Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

Alain de Benoist : «La grande transformation, plutôt que le remplacement…»

Jeanne DArc Métissée

Alain de Benoist : «La grande transformation, plutôt que le remplacement…»

Alain de Benoist ♦
Essayiste.

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

Le « Grand Remplacement », concept forgé par l’écrivain Renaud Camus, connaît un indéniable succès dans certains milieux. Vous êtes pourtant réticent à l’employer. Est-ce parce que vous le trouvez trop « conspirationniste » ?
Alain de Benoist : Pas du tout. Et je ne suis pas, non plus, surpris du succès de cette expression, bien propre à frapper les esprits, qui évoque aussi le Grand Dérangement dont furent victimes les Acadiens entre 1755 et 1763. Je suis seulement soucieux du sens des mots. Remplacer une population, cela signifie qu’on l’enlève pour la faire disparaître et qu’on la remplace par une autre (c’est, précisément, ce qui est arrivé aux Acadiens, qui furent déportés notamment vers la Louisiane). En France, aujourd’hui, ce n’est vrai que dans des endroits bien circonscrits, par exemple lorsqu’une banlieue se vide entièrement de sa population d’origine européenne pour être remplacée par une population d’origine étrangère. Mais, même dans ce cas, la population touchée par le « white flight » ne disparaît pas, elle s’éloigne pour aller vivre ailleurs. À l’échelle du pays, il n’y a pas, à proprement parler, de remplacement. En revanche, il y a un continuel apport extérieur qui transforme la population d’origine européenne, qui modifie son pool génétique, ses habitudes sociales, sa façon de vivre, sa manière de voir le monde, ses valeurs spécifiques, etc. Cette transformation n’est pas une mince affaire, elle est même d’une importance capitale, mais ce n’est pas, au sens propre, un remplacement. La population française n’est pas remplacée, mais elle est peu à peu transformée. C’est pourquoi je parlerais plutôt de « Grande Transformation ».
Renaud Camus a, d’ailleurs, également publié en 2013, deux ans après Le Grand Remplacement, un autre livre intitulé Le Changement de peuple. Cette seconde formule a eu moins de succès, mais je la crois beaucoup plus exacte.

Cette expression renvoie, de fait, à l’« islamisation de la France » généralement dénoncée par les mêmes milieux. Mais notre société ne serait-elle pas, avant tout, américanisée ?
Le succès du Quick halal montre que les deux ne sont pas incompatibles. Et, de toute façon, nous n’avons pas à choisir entre les deux. Le « communautarisme » et l’éthnicisation des rapports sociaux auxquels nous assistons aujourd’hui ont partie liée avec l’islam, mais vont aussi très au-delà du fait religieux. On n’a pas tort de dire que les musulmans n’admettent pas que la loi civile prime la loi religieuse, mais il en va de même des catholiques ou des juifs : pour un catholique, l’avortement n’est pas plus admissible quand la loi reconnaît le droit à l’IVG que lorsque la loi l’interdit. Tout croyant fait la différence entre ce qui est légal et ce qui est légitime, aucun ne peut placer la loi positive au-dessus de la « loi naturelle ». En ce sens, la distinction entre le spirituel et le temporel n’est qu’une distinction, pas une séparation. En bonne théologie, c’est le spirituel qui prime.

Le problème commence, en réalité, lorsqu’une communauté, qu’elle soit religieuse ou ethnique, vit dans un pays en considérant qu’elle n’appartient pas à ce pays et en s’organisant sous la forme d’une contre-culture opposée à la culture autochtone. En Russie, où l’islam représente 15 % de la population, soit 25 millions de personnes, les musulmans se veulent d’abord russes (lisez, à ce propos, le livre d’Héléna Perroud, Un Russe nommé Poutine). En France, des milliers de jeunes qui possèdent la nationalité française estiment, parfois en toute bonne foi, qu’ils ne sont pas français et ne peuvent pas l’être puisqu’ils appartiennent d’abord à l’« oumma » islamique (ummat islamiyya), l’assemblée « maternelle » des fidèles ou communauté des croyants – une « oumma », d’ailleurs, largement fantasmée dans leurs esprits. Le « vivre ensemble » les indiffère complètement, contrairement à ce qu’on répète dans les chaumières, puisqu’ils préfèrent d’un côté le face-à-face et de l’autre l’entre-soi. Toutes les conditions sont alors réunies pour que se produisent les dérives, parfois sanglantes, auxquelles nous assistons actuellement.

Que pensez-vous de la polémique née de l’attribution à une Française d’origine à la fois polonaise et béninoise du rôle de Jeanne d’Arc dans les traditionnelles Fêtes johanniques prévues à Orléans ?
Je trouve cette mini-polémique lamentable. En révélant le racisme de ceux qui s’indignent que ce rôle ait été confié à une jeune Métisse, par ailleurs membre des Scouts d’Europe, elle a seulement le mérite de confirmer que, parmi ceux qui reprochent aux enfants d’immigrés de « ne pas vouloir s’intégrer », il y en a certains qui, en réalité, ont surtout le désir qu’ils ne s’intègrent jamais. Je suppose que, pour eux, ni Alexandre Dumas (Les Trois Mousquetaires), ni Raymond Bourgine, ni Jules Monnerot, ni Jacques Vergès n’étaient de « vrais Français ». Mais je n’irai pas plus loin. Charlotte d’Ornellas et Nicolas Kirkitadze ont dit, ici même, tout ce qu’il y avait à dire sur cette tempête dans un verre d’eau. Je partage entièrement leur avis.

Source : Bld Voltaire

Illustration : Crédit photo : Albert Lynch [Domaine public], via Wikimedia Commons
  1. Plouvier Bernard
    Plouvier Bernard14 mars 2018

    Alain de Benoist est souvent enthousiasmant, mais dans ce registre, il joue sur les mots et minimise la réalité.

    Sa “Transformation” est à terme “riche” d’un “Remplacement” : le différentiel de croissance démographique entre Français de souche européenne et nouveaux venus de souches africaine ou moyen-orientale est une évidence.
    En outre, le flux entrant continu est fait surtout d’extra-européens (d’autant que nombre de “Roumains” ou de “Bulgares” sont des Roms, d’origine pakistanaise). Le flux sortant est fait quasi-exclusivement de Juifs et d’Européens de souche qui fuient un pays envahi et instable.
    À plus ou moins long terme, la “transfo.” deviendra substitution de population majoritaire.

    L’affaire d’Orléans est strictement dépourvue du moindre intérêt par elle-même. A. de Benoist a raison … mais il ne s’agit nullement de “racisme” ; il s’agit à la fois d’une provocation mondialiste et surtout de l’élévation d’un anachronisme ethnique au rang de “valeur de la République”.

    Faire jouer le rôle de Jeanne par une Polono-Togolaise doit entraîner par réciprocité de faire jouer le rôle d’un Mobutu ou d’un Mandela par un Écossaix roux ou un Scandinave blond, de représenter De Gaulle par un Pygmée ou “Staline”-Dougashvili par un Amérindien… et, bien sûr, Adolf Hitler par un Ashkénaze bien typé.

    Si l’on fait de la provocation anachronique une “valeur” propédeutique, il faut généraliser la chose et ne pas la réserver aux seuls catholiques blancs.

  2. Robert41
    Robert4115 mars 2018

    Où sont passés les barbares de l’an 481 ? Les Wisigoths, les Alamans, les Burgondes, les Francs, les Celtes, les Suèves, les Vikings et tutti quanti ? Tant de diversités dans notre histoire, pour une France en doute avec elle-même, parce qu’en peine dans la quête de sa pierre d’unité. Et patatras …, à chaque fois où l’on croît avoir atteint vertu et sens commun, nous voilà déchirés pour un surplus disgracieux. Pourquoi se diviser sur un incongru qui lui sait ce qu’il veut ! – Deux mille ans d’histoire, les guerres, les conflits, les cimetières alignés, les stèles de mémoire ne suffisent pas à donner à une forte majorité de français, la conviction qu’il faut mieux être maître chez-soi qu’être serviteur de celui qui s’invite. On aimerait retrouver l’héritage de nos Rois et de l’Église, les uns savaient parler à un Dieu rédempteur et l’Église savait parler aux hommes. Bien sûr que cela n’était pas parfait mais aujourd’hui après plus de deux cents ans, d’une science politique de remplacement, qu’avons-nous de parfait dans notre société communarde ? Nous tournons en rond dans une cage idéologique où nous ne faisons que reconduire un système politique revanchard dont l’ambition est notre division. Prenons la peine d’être nous-même et non vivre d’une interprétation de malins, nos paroles valent les leurs, la différence se fera par le nombre et tout est-là !

  3. MONTENAY
    MONTENAY16 mars 2018

    C’est un problème sérieux, il faut donc être sérieux. En tant que démographe, je constate que, sur la base des chiffres actuels, il n’y a pas de remplacement massif en vue, sauf peut-être localement. Et, comme tout le monde, j’ignore ce que seront les tendances futures.

    Je suis également d’accord sur le dernier paragraphe qui donne un exemple d’assimilation, et regrette que cette assimilation soit freinée par le racisme. Il ne faut pas raisonner “en blocs” : une partie des musulmans se sentent français avant d’être musulmans (vos voisins de travail pour commencer, discutez avec eux !) et l’autre partie inversement comme dit dans cet article (mais il est plus difficile de discuter avec ceux là, d’abord parce qu’on ne les rencontre pas … ce qui est une partie du problème).

    Pour les «nouveaux », je précise que mon travail est de rassembler les données les plus neutres possibles sur le monde musulman. Voir :https://www.yvesmontenay.fr/echos-du-monde-musulman/ et, pour la démographie, https://www.yvesmontenay.fr/2016/06/26/conference-population-avenir-ou-va-le-monde-musulman/

Répondre