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Journée de la Femme à l’ombre des banlieues

Journée De La Femme

Journée de la Femme à l’ombre des banlieues

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

Que d’hommages, que de bla-bla, que d’émissions spéciales même littéraires comme “La grande librairie” consacrée cette semaine aux femmes écrivains  : on ne parle que d’elles sauf des banlieusardes. Qui oserait en effet chez les bien-pensants soulever la question des banlieusardes des cités, celles du Neuhoff à Strasbourg, de Castelllane à Marseille, du Mirail à Toulouse, des Sapins à Rouen, de la Reynerie à Toulouse, des 4 000 à La Courneuve, de Mantes la Jolie, Champigny sur Marne ou Trappes ?

La partition du territoire se poursuit et s’intensifie, en dépit des scrutins électoraux qui sont pourtant une alarme . Qui a soulevé durant cette semaine la question de la prostitution en banlieue, une prostitution qui  explose, selon les rapports de la sécurité intérieure depuis 2014 ?

Selon Yves Charpenen, premier avocat général à la Cour de cassation et président de la Fondation Scelles qui combat l’exploitation sexuelle, plus de 20 % de la traite humaine en France se déroule en banlieue. Mais qui sont les proxénétes ?

Les réseaux internet permettent de poster des annonces tandis que des appartements HLM remplacent les chambres d’hôtel trop voyantes. Les clients et les filles y gagnent en discrétion mais aussi en rentabilité. Dans d’autres cas, des voitures, des camionnettes bien placées servent de refuge aux rencontres tarifées.

Qui sont les souteneurs ?

D’anciens trafiquants de drogue, anciens receleurs ou spécialistes des faux papiers qui veulent changer d’activité. La banlieue est propice à l’ascenseur social. Comme pour le trafic de drogue, ils sont aidés par leurs potes  qui se chargent de surveiller et de veiller au cheptel et de récupérer les gains. Depuis 2014, près d’une centaine d’affaires ont été mises à jour par l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains. Le tribunal  de Meaux a récemment condamné à quatre ans de prison dont deux avec sursis, deux anciens trafiquants de drogue qui avaient prostitué deux gamines de quinze ans. Le tribunal de Paris a condamné pour proxénétisme aggravé Nabil K. et Ibrahim B., à la tête d’un cheptel de dix filles. A Lyon, une jeune fille de quinze ans est tombée entre les griffes d’un réseau. A Marseille deux jeunes filles étaient enfermées dans un appartement, battues et livrée aux sévices sexuels de leurs geôliers avant de se voir contraintes à la prostitution. Les proxénètes, issus de l’immigration, géraient le réseau par portables depuis leurs cellules.

Ainsi pendant toute cette semaine où l’on a parlé des femmes, personne n’a évoqué le piège des banlieusardes. Les proxénètes quant à eux mènent bon train. C’est en banlieue aussi qu’on achète les voitures de luxe ou qu’on roule en Porche et que les boutiques de lingerie féminine ont la côte.

Rappelons que le métier de proxénète dans le Paris des années d’avant la fermeture des maisons closes par Marthe Richard n’était exercé que par les Corses et que plus tard dans les maisons d’abattage de la Goutte d’Or, il était aux mains de Kabyles musulmans. Depuis quelques temps, il semble de plus en plus s’africaniser et l’on compte aussi des réseaux chinois ou tamouls.

Là encore, silence radio chez toutes les féministes qui ont défilé sur les plateaux toute la semaine jusqu’au point d’ailleurs de nous plonger un instant dans un catalogue passionnant, Garçons de joie. Prostitution masculine à Paris 1860-1960, publié chez la galériste parisienne Nicole Cannet aux Éditions Au Bonheur du Jour.

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