Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

Peau de vache de Barillet et Gredy au Palais des Festival de Cannes. Le retour du théâtre de boulevard français

Peaudevache2

Peau de vache de Barillet et Gredy au Palais des Festival de Cannes. Le retour du théâtre de boulevard français

Christian Jarniat ♦

Barillet et Gredy sont deux inséparables du théâtre, comme le furent, en leur temps, de Flers et Caillavet ou, dans la littérature policière, Boileau et Narcejac. Entre les années 1950 et 1990, ils régnèrent en maîtres sur le théâtre de boulevard.

© Marcel Hartman

© Marcel Hartman

Parmi les pièces qui sont aujourd’hui devenues des « classiques », on peut citer Le Don d‘Adèle (1950), La Reine blanche (1953), L’Or et la paille (1956), Peau de vache (1975), Potiche (1980). Mais les deux chefs-d’œuvre incontournables demeurent incontestablement Fleur de Cactus, à l’affiche pendant trois ans de 1964 à 1967 avec Sophie Desmarets et Jean Poiret, reprise en 1987 et en 2015 et Folle Amanda (1974) avec Jacqueline Maillan et Daniel Ceccaldi, reprise en 1981 et en 2017. A noter que Jacques Charon, de la Comédie Française, a mis en scène 8 pièces du duo Barillet et Gredy dont Peau de vache en 1975, quelques jours avant sa mort. Sophie Desmarets et Daniel Ceccaldi en furent les créateurs.

L’argument tient en peu de mots : Alexis Bruker est un violoncelliste de renommée internationale. A la fin de ses récitals et tournées il trouve un légitime repos dans sa confortable maison de campagne et vit heureux aux côtés de sa femme Marion. Celle-ci est surnommée « Peau de vache » en raison de son mauvais caractère. Eternelle râleuse elle ne se prive pas de dire à chacun son fait et ce, de manière abrupte. N’exerçant aucune profession, elle se voue entièrement à son mari. L’irruption soudaine d’une jeune journaliste venue interviewer Alexis déclenche les hostilités entre cette dernière, apparemment tout en douceur, et Marion au franc-parler et sans faux semblants.

© Marcel Hartman

En revoyant cette pièce au Palais des Festivals de Cannes (salle Debussy) on prend conscience que Barillet et Gredy s’inscrivent dans la grande tradition du théâtre de boulevard français, celle qui fit la gloire de Feydeau et Labiche fondée sur une solide construction dramaturgique, un sens aigu de l’écriture, une mécanique parfaitement huilée dans la mise en place des situations comiques, une saveur toute particulière dans les répliques qui font mouche à tous les coups. Ce savoir faire, il faut bien le dire, s’est quelque peu étiolé dans le répertoire actuel du théâtre de divertissement.

La distribution est succulente avec en tête d’affiche Chantal Ladesou pour laquelle le rôle de Marion semble avoir été écrit, avec sa gouaille et sa démesure, sa voix trainante, sa diction si particulière, son articulation déconcertante, ses remarques cinglantes, son humour à froid, elle est vraiment cette «peau de vache» à laquelle mieux vaut ne pas se frotter. Grégoire Bonnet incarne Alexis le mari placide qui, en se réfugiant dans son violoncelle, s’est accoutumé, bon an mal an, à une vie ponctuée par les coups de gueule de cette mégère non apprivoisée qui règle ses comptes avec tout son entourage sans ménagement. Avec son charme acidulé Anne Bouvier (Pauline) dessine parfaitement la journaliste coincée qui, sortant de son étroite chrysalide, se transforme soudain en ingénue perverse, toutes voiles de la séduction au vent, pour semer la zizanie dans un couple ancré dans ses habitudes. Une mention spéciale à l’épatant Urbain Cancelier truculent à souhait dans le vétérinaire. Mise en scène ironique de Michel Fau qui manie comme personne le second degré et qui coréalise pour la circonstance un décor coulissant à transformations kitch à souhait. Superbes costumes de David Belugou.

Peau de Vache interprété par les Tréteaux du Bocage à Brou sur Chantereine en Seine et Marne

Répondre