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Mayotte et la ministre « boite à lettres »

Mayotte France

Mayotte et la ministre « boite à lettres »

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

La nouvelle vient de tomber à la sortie de la réunion avec la base : l’accord est refusé et la grève continue avec les barrages maintenus au moins jusqu’à dimanche.

L’intersyndicale et le collectif restent unis mais surtout, les élections (la législative partielle de la première circonscription) auront  lieu difficilement. Appel a été lancé à son boycott. L’État en faisait pourtant la condition de tout accord avec la reprise des établissement scolaires, désormais vides. Il vient d’être demandé à l’État de démanteler immédiatement les bandes qui sévissent sur Mamoudzou et Koungou.

Et effectivement depuis ce jeudi matin, 100 militaires sont engagés afin de mener des opérations contre l’immigration clandestine.  45 interpellations ont déjà eu lieu dans ce cadre. Cette nuit, les gendarmes ont également mené des opérations du même type, les services de l’État souhaitant prouver que le message des grévistes a été entendu et que les forces de sécurité sont en cours de déploiement. Une section de Compagnie Départementale d’Intervention (CDI) arrive de la Réunion en renfort dès demain vendredi.

On entend la Ministre, Annick Girardin, descendant de l’avion, dire au préfet dans une vidéo « Bien, on en a pour un mois ! » Elle avait pourtant souhaité réagir au lendemain de la réunion de mardi soir, juste avant son retour sur Paris pour le Conseil des Ministres de mercredi en soulignant qu’elle avait trouvé un accord entre l’État et les leaders du mouvement. C’était faux. Il n’y avait pas d’écrit et les leaders devaient consulter leur base. La Ministre avait-elle mission de décider ou simplement de dialoguer à la socialiste ? Sa gestion nous a rappelé un peu celle d’Yves Jego qui, en plein trouble en Guadeloupe, prenait son petit déjeuner dans un café face à la préfecture. Sa désinvolture lui avait coûté son poste et sa carrière politique. Annick Girardin est une ancienne militante socialiste : on ne se refait pas. Son accord n’était donc qu’un accord de principe. Il vient de voler en éclat par le refus de la base. Certains parlent de son entêtement.

Le gouvernement fait en tout cas tout pour esquiver la question essentielle de Mayotte, la solution immédiate la plus réaliste la suppression du droit du sol. Pour cela on a sorti émis l’ idée d’un hôpital international, fausse idée, peu réaliste selon Le Monde et même dangereuse médicalement.

La police étant fortement mobilisée, on a noté une rotation accélérée de l’arrivée de kwassas-kwassas en particulier sur les plages du Sud la nuit. Comment réellement verrouiller le lagon ? La Ministre a tout entendu y compris les informations sur le renvoi des Mahorais aux soins privés pour réserver l’hôpital public aux clandestins. Elle a même avoué dans ses palabres au sol que plus de 40 % de l’île est maintenant peuplée d’illégaux et qu’il est donc normal que dans ces conditions, il y ait de la violence et du rejet. On renforce de toute évidence la sécurité pour calmer les esprits mais le bureau de l’immigration est maintenu sans moyens, rien n’est décidé pour l’éducation et la mise de tout le département en REP +, l’hôpital continue de travailler dans des conditions dignes du tiers-monde. Il y a actuellement 7 gynécologues sur place alors qu’il en faudrait 20.

Un surnom a été donnée à la Ministre comme il est de coutume sur l’île aux Parfums : la ministre « Boîte aux lettres ». Dans le 101 ème département français, les services de l’État ne fonctionnent quasiment plus. La situation, qui s’est détériorée mois après mois, avec une augmentation croissante du chômage, de la criminalité, et de l’immigration clandestine, amène à une explosion de colère de la part des Mahorais, qui en fait continue de s’amplifier. La remise en question du droit du sol marquerait en effet un revirement de la philosophie  gouvernementale. C’est tout l’enjeu de cette création juridique ,  faire une « maternité internationale » à Mamoudzou. Avec un tel statut, la maternité serait en quelque sorte , déterritorialisée mais le droit du sol ne serait absolument pas remis en cause, ce qu’a bien expliqué le député En Marche, Aurélien Taché dans le quotidien catholique La Croix: « au lieu d’obtenir automatiquement la nationalité française“, les enfants de femmes comoriennes qui y naîtraient “pourraient être déclarés comme Comoriens au registre de l’état civil ».

A noter une réaction surprenante, celle de l’ex-ministre des Outre-mer et députée de la Réunion (Nouvelle gauche) Ericka Bareigts qui s’est étonnée que « personne ne parle d’investissements aux Comores » et a appelé l’État à engager un « dialogue diplomatique » avec ce pays pour y construire un hôpital. Elle ignore sans doute que devançant les Français, et y poursuivant d’autres intérêts, les Chinois viennent de le faire. Mansour Kamardine a insisté sur le fait que les annonces d’Annick Girardin « ne résolvent en rien une crise globale touchant tous les secteurs. Le début de réponse sérieuse sur la sécurité n’efface pas les besoins en matière d’école, de santé, de social, d’infrastructures, d’urbanisme et de développement. » L’immobilisme de l’État en matière de lutte contre l’immigration clandestine a commencé à Mayotte à se payer très cher. C’est donc loin d’être fini. Un mois, deux mois, comment se terminera donc l’année scolaire et que vaudront les diplômes 2018 de l’île surtout les diplômes professionnels ?

Rappelons  les deux causes secondaires du déclenchement de ce mouvement :  la législative partielle et les caillassages des transports scolaires. Pour la législative partielle, la responsabilité revient au mouvement de La République en Marche qui avait choisi une candidate mise ensuite en examen. Cette ex-députée continue de se présenter comme candidate libre.  Pour la violence dans les établissements scolaires, les autorités rectorales ne furent pas capables de répondre à la gravité des problèmes et d’en prendre conscience.

Par ailleurs, premier concerné, le gouvernement comorien a dénoncé le climat de stigmatisation des Comoriens qui frappent l’île et s’est dit prêt à réagir. Pour lui, « les Comoriens qui vont à Mayotte ne sont pas des coupeurs de route ou des violeurs. Ils y vont pour du travail ou pour des soins », a-t-il ajouté. Le produit intérieur brut (PIB) par habitant est 13 fois plus élevé à Mayotte qu’aux Comores. Et il est vrai que parmi les jeunes délinquants, on trouve de nombreux Mahorais. Il faut le dire et même le souligner.  « De toutes les façons, ces Comoriens sont en situation régulière, ils sont chez eux », a encore dit le ministre, rappelant la position de Moroni qui revendique depuis des décennies Mayotte. Au cours d’un référendum organisé en 1974 par Paris dans les quatre îles des Comores, la majorité des électeurs avait voté en faveur de l’indépendance. Mais à Mayotte, les électeurs avaient choisi de rester Français, contrairement aux trois autres îles. Paris avait alors décidé de  garder Mayotte dans le giron de la France, une décision toujours condamnée par les Nations unies.

  1. P.A.
    P.A.16 mars 2018

    “Paris avait alors décidé de garder Mayotte dans le giron de la France, une décision toujours condamnée par les Nations unies.”

    En effet l’ONU c’est-à-dire les USA ont toujours eu le soucis du droit des Peuples à disposer d’eux-mêmes, comme pour la Crimée.
    L’immigration incontrôlée et le droit du sol c’est autre chose quoique …!

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