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Égypte : Al-Sissi président. Encore une odeur de gaz.

Egypte Al Sissi President

Égypte : Al-Sissi président. Encore une odeur de gaz.

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

Abdel Fattah Al-Sissi va être reconduit sans surprise à la tête de l’Égypte avec plus de 90% des voix, après une élection présidentielle marquée par une participation frileuse d’environ 40%, selon les premières estimations publiées  par la presse d’État.

Une nouvelle capitale administrative en plein désert d’une valeur de 40 milliards d’euros…un projet de dictateur

Le seul autre candidat, qui appuie d’ailleurs aussi le gouvernement, Moussa Mostafa Moussa, aurait recueilli 3% des voix, d’après ces estimations, tous les autres candidats s’étant retirés. Ce scrutin piégé n’a donc cherché qu’à consolider l’autorité sans partage qu’exerce le dictateur égyptien  « mis en place » par les États-Unis depuis son élection en 2014. Nonobstant, malgré les appels insistants à aller voter et les menaces de sanctions sur les abstentionnistes de la part des autorités, Al-Sissi n’atteindra vraisemblablement pas les 47,5% de participation. Comme au bon vieux temps des dictatures tropicales, à la télévision publique et dans la rue, des chansons patriotiques ont été diffusées pour inciter les Égyptiens à faire leur devoir de citoyens.

Selon le quotidien d’État Al-Ahram, Sissi aurait obtenu 92% des voix, représentant quelque 23 millions d’électeurs. Le résultat était donc attendu mais pas forcément puisqu’il y a tout de même l’effet Mohamed Salah, la surprise de l’élection (pied de nez footballistique au régime). Près d ‘un million d’électeurs a effectivement rayé les noms des deux candidats sur leur bulletin pour écrire à la place celui de Mohamed Salah, l’attaquant en feu de Liverpool et de la sélection égyptienne, celui qui totalise 28 buts en 30 matches, le meilleur buteur de la Ligue des Champions.

Ce qui frappe comme dans le film Le Caire Confidentiel de Tarik Saleh c’est que depuis le printemps arabe de 2011, rien n’a vraiment changé en Égypte : violence du régime, corruption administrative massive, situation économique désastreuse à laquelle il faut rajouter le terrorisme anti-chrétien dirigé essentiellement contre les Coptes et la répression des homosexuels pour donner une sorte de caution morale à un régime immoral. Sissi en réalité n’est pas populaire mais les Égyptiens ont compris qu’on ne pourra finalement jamais changer la « politique » et la jeunesse active patriote et populiste du soulèvement de 2011 ne rêve plus que de devenir footballeur pour partir en Europe,aux États-Unis ou au Brésil.

Pour préparer ces élections, le gouvernement égyptien avait frappé fort en lançant depuis le 9 février une campagne militaire dans le Sinaï contre les différents groupes armés affiliés à l’État islamique sous le sigle Ansar Bayt al-Maqdis (ABM), groupe à la fois salafiste et mafieux. Le Coran est grand et permet tout au nom du prophète. Plus d’une centaine de militants et une trentaine de militaires auraient été tués dans l’opération et environ 3 000 suspects  arrêtés. D’importantes caches d’armes ont été découvertes et les tunnels vers Israël auraient été détruits.

Pourquoi Al Sissi a-t-il lancé cette opération du Sinaï juste avant les élections ?

Officiellement, c’était pour sécuriser le scrutin sur une portion de territoire hors contrôle mais la décision est sans doute ailleurs, celle de lancer dans les semaines qui viennent l’exploitation du gaz naturel sur la côte égyptienne. C’est en 2012 que fut découvert dans les eaux territoriales égyptiennes la plus grande réserve de gaz naturel de la Méditerranée, la réserve Zohr de 850 000 millions de mètres cube et pour beaucoup Zohr signifie la délivrance économique du pays d’autant que la forte croissance démographique de ces dernières années a augmenté la demande interne d’énergie, transformant maintenant le pays depuis quelques années en importateur d’énergie.

La réserve de Zorh, comme une nouvelle odeur de gaz…

La découverte de la réserve de Zohr pourrait donc faire de l’Égypte un nouveau centre régional d’exportation de gaz naturel. Il était donc impératif pour l’État égyptien de sécuriser entièrement la zone située précisément dans ce Sinaï de tous les trafics pour pouvoir commencer l’exploitation. D’ailleurs sans même aller plus loin et parler de Zohr, le gazoduc arabe qui connecte l’Égypte aux terminaux jordaniens fut attaqué régulièrement en 2011 et 2012 et il demeure depuis toujours hors-service compromettant sérieusement l’approvisionnement énergétique du royaume jordanien. Ce gazoduc connecté aussi avec des terminaux israéliens passe par la ville de El-Arish infestée de groupes armés. Il fallait donc absolument s’en débarrasser.

De plus, un accord israélo-égyptien de 15 000 millions de dollars vient d’être signé pour le transport du gaz israélien de la réserve Léviathan vers l’Égypte. C’est donc bien le gaz qui explique en grande partie plus que les élections présidentielles jouées d’avance, l’opération militaire du Sinaï. Il s’agit donc maintenant pour Sissi d’intégrer la région rebelle du Sinaï avec le reste de l’Égypte, d’éradiquer tout le trafic transfrontalier sur fond de déradicalisation islamique et de rêver peut-être avec l’Arabie saoudite de Neom, la ville du futur du mont Sinai, du prince Mohamed ben Salmane, qui ne sera pas bien loin et sera sans doute alimentée par Zohr de même que le président égyptien fraîchement élu rêve lui-aussi maintenant d’une nouvelle capitale égyptienne en plein désert d’une valeur de 40 milliards d’euros, le chantier ayant débuté à marche forcée.

 

 

  1. LHOMME
    LHOMME16 avril 2018

    A noter que début mars, Mohammed Ben Salmane (alias MBS) a fait un petit tour en Égypte dans le cadre de sa première visite officielle à l’étranger depuis sa nomination comme prince héritier du royaume en juin dernier. Comme chacun sait, l’Égypte du « gouverneur Al-Sissi » est de plus en plus un simple protectorat saoudien. Et d’ailleurs, les consignes de la présidence
    égyptienne ont permis à MBS d’être accueilli au Caire par des banderoles « Bienvenue dans votre second pays ». On ne saurait être plus clair… Concernant le pétrole et le gaz, il y a une bonne nouvelle pour les pays producteurs à savoir que les annonces d’attaque, puis l’attaque elle-même par la trilatérale US-GB-FR sur la Syrie font gagner des points aux cours du pétrole qui se retrouve au plus haut depuis deux ans. C’est une bonne nouvelle pour l’Arabie saoudite, mais aussi pour la Russie, l’Iran et tous les pays producteurs qui engrangent des devises
    imprévues (c’est le cas en particulier du Venezuela). ML.

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