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Norma de Vincenzo Bellini à l’Opéra de Nice

NORMA 6 Opéra Nice Côte DAzur ©Jaussein

Norma de Vincenzo Bellini à l’Opéra de Nice

Christian Jarniat ♦

Après de longues années d’absence, Norma revenait à l’affiche de l’Opéra de Nice.

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Il faut croire que le titre est porteur puisque la salle était comble pour les quatre représentations. La production était celle de l’Opéra de Saint-Gall où elle fut donnée en mars 2016 avec déjà les deux principales interprètes féminines pour les rôles de Norma et d’Adalgisa. A l’heure des transpositions quasi-systématiques, nous avions fait en février 2016, à l’Opéra de Monte-Carlo, un saut important dans le temps puisque cette opposition entre la Gaule antique et la Rome conquérante se déroulait lors de l’invasion des troupes allemandes nazies auxquelles s’opposait la résistance. Un tel parti pris avait créé quelques controverses sur la crédibilité même de cette démarche qui s’inspirait, au demeurant, de celle de Jossi Wieler et Sergio Morabito en 2002 à l’Opéra de Stuttgart se déroulant dans le quotidien miteux du néo-réalisme italien.

En 2016, au Royal Opera House de Londres, c’est la forêt de crucifix d’une Argentine militarisée qui servait de cadre à l’œuvre de Bellini. En comparaison plus cohérente apparaît la production de Saint-Gall reprise par l’Opéra de Nice. Bellini crée ce que d’aucuns considèrent comme son chef d’œuvre à la Scala de Milan en 1831. Et la partition du musicien sicilien nous fait entendre une musique du 19ème siècle qui s’inscrit dans la lignée du répertoire du bel canto romantique avec son langage élégiaque, la transparence de ses envolées lyriques (les duos féminins), la virtuosité pure des vocalises, et un texte « policé » que n’aurait pas renié Musset (Lorenzaccio date de 1934) . Finalement rien qui dans tout cela ne suggère véritablement ce que l’on peut imaginer de la violence et de la brutalité des rapports entre les protagonistes dans un temps où régnaient barbarie et obscurantisme. Pour toutes ces raisons nous n’avons trouvé ni choquant, ni absurde le choix de Nicola Berloffa de situer l’action à l’époque de la composition de l’œuvre, une option fréquemment utilisée de nos jours par nombre de metteurs en scène au théâtre comme à l’opéra (il n’est que de se souvenir de la Tétralogie du centenaire à Bayreuth où Patrice Chéreau plaçait les personnages dans la perspective historique et politique de la révolution industrielle du 19ème siècle contemporaine de Richard Wagner).

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Donc, selon les propos mêmes du metteur en scène : « un palais incendié dans une contrée indéfinie par une armée venue d’un pays imaginaire ». Des costumes somptueux (les robes !) pour la caste au pouvoir d’une sorte de « société secrète » qui célèbre des rites (au premier acte les funérailles du dernier soldat tombé sous les coups de l’ennemi et pleuré par toutes les veuves au cours d’une cérémonie dont Norma est, en quelque sorte, la grande prêtresse). Ce que l’œuvre propose en matière de « solennité » n’est pas trahi en ce qu’elle offre au regard des spectateurs, et « l’esthétisme » de la scénographie ne peut être nié (Andrea Belli pour les décors et Valeria Donata Bettella pour les costumes). Le salon blanc où se règlent les « comptes conjugaux » entre un homme et ses deux maîtresses, à la manière d’On ne badine pas avec l’amour, offre, dans le contexte une intimité plus adéquate et un climat émotionnel plus évident qu’une « empoignade » au fin fond d’une forêt !

Régulièrement invité à Londres mais aussi en Europe et aux États-Unis, Renato Balsadonna dirige, avec autant de fluidité que de vivacité, cette Norma et l’orchestre comme le chœur répondent avec éloquence à ses intentions. Alessandra Volpe est une Adalgisa idéale et sa voix colorée de mezzo soprano ne fait pas obstacle aux redoutables notes aiguës qui parsèment le rôle écrit, ne l’oublions pas, à l’origine pour la voix de soprano de Giulia Grisi créatrice du rôle d’Elvira dans I Puritani (Les Puritains). Yolanda Auyannet maîtrise avec aplomb « le rôle des rôles » où s’illustrèrent les plus célèbres cantatrices au rang desquelles, bien évidemment, Marias Callas. Dotée d’un timbre fruité, elle fait alterner de subtiles mezza vocce avec une indéniable vaillance dans les appels à la guerre ou les invectives à l’encontre de Pollione. Ce dernier est incarné par le ténor Walter Fraccaro qui, en dépit d’un timbre parfois nasal, se sort très honorablement du rôle où on le trouve ici plus discipliné stylistiquement qu’il ne le fut sur cette même scène en Pinkerton de Madama Butterfly voici quelques années. Le reste de la distribution est correctement complété avec Serguey Artamonov (Oroveso), Karine Ohanyan (Clotilde) et Marc Larcher (Flavio).

Illustrations : ©Jaussein

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