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Mali-Burkina : l’échec des forces supplétives. Faudra-t-il renforcer Barkhane ?

Barkhane Mali

Mali-Burkina : l’échec des forces supplétives. Faudra-t-il renforcer Barkhane ?

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

La France a récemment été visée au Burkina Faso où son ambassade à Ouagadougou et l’Institut français ont été attaqués par des hommes armés.

Une semaine auparavant, ce sont deux soldats français qui avaient été tués et un blessé dans l’explosion d’une mine artisanale au passage de leur véhicule blindé. L’opération Barkhane continue. Le 23 janvier, une déclaration du Conseil de sécurité de l’ONU du 23 janvier exprimait son impatience face aux retards dans la pleine mise en œuvre des principales dispositions de l’Accord sur la paix et la réconciliation au Mali.

La situation sécuritaire ne cesse de se dégrader dans le Centre du Mali marquée par une recrudescence des incidents. Depuis le début de l’année, on a tout de même dénombré 17 morts chez les forces de sécurité maliennes et une trentaine de civils tués. Une force internationale existe c’est la force « Opérations de sécurisation dans la zone des trois frontières  » qui est engagée dans des opérations de reconnaissance et de contrôle de la zone mais c’est toujours Barkhane c’est-à-dire les Français qui en sont les piliers. Des efforts avaient justement portés récemment sur la frontière entre le Mali et le Burkina-Faso, dans un secteur où sévit principalement Ansaroul Islam. Ils expliquent les représailles « terroristes » de Ouagadougou.

Les conditions sécuritaires du centre du pays s’aggravent

Effectifs de Barkhane

Inévitablement, l’activisme croissant des groupes armés radicaux, multipliant attaques contre l’armée et représailles sur les civils, a généré des initiatives d’autodéfense non départies d’enjeux ethniques, tribaux et religieux, toujours explosifs en Afrique. Dans un horizon bouché et face à la terreur, les populations s’organisent puisque désormais, le quotidien des Maliens de la région est fait d’intimidations, de kidnappings, de violences, d’assassinats et d’explosions mortelles.

La mainmise des groupes djihadistes sur certaines localités, dans les régions de Mopti et Ségou, ne cesse de heurter. Ils intensifient les attaques sur des positions de l’armée, s’emparant même souvent de leur matériel. Face à l’absence d’autorité de l’État, plongée dans un scandale de corruption autour de l’avion présidentiel, c’est la Katiba Macina, dirigée par Amadou Kouffa qui installe son règne. La charia est instaurée, les écoles fermées, des jeunes enrôlés et une justice sommaire exercée. Si l’on en parle si peu c’est que rares sont les personnes qui acceptent de témoigner, craignant des représailles. En plus des traditionnels litiges fonciers villageois, la présence de Peuhls dans les groupes djihadistes, n’arrange pas les affaires locales. Les Peuhls sont maintenant ouvertement accusés d’accointances avec la Katiba Macina, alors qu’eux accusent ces derniers de connivences avec l’armée.

L’État malien est totalement impuissant, ne contrôle plus son territoire et le manque de perspectives ne laisse plus d’autre choix aux jeunes que d’intégrer les groupes criminels ou…. partir en France. « Les jeunes sont désœuvrés, il suffit de leur proposer quelque chose pour qu’ils fassent le sale boulot », admet un jeune de Youwarou. A cela s’ajoute une mauvaise campagne agricole. Un jeune qui intègre un groupe djihadiste ramène 500 000 francs CFA. Il fait vivre une famille de vingt personnes. C’est la triste réalité. Conscient, le gouvernement malien a mis en place un plan de sécurisation intégré des régions du centre censé prendre en compte sécurisation et développement de la région en même temps. Il est resté lettre morte. Les Français surveillent par drones. Cette aggravation de la situation ne remet-elle pas en question l’efficacité réelle de Barkhane ?

En janvier 2012, le président Hollande déclenchait l’opération Serval ( « le plus beau jour de ma vie politique  » a-t-il même  affirmé). La France envoyait ses Rafale et ses ses troupes au Mali pour « stabiliser le régime » et « repousser les djihadistes  ». Les militaires de Serval ont ensuite été intégrés à l’opération Barkhane qui compte à présent environ 4200 soldats. Cette force d’occupation coûtant trop cher, de l’ordre de 800 millions d’euros par an environ, le Président Macron a initié très rapidement au tout début de son mandat la « Force conjointe – G5 Sahel » mais en réalité force est de reconnaître au bout de quelques mois qu’elle ne remplace nullement Barkhane comme sans doute Jean-Yves Le Drian et son successeur plus gestionnaire l’espérait. La Force conjointe-G5 Sahel est une force composée uniquement de soldats « locaux » de cinq pays (Mauritanie, Mali, Burkina-Faso, Niger et Tchad) qui lutte officiellement contre les djihadistes mais ceux-ci ne sont que la couverture en réalité des trafics de drogue et  d’armes qui sévissent dans la région non sans lien avec l’ « invasion » africaine de l’Europe par la Libye et l’Algérie interposés.

Pour l’instant, toutes les opérations guerrières de cette force conjointe ont été soutenues par les militaires français. Elle n’a jamais encore opérée de manière autonome. Officiellement, il y a en ordre de marche cinq bataillons (un par pays) de 750 soldats. Ils s’ajoutent aux militaires français de Barkhane . Cinq ans après, c’est la continuation de Serval. Pour le reste, Africains, réfugiés, musulmans ce sont les « forces supplétives » de la stabilisation nécessaire de ce pivot du Sahel devenu océanique puisque les unités rebelles naviguent dans la bande sahélienne comme sur la mer, se jouant des frontières et des États. Quand l’année dernière l’UE avait fournit des équipements flambants neufs à l’armée malienne, ces derniers se retrouvaient en vente la semaine suivante sur les marchés de Conakry en Guinée.

La corruption à tous les niveaux des différents états sahéliens ne rend-elle pas illusoire de croire que les soldats français pourront renter et  qu’ils ne devront pas bientôt être renforcés si à cause du double jeu de l’Algérie, la question complémentaire et même centrale touareg se corse ?

 

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