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2018: le bruit des bottes

Le Bruit Des Bottes

2018: le bruit des bottes

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

Le ministre britannique de la Défense, le conservateur Gavin Williamson, a annoncé, il y a un mois, que le Royaume-Uni changeait sa stratégie de défense, passant d’une stratégie ciblant les terroristes (Al-Qaïda, Daesh) à une stratégie ciblant trois pays : la Russie, la Chine et la Corée du Nord.

Il a reconnu qu’une augmentation massive des dépenses militaires sera nécessaire à cette fin et que des « économies » devront être réalisées dans d’autres domaines de dépenses gouvernementales, comme les services de santé et les dépenses militaires contre le terrorisme. Le titre du London Times du 22 février était « La Russie est une plus grande menace pour notre sécurité que les terroristes ».

Ainsi la perfide Albion s’inscrit dans les préparatifs qui s’accélèrent de la troisième guerre mondiale puisque les États-Unis ont déclaré la « concurrence stratégique » de pays comme la Chine et la Russie comme étant devenu leur principal objectif plutôt que de lutter contre le terrorisme qu’ils ont en réalité fomenté depuis trois décennies. Ainsi, comme ce qui s’est passé lorsque le Premier ministre britannique Tony Blair a fait de son pays le chien de garde du président américain George W. Bush lors de l’invasion de l’Irak en 2003, la Première ministre britannique Theresa May devient l’animal de compagnie du président américain Donald Trump dans les conflits à venir contre la Corée du Nord, la Russie et la Chine sans oublier bien évidemment l’Iran.

Reste que pour faire la guerre, fut-elle celle des frappes nucléaires sur les villes, il ne faut pas seulement avoir des reins solides mais un peuple au moral d’acier. De plus, même si Donald Trump a proposé une augmentation de 54 milliards de dollars des dépenses fédérales pour les forces armées, la majorité des Américains ne le souhaitent pas du tout et préféreraient selon un dernier sondage une réduction de 41 milliards de dollars. Pire, la majorité des personnes interrogées au sein du parti républicain ont déclaré qu’elles souhaitaient maintenir le budget de défense dit « de base »au niveau actuel. Elles sont même favorables à une réduction de 5 milliards de dollars des dépenses concernant le budget pour les « opérations des contingents à l’étranger », notamment en Afghanistan et en Irak ! Les choix sont donc faits sans tenir compte de l’opinion publique et encore moins de la démocratie. S’il devait donc y avoir une troisième guerre mondiale et si l’Iran ou la Russie devaient en être la cible principale, il ne serait pas possible de faire accepter toute la propagande humaniste à une opinion publique qui n’est plus dupe des tergiversations intellectuelles.

Reste l’ubris, la démesure propre au système des pays « démocratiques » occidentaux devenus illibéraux, les États-Unis et leurs alliés

En effet s’ils sont globalistes et mondialistes, le monde seul est leur limite. Quand on est dans l’illimité, il n’y a plus de limites du tout, le monde peut alors prendre fin avant que l’infini ne soit atteint. Les évangélistes américains prêchent l’anéantissement mondial car les prédicateurs de la troisième guerre mondiale ne sont pas en réalité musulmans mais anglicans tels ces journalistes  de The Economist  qui en appellent peu ou prou par principe de précaution  à déclencher les missiles contre la Russie et la Chine parce que ces pays contesteraient tout simplement l’hégémonie américaine.

La Russie ne cache pourtant pas ses inquiétudes au monde et Sergueï Lavrov, son Ministre des Affaires étrangères a annoncé que «  les militaires américains préparent les forces armées des pays européens à l’utilisation des armes nucléaires tactiques contre la Russie ». Ce fut lors de la dernière session de la conférence sur le désarmement à Genève où le ministre russe a exprimé l’espoir – sans doute vain – que les Européen opposent un «non» ferme au déploiement sur leur territoire des armes nucléaires américaines.

L’utilisation des armes nucléaires tactiques contre la Russie à partir du sol européen est une option clairement mise sur la table par l’Otan. Elle entraînerait pourtant des représailles immédiates et que  les États-Unis le paieraient aussi sur leur territoire. Cependant Moscou ne cesse de redire qu’elle est prête à la reprise des négociations au sein d’une conférence sur le désarmement et qu’aucun tabou n’existe  sur les points à mettre à l’ordre du jour sur la base d’un programme équilibré et issu d’un consensus.

En attendant et loin de tout signe d’apaisement sur le scénario européen, Porochenko a signé la loi de réintégration du Donbass, enterrant ainsi les accords de Minsk II et ce quelques jours à peine après la conférence sur la Sécurité de Munich. La loi ukrainienne du 16 janvier désigne la Russie comme l’état agresseur qui occupe les territoires de la République Populaire de Donetsk (RPD) et de la République Populaire de Lougansk (RPL). Cette loi rend aussi la Russie responsable des dommages moraux, financiers et physiques infligés à l’Ukraine du fait de la guerre dans le Donbass.

L’OTAN n’attend-elle que cela ?

Une reprise des combats dans le Donbass justifierait de lancer immédiatement une guerre contre la Russie. La seule question est de savoir si  l’armée ukrainienne, dans sa débandade présente attaquera, les troupes étant totalement démotivées sauf peut-être chez les nazbroks de l’Union. Porochenko, est de plus en plus contesté et les manifestations appelant à sa destitution se multiplient un peu partout en Ukraine. Quant à Washington, elle a besoin d’une guerre pour sauver son hégémonie, son économie et le système financier tout entier.

De fait, pour tout analyste , le budget militaire américain record de 686 milliards de dollars pour 2019 montre que Washington se prépare à des guerres conventionnelles entre États.

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