du service immigration de la préfecture en service commercial ?  La préfecture opère actuellement des régularisations massives contre argent comptant, légitimant ainsi tout un trafic clandestin puisque les demandeurs sont des comoriens misérables. Qui dénonce l’argent qu’a décidé de se faire l’État  sur le dos de la misère comorienne ? Les clandestins de Mayotte, on ne les appelle pas encore  les « réfugiés  », réclament maintenant la fin du visa Balladur. Certains élus municipaux sont pro-comoriens, et bénéficient de la libre circulation pour pouvoir partir en réalité à Marseille, dans la région parisienne, en Europe.

La régularisation massive et payante en cours est complice sans équivoque  de l’insécurité à Mayotte. Aucun élu n’en parle : il est vrai que demain les régularisés seront de futurs électeurs.

  1. Bamana Zaïdou
    Bamana Zaïdou5 mars 2018

    Conclusion très pertinente : il s’agit bien d’un commerce de la nationalité française odieux, immoral, cynique et machiavélique.

  2. LHOMME
    LHOMME5 mars 2018

    DERNIERE MINUTE :
    Paris a-t-il réellement pris la mesure de la colère de Mayotte et de son insécurité qui la rend invivable ? Une réunion s’est tenue samedi au vice-rectorat entre les élus et le préfet de Mayotte mais les premiers ont rapidement claqué la porte pour se réunir tous à la mairie du chef lieu. À l’issue des échanges, les élus ont décidé que les communes de Mayotte seront fermées pour une durée indéterminée à compter de ce lundi 05 mars 2018. Par ailleurs, les bureaux des services départementaux sont également fermés pour une durée indéterminée à compter de ce jour. Enfin, les maires ne mettront pas d’agents à disposition lors des opérations de vote liées aux élections partielles des 18 et 25 mars 2018 ce qui remet en cause le bon déroulement démocratique du scrutin. A noter qu’à ce propos un appel a été lancé à la démission des candidats ce qui serait un précédent dans la Cinquième République et ouvrirait d’ailleurs un nproblème constitutionnel. Ce lundi matin, des file de voitures et de bus se dirigent pour une prise de l’aéroport en klaxonnant. Les organisateurs du mouvement de grève générale viennent de faire cette déclaration: « demain lundi 5 mars 2018 à 9h, est la date de la Prise de l’Aéroport de Pamandzi. Nous demandons à la population et l’ensemble des Élus de Mayotte, de marcher en Petite Terre en signe d’Acte de Résistance dans la lutte contre l’insécurité à Mayotte. Nous exigeons de l’Etat qu’il entende les doléances du Peuple de Mayotte « Ne sommes-nous pas au sens schmitttien devant la « situation exeptionnelle  » ? Paris va-t-il enfin se décider à envoyer la Ministre ? ML.

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