Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

Mayotte : Wauquiez l’indécent

Mayotte France

Mayotte : Wauquiez l’indécent

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

Le blocage maintenant quasi total de Mayotte continue mais on connaît maintenant la date où tout redeviendra « normal » : ce sera le 25 mars au soir quand le second tour des législatives sera terminé et quand, comme il l’espère, l’avocat Elad Chakrina, le candidat des Républicains sera élu.
(neveu de Mansour Kamardine, se prenant parfois pour Obama, Elad Chakrina fut déjà un très opportuniste candidat du parti Radical dans le val d’Oise en 2012).

Même l’Élysée n’est pas dupe puisque sur son perron, à la sortie du Conseil des Ministres, le porte-parole du gouvernement a nommément désigné les coupables, ceux qui autour du député Mansour Kamardine et de son neveu défilent à Mayotte, organisent la rébellion en surfant sur les problèmes d’insécurité, manipulant ostensiblement l’opinion, récupérant ouvertement un mouvement populaire de contestation.

Pour remporter la victoire, pour certains tout est bon y compris distribuer gratuitement des canettes de bière aux jeunes désœuvrés des villages pour qu’ils tiennent les barrages dès le petit matin. Méthodes de voyou mais c’est ce qu’on appelle le parlementarisme. La Guyane au printemps 2016 avait connu le même scénario.

« ”Mayotte est abandonnée” » par Emmanuel Macron, pleure le président des Républicains (LR), Laurent Wauquiez, en déplacement sur l’île et croyant sans doute parler de lui, il accuse sur place la ministre des Outre-mer Annick Girardin d'”incapable”. C’est la méthode Wauquiez déjà usée dans ses cours de l’école de Commerce de Lyon mais on aura bien noté à Mayotte que très courageux, il resta mercredi après-midi dans son hôtel et ne participa pas à la manifestation du mercredi. En pleine situation de blocages, la campagne des Républicains pour l’élection législative partielle de Mayotte des 18 et 25 mars, devient indécente.

Laurent Wauquiez reproche par exemple au gouvernement «de rester sourd à la situation» alors qu’il sait très bien que Paris est de nouveau à l’écoute. Wauquiez et son député ont bon dos de renvoyer la responsabilité sur François Hollande puis Emmanuel Macron mais Wauquiez plusieurs fois ministre, a toujours entériné si ce n’est précipité les lois pro-immigrés des gouvernements précédents. Il ose même parler de « droite sociale » alors que depuis des années, il n’a travaillé qu’à saper tout ce qui reste encore de social en France. De fait, par le biais d’un communiqué, Abdullah Mikidadi, candidat de la France Insoumise a réagi lui-aussi à l’indécence de Laurent Wauquiez. Il écrit ainsi: « il est accueilli avec un dispositif de sécurité exceptionnel alors qu’il manque des policiers partout ! » , puis d’ajouter:  « Cet ancien ministre a contribué avec son gouvernement à enfoncer Mayotte dans la « sous France » comme Valls et maintenant Macron  ».

En tout cas, au lieu de se mettre au travail et de faire des propositions concrètes, les élus ferment les mairies, défilent avec leurs écharpes tricolores en chantant en première ligne la Marseillaise, fermant les mairies et rejetant  systématiquement tout ce qui pourrait arriver demain. On craint des incidents violents aux barrages sur le dos de l’État. On n’entend à Mamoudzou que ce mot : L’État, « la faute à l’État », « L’État a failli ». Hier, alors qu’en métropole, le journal de vingt-heures de TF1 titrait sur Mayotte, sur les deux chaînes de la télévision réunionnaise, aucune allusion aux événements. On sait bien que les créoles Réunionnais ne portent pas vraiment les Mahorais dans leur cœur mais ne doit-on pas reconnaître que depuis plusieurs années, on n’entend plus parler de la Réunion, département dynamique aux élus engagés et bien formés. L’administration territoriale de la Réunion est devenue, par exemple, experte dans la constitution de dossiers de demande de subventions à l’Europe en tant que département ultra-périphérique au point que même des élus Guadeloupéens viennent sur l’île pour demander des conseils. Quand donc Mayotte se prendra-t-elle en charge ?

Du côté de l’État, le préfet  garde son sang froid. La vice-rectrice qui n’avait réagi que par des journées de réflexion avec les élèves sur la violence dont on n’attend toujours le relevé des conclusions est depuis trop longtemps restée à son poste. Elle aurait dû être remplacée – c’est de toute évidence son souhait – mais trouve-t-on des volontaires ? Son fraîchement nommé directeur de cabinet ne pense qu’à ne faire des retraits de salaire pour les enseignants en droit de retrait. Dans le jargon administratif, la meilleure solution pour lui serait un « vol bleu » et qu’il reprenne pourquoi pas les cours dans un lycée difficile de métropole. Le service immigration, source de la corruption à Mayotte est pour l’instant fermé suite à une grève de son personnel qui n’en peut plus.

Ne faut-il pas commencer par là : fermer provisoirement le service immigration de la préfecture, véritable pompe aspirante et appel au départ des îles proches et revoir la question du droit du sol à Mayotte.

On en parle depuis Sarkozy. Souvenez-vous de ce ministre chiraquien des Outre-mer enfin réaliste, François Baroin qui avait immédiatement soulevé une tempête médiatique en évoquant la question. Nous l’avons déjà écrit ici à plusieurs reprises, on peut vouloir pour des raisons démographiques, économiques, stratégiques, naturaliser les Anjouanais et autoriser ouvertement – en fait c’est le cas aujourd’hui – l’immigration clandestine à Mayotte mais en ce cas, il faut construire.

La seule réponse ministérielle à la crise actuelle est l’envoi de renforts de gendarmerie et un plan de sécurité prioritaire dit exceptionnel mais qui oublie pourtant la police nationale. On répond par le répressif. Il le faut mais à condition de développer parallèlement un plan éducatif : faire du vice-rectorat un rectorat à part entière, déclarer tout le département en zone d’éducation prioritaire REP+, relancer l’attractivité du territoire pour le recrutement de titulaires, sécuriser les abords des établissements scolaires et les transports scolaires ( en cours de réalisation), embaucher des surveillants et doubler dans chaque établissement le nombre de conseiller principaux d’éducation, poursuivre les constructions scolaires et en particulier la construction d’écoles primaires afin de ne laisser aucun mineur dans la rue, répondre à la surpopulation scolaire qui aujourd’hui ne peut qu’engendrer de la violence et débattre du programme officiel de l’enseignement du français à pratiquer sur l’île. Sans un plan éducatif exceptionnel, le plan répressif sera lettre morte et grand paradoxe, les manifestants contre la violence finiront par caillasser les gendarmes , ce qui ne saurait tarder ! Sans adosser le plan sécurité sur un plan éducatif d’ampleur départementale, les mesures ne seront comme d’habitude que des mesurettes. Il n’y aura pas de possibilité de combattre efficacement la violence scolaire et pour les enseignants, souvent remarquables sur l’île, la possibilité de faire sereinement leur travail.

On peut aussi vouloir stopper l’immigration illégale en militarisant avec peu de moyens le lagon, en détruisant le réseau commercial des kwassas d’Anjouan et en exigeant des Comores le respect de sa constitution fédérale des présidences tournantes. On peut institutionnellement aller plus loin, envisager un véritable statut juridique  d’État associé avec Anjouan. Oui, on peut vouloir faire des îles comoriennes un hub de développement français dans l’Océan Indien et sur toute la façade sud-est de l’Afrique. Oui, Mayotte petite île peut demain autoriser les casinos, relier Petite-Terre par un pont à quatre voies, se peupler de gratte-ciel à la Singapour. Nous ne sommes pas pour l’enlaidissement économique et technologique du monde mais ce que nous voulons signifier par là c’est que tout est possible dans le 101ème département français. Nous avons formé depuis maintenant vingt-ans des jeunes talents mahorais qui d’ailleurs n’en peuvent plus des exploitations politiques outrancières de leur élus ou de ceux qui aspirent à l’être comme nous le voyons aujourd’hui. Un collectif de jeunes lycéens de Mayotte en appellent ce matin à pouvoir poursuivre leurs études dans le calme .

Au moins 3.000 personnes, selon la police, ont défilé hier à Mamoudzou, pour une nouvelle opération “île morte” à l’appel d’une intersyndicale et d’un collectif d’associations de Mayotte, dans le cadre d’un mouvement de contestation populaire de plus de deux semaines et quatre semaines pour les transports scolaires . En dépit des fortes pluies de mousson, ce fut un succès incontestable. Laurent Wauquiez a multiplié, depuis son arrivée, les interpellations à l’adresse du gouvernement, critiquant l’absence de ministres sur place et plaidant pour une réforme du droit du sol à Mayotte. La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, l’a accusé de mettre de l’huile sur le feu. Outre des renforts de forces de l’ordre (deux ou trois bataillons, le chiffre reste imprécis selon les déclarations), vingt gendarmes supplémentaires (chiffre ridicule) et rien du côté de la police nationale. “D’autres types de mesures” seraient prochainement annoncées par le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb et le gouvernement promet une énième conférence sur l’avenir de Mayotte.En fait avec Wauquiez, avec le gouvernement, c’est toute la mascarade sur l’immigration clandestine qui continue, une vaste comédie  qui ne  fait pas rire. Ainsi, chaque nouveau gouvernement, chaque nouvelle majorité élabore son projet de loi sur l’immigration sans que rien jamais ne change. On ne touchera pas pour des raisons mondialistes et européennes au droit du sol, on a élargi le regroupement familial au droit de la fratrie ce qu’en mars 2015, les Républicains avaient voté. Mayotte est le miroir grossissant de ce qui en France sauf dans certains départements apparaît encore comme dilué : l’immigration ne cesse de gonfler dans notre pays, le Grand Remplacement avance et la comédie parlementaire continue.

L’explosion démographique de l’Afrique conjuguée à la dépression démographique du vieux continent devrait conduire tout pouvoir digne de ce nom à l’arrêt total et immédiat de l’immigration ( ce que réclament les électeurs italiens, le groupe de Visegrad, l’AfD allemand) puis à une inversion graduelle des flux migratoires, ce qui passerait par des systèmes d’aide au retour, par des accords avec les gouvernements des pays d’où viennent les migrants, par des fixations économiques sur place des populations, par une sorte de recolonisation économique du continent africain.

Répondre