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Mayotte, rendre les clés ou payer ! Département ou autonomie ?

Mayotte Mars 2018

Mayotte, rendre les clés ou payer ! Département ou autonomie ?

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

Comme souvent, Mayotte qui a fait l’actualité pendant une semaine en métropole avait disparu de la Une des journaux au point que certains, en France, croyaient qu’après la visite de la Ministre des Outre-mer Annick Girardin tout était maintenant rentré dans l’ordre. C’est loin d’être le cas.

L’île vient encore de vivre une semaine complète de barrages routiers, les magasins ne sont plus approvisionnés, les boulangeries sont fermées, il n’y a plus de gaz, plus d’essence, la crise sanitaire est totale en pharmacie et dans les milieux hospitaliers. Il n’y a toujours pas d’école et de lycée depuis plus de cinq semaines. Les ordures s’entassent aux quatre coins de l’île.

A Mayotte, les renforts policiers sont bien là mais apparemment jusqu’en juin, le temps que tout se calme. Des arrestations de clandestins ont eu lieu sur le chef-lieu mais le bateau qui les emmenait à Anjouan a dû rebrousser chemin, le gouvernement comorien refusant ce déplacement de citoyens d’une île qu’il considère comme lui appartenant. « Rendez-nous les clés de Mayotte », a demandé le Ministre des affaires étrangères comoriens. Alors faut-il vraiment rendre les clefs de Mayotte ?

La législative partielle de la première circonscription

Des élections partielles de dimanche dernier, le gouvernement français avait fait avec les barragistes un casus belli. En gros où les élections se tenaient le plus régulièrement possible c’est-à-dire vous assurez et garantissez les principes démocratiques de la République  et en ce cas, nous écouterons attentivement vos doléances et vos réclamations ou ces élections ne se dérouleront pas normalement et nous ne l’accepterons pas. Les élections se sont déroulées disons sans incident majeur. La population a eu du mal à se déplacer dans les bureaux de vote. La participation a été très faible mais après tout rappelle Paris, c’est bien aussi le cas en France.

Le second tour des élections législatives partielles dans la première circonscription de Mayotte a donc rendu son verdict dimanche soir et non seulement, les Mahorais ont réélu la députée sortante mise en examen pour fraude électorale, Ramlati Ali, socialiste, ancienne maire de Pamandzi de 2008 à 2014, médecin, qui s’est présentée cette fois ci sans étiquette  mais ils l’ont plébiscité puisque Ramlati Ali l’a emporté largement avec 8279 suffrages contre 6777 pour son adversaire Elad Chakrina. Forte de ses 54,99% des suffrages exprimés, Ramlati Ali était présente ce mercredi dans l’Hémicycle pour les questions au gouvernement. Elle siège en qualité de non-inscrite.

Lutte contre l’insécurité et l’immigration clandestine

Dès le week-end dernier, des opérations de lutte contre l’insécurité et l’immigration clandestine ont été engagées mais les kwassas-kwassas arrivent tous les jours de plus en plus nombreux sur le 101ème département français.

Selon la gendarmerie nationale à Mayotte, dans le cadre du renforcement de la lutte contre l’immigration clandestine, les gendarmes ont, en une semaine, contrôlé plus de 3685 personnes, conduisant à l’établissement d’un nombre conséquent d’OQTF (Obligation de quitter le territoire français) et à l’éloignement de 478 personnes. En fait, ces opérations de sécurisation et de contrôle des personnes en situation irrégulière ont été menées toute la semaine par les forces de l’ordre pour éviter que la population s’en charge comme elle l’a fait dans le nord de l’île, à Mtzamboro en particulier, point d’arrivée des nombreux kwassas mais aussi dans le Sud. Ainsi, ce sont des dizaines de clandestins qui ont été délogées puis conduits dans les gendarmeries en vue d’une reconduite à la frontière.

La crise diplomatique franco-comorienne

Reste que Moroni refoule les expulsés et que la décision comorienne a ainsi décrédibilisé en quelques heures l’État français en rendant vaines toutes les opérations de reconduites à la frontière. Elle a surtout montré que sans solution diplomatique du problème comorien, tous les engagements gouvernementaux de la France resteront lettre morte. Osera-t-on en finir une bonne fois pour toutes avec les Comores ? Que faire ? Rendre les clefs ou acheter Anjouan ? Toutes les mesures d’ordre sécuritaires sur Mayotte resteront insuffisantes sans traitement à court, moyen et long terme de la question comorienne, traitement dont l’Europe ou un pays tiers devrait maintenant se charger en dehors des deux parties concernées. C’est d’ailleurs ce qu’ a réclamé un diplomate comorien Ahmed Thabit.

Pour lui, la solution ne saurait venir d’une concertation entre les Comores et la France mais de l’Union africaine et plus précisément du Comité des sept, mis en place en 1976, pour s’occuper spécialement de la question de Mayotte. Ce comité présidé depuis sa création par le Gabon, comprend l’Algérie, le Cameroun, Madagascar, le Mozambique le Sénégal et les Comores. Il est tombé dans l’oubli depuis plus de vingt ans, depuis que Mayotte ne fait plus débat aux Nations Unies. Ce qui est certain pour Mayotte, c’est qu’en plus des plans de rattrapages nécessaires (rectorat de plein exercice, déclaration de tout le département en zone rep+, construction d’un deuxième hôpital, de centaines de classes primaires, rallongement de l’aéroport, stades, contournement routier de Mamoudzou, nouvelle prison et centre de détention de mineurs…etc ) il faudrait d’abord une résolution rapide et définitive du contentieux diplomatique entre la France et les Comores sur le cas de Mayotte, fermer le bureau de l’immigration ou remettre en question le droit du sol. Nous touchons là au manque de courage des hommes politiques français, à leur incapacité d’avoir une vision à long terme et stratégique sur l’Océan indien. Mais est-ce si sûr ?

Lâcher sans lâcher ou l’arrivée des sept mercenaires de l’Outre-mer départementaliste

Le Monde et Le Canard enchaîné du 28 mars se sont fait l’écho d’une divergence gouvernementale majeure sur la question mahoraise . Il existerait au gouvernement deux clans : un clan “rattachiste” (les macroniens et les constructifs) pour lâcher Mayotte et un clan départementaliste (les socialistes). Qu’en est-il des “Républicains” ? La nomination comme préfet exceptionnel du directeur de cabinet des Outres-mer, Dominique Sorain avec  six hauts fonctionnaires marquerait selon les deux journaux la victoire momentanée du clan départementaliste, une sorte de cabinet de la dernière chance. Les loges ont en réalité déjà scellé le sort de Mayotte. On reviendra à l’autonomie, au statut de collectivité et si possible avec un nouveau cadre juridique d’état associé avec les Comores muni d’un hôpital hors sol. Le patronat de Mayotte vient déjà d’obtenir habilement l’exemption de l’impôt. Arguant de la crise, ils le veulent pour deux ans. Ils réclament un port franc, la main d’œuvre comorienne à bas prix, l’absence de droits sociaux à Mayotte car c’est pour eux l’assurance de faire perdurer leurs marges exceptionnelles ; leur exploitation de type néo-coloniale du territoire et de s’enrichir sans payer d’impôts dans la construction des futures infrastructures programmées.

Il est donc faux de considérer qu’il n’y a pas de projet français pour Mayotte

Il existe, il est européen et dans le découpage du monde en cours, Mayotte représente le centre d’une zone d’économie exclusive occidentale. Pourquoi retarder sans cesse la piste longue de Petite-Terre parce que tout simplement un aéroport capable de recevoir des longs courriers existe dans la région : il suffit tout simplement sans trop de frais de moderniser celui de Moroni. En réalité, un grand schéma de partage occidental des intérêts économiques mondiaux est en cours partout sur la planète et Mayotte avec les Comores se rattache au contrôle de l’Afrique du Sud-Est. Pour ce faire, Mayotte ne peut pas rester département et a besoin d’un statut plus souple socialement, économiquement et politiquement parlant. Le message est passé dans toutes les loges et chez les élus sauf qu’après avoir construit toute leur légitimité politique sur la départementalisation, il sera difficile de faire avaler la pilule à la population.

Mais n’ayons crainte, les sept mercenaires qui arriveront vendredi sur le territoire sauront administrer les dosages nécessaires. Ils sont en service commandé. On sait que l’Élysée, sur proposition d’un haut fonctionnaire du Ministère des Affaires étrangères, réfléchirait à la création d’une « communauté de l’archipel des Comores ». Dans ce schéma politico-économique, l’île resterait française mais perdrait son statut de département. Croire que le ministère des Outre-mer ferait bande à part et plaiderait pour un renforcement de la coopération avec les Comores, en exigeant en contrepartie des engagements des autorités comoriennes à lutter contre l’immigration clandestine, est irréaliste quand Annick Girardin elle-même parle dans sa conférence de presse d’ « échec » d’une telle politique. La communauté maintenant ouvertement au programme de l’Archipel des Comores, un état-associé entre Mayotte et les Comores dans le cadre d’un accord de coopération régionale, cette option aurait donc les faveurs de l’Élysée, en particulier du conseiller outre-mer d’Emmanuel Macron indique le journal le Monde. En somme, l’île resterait française mais abandonnerait son statut de département a indiqué pour sa part le Canard enchaîné.

De fait, si le mouvement mahorais s’est radicalisé, c’est que les élus ne sont plus dignes de confiance depuis qu’en septembre, cette solution a commencé à circuler. Or, et cela a été rappelé à plusieurs reprises dans la conférence de presse de mercredi au Ministère des Outre-mers, l’État ne discutera qu’avec les élus. Mayotte est donc bien en crise majeure, une crise d’ampleur, sociale, économique, politique mais en réalité institutionnelle et diplomatique.

  1. LHOMME
    LHOMME30 mars 2018

    Dernière minute : La France a suspendu l’octroi de visa diplomatique de ressortissants et des officiels comoriens. Et en représailles (oui, ils osent!), le Ministère de l’intérieur de l’Union des Comores vient de renforcer la mesure contre la France et interdit toutes les reconduites à la frontière même les retours volontaires. ML.

  2. Poleoto
    Poleoto30 mars 2018

    On se demande quelle logique nous fait rester dans cette île ?
    Car la situation est sans issue ,on croit lire le fameux livre prophétique de jean Raspail “Le camp des saints”. Il y annonçait exactement ce qui se voit à Mayotte ,et qui peut , un jour, se dérouler sur nos côtes .

  3. FOLIOT Bernard
    FOLIOT Bernard30 mars 2018

    Rendre les clefs??? Mais oui, il faut rendre les clefs. On en sortira pas avec MAYOTTE. Les COMORES feront la vie dure à la République Française, Ils n’ont jamais accepté cette séparation, avec cette ile “rebelle” à leurs yeux, et ils veulent le retour de l’ile dans leur République. Le tort que nous avons eu, a été d’en faire un département…Les invasions des populations des iles Comoriennes ne cesseront jamais, et alourdiront la gestion de cette ile lointaine qui deviendra, au fil du temps… Ingouvernable…. Et, si ce n’était que ça!!! Alors, laissant les entre eux, ils savent si bien s’entendre…

  4. LHOMME
    LHOMME31 mars 2018

    31 mars : En 48H, ce sont trois kwassas-kwassas avec des ressortissants africains qui ont été accueillis sur les plages du Sud par les habitants des villages et remis à la gendarmerie. Ce matin, c’est sur la plage de Hamourou que des ressortissants africains sont arrivés en kwassa-kwassa. Il semblerait que les Comoriens s’en débarrassent avec joie mais où est donc le patrouilleur promis ? La marine nationale est-elle si incompétente et sans radars au point d’être incapable de gérer au moins quelque temps 60 km de côtes ? Le général Lucas est-il atteint de la maladie du sommeil ?….. ML.

  5. Didier LEROY
    Didier LEROY31 mars 2018

    Notre France, “Pays des droits de l’Homme” ne devrait pas occupé le territoire d’aucun pays, et encore moins d’un petit pays qu’elle a colonisé pendant plus de 150 ans. C’est injuste parce que les comoriens aiment la France et la respecte. Depuis son indépendance en 1975, des mercenaires français (dont le célèbre Bob Denard) n’ont cessé de déstabiliser les Comores. Pourquoi ? Pour les empêcher d’avancer et ainsi les handicaper dans la revendication de leur île.
    Espérons que les temps changent et que la nouvelle génération de MACRON voudra redonner au pays son image de pays défendeur des droits au lieu de rester un envahisseur des faible.
    Vive la France

  6. Armand Launay
    Armand Launay1 avril 2018

    Faut-il un général Dragasès à Mayotte ?

  7. Fetalai6
    Fetalai62 avril 2018

    https://blogs.mediapart.fr/daniel-gros

    Ce blog mérite une visite pour comprendre la problématique de Mayotte.

  8. ROLLAND
    ROLLAND2 avril 2018

    Le “droit du sol” me paraît, où que ce soit , comme injuste d’une part (“”Et à part vous donner la peine de naître…disait déjà Figaro), infondé moralement intellectuellement, et générateur de problème. Le droit du sang versé pour le pays, oui. Le droit du sol, NON.
    Idem du rapprochement familial.

  9. Chamsooudine
    Chamsooudine3 avril 2018

    la politique coloniale qui prévalait jusqu’aujourd’hui était de faciliter la migration est- africains dont des génocidaires rwandais, des malgaches d’un côté et expulser, “empêcher par tous les moyens” que des kwassa-kwassa comoriens n’accostent à Mayotte. Un jour prochain, la France devra assumer la comptabilité des plus 20,000 morts entre Anjouan et Mohéli dont personne n’en parle, ou très peu car sans importance? ” Les Kwassa-Kwassa n’apporte-il pas du Comorien, comme l’a dit le Président Macron”. Tant que ces morts ne se passent pas devant nos portes, come en Syrie, en Irak, en Libye..? Vive la France?

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