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Les offres de gaz “vert”, késako ?

Gaz Vert

Les offres de gaz “vert”, késako ?

Michel Gay ♦

Depuis quelques années, les fournisseurs de gaz sont toujours plus nombreux à proposer des offres de “gaz vert”. Comment est-il produit ?
Qualifié de bio ou de renouvelable, le gaz devient presque sympathique, mais qu’entend-t-on par gaz d’origine renouvelable ? Est-il si “vert” que ça ?

Explications. Gaz vert, kézaco ?

L’expression “gaz vert” désigne en premier lieu le biométhane comme source d’énergie.

Au contraire du gaz naturel présent dans les sous-sols de la planète, il est obtenu par un procédé chimique et biologique, la “digestion anaérobie” (en l’absence d’oxygène). Ce processus permet de décomposer des déchets de matières organiques grâce à des bactéries qui dégagent un mélange de gaz (le biogaz) dont il faut retirer le CO2 pour produire le méthane baptisé “biométhane”. Le “gaz vert” ainsi obtenu est donc composé principalement de méthane (à plus de 97 %) qui peut être injecté dans le réseau de gaz naturel qui est aussi majoritairement du méthane.

La production annuelle de biométhane est encore faible en France : 0,4 térawattheures (TWh) pour une consommation nationale de gaz d’environ 400 TWh (soit 0,1%). Néanmoins, elle est appelé à augmenter dans le cadre de la politique de transition énergétique.

Du gaz de compensation

Les offres de gaz vert ne concernent pas seulement le biométhane…

Elles comprennent également le gaz dit “compensé carbone” qui repose en partie sur un Système Communautaire d’Echange de Quotas d’Emissions (SCEQE), une sorte de “bourse du carbone”.

Le principe ? Toute consommation de gaz naturel par un client entraîne des investissements dans des projets “responsables”. Ceux-ci doivent permettre d’éviter des émissions de CO2 “quelque part”, dans des proportions au minimum équivalentes aux émissions initiales du client.

Dans le cadre d’une offre de gaz compensé carbone, pour chaque kWh de gaz consommé, le fournisseur s’engage à compenser les émissions de CO2 en achetant des “crédits carbone” auprès d’associations habilitées. Celles-ci mettent en œuvre des projets responsables (localisés n’importe où sur la planète en vertu du principe de neutralité géographique énoncé par le protocole de Kyoto) qui permettent d’éviter les émissions de carbone, ou de capter du gaz à effet de serre émis dans l’atmosphère.

Pour installer des centrales au gaz qualifiés de renouvelables, il suffit donc de remplacer une centrale au charbon par une centrale nucléaire qui ne rejettent pas de CO2 dans un pays exotique, pour vendre du gaz vert dit “compensé carbone”.

Investir dans le gaz vert pour paraître “éco-responsable” ?

Plus coûteux à produire, le gaz vert est aussi beaucoup plus coûteux à l’achat (12 centimes d’euro par kWh (c€/kWh)) au lieu de 1,7 c€/kWh sur le marché du gaz naturel au premier semestre 2017).

Cependant, acheter du gaz vert est une véritable prise de position stratégique à moyen et long terme pour une entreprise. Elle montre ainsi en interne (auprès de ses employés et collaborateurs) et en externe (auprès des clients) qu’elle est soucieuse de son impact environnemental.

Les projets de compensation donnent à l’entreprise une image “responsable” concrète via, par exemple, des actions de lutte contre la déforestation, de protection de ressources hydrauliques… L’entreprise se pare de vert à bon compte grâce à ce “greenwashing” qui permet d’afficher sa volonté de ne pas vouloir seulement “faire du profit”.

Le gaz vert devient un vecteur de communication, une “preuve” que les acteurs économiques sont soucieux de leur impact environnemental, et une composante importante des stratégies de responsabilité sociale des entreprises (RSE).

Reste que du gaz dit « renouvelable » reste toujours du gaz. Le baptiser “biométhane” ne change pas la formule du méthane (c’est toujours CH4) qui est un puissant gaz à effet de serre, et dont la combustion dégage du CO2.

En réalité, les émissions de CO2 auront été transférées d’un endroit à un autre de la Planète, ce qui est inconciliable avec la décarbonisation de notre mix énergétique imposée par l’Accord de Paris signé par la France en décembre 2015 (COP 21).

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