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Les entretiens de Métamag : Interview exclusive de Caroline Galactéros avec Dmitri Peskov, porte-parole du président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine

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Les entretiens de Métamag : Interview exclusive de Caroline Galactéros avec Dmitri Peskov, porte-parole du président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine

Caroline Galactéros ♦

Géopragma est un pôle de réflexion stratégique indépendant, une association apolitique et à but non lucratif qui vient de se constituer et qui vise le renouveau de la pensée et de l’action stratégiques françaises à partir d’une vision réaliste du monde et des hommes. Le réalisme fut depuis l’oublié Bouthoul et le regretté Raymond Aron la spécificité de l’expertise française internationale, elle refusait et refusera fondamentalement toute approche idéologique des relations internationales. Geopragma va plus loin et s’inscrit aussi dans le désir de voir la France jouer un rôle directeur en Europe. Ce programme bien développé dans une vidéo de présentation que nous plaçons en fin d’article relie indéniablement Géopragma aux préoccupations métapolitiques qui furent depuis le début le propre de Métamag. Pour saluer ce nouveau groupe de pensée et peut-être demain futur partenaire, nous avons décidé de mettre en ligne l’entretien exclusif de Caroline Galacteros membre fondatrice de Géopragma avec Dimitri Peskov, le porte-parole du Président nouvellement réelu de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine. Michel Lhomme.

Interview exclusive de Caroline Galactéros avec Dmitri Peskov.

Dmitri Sergueïevitch Peskov est l’un des plus proches collaborateurs de Vladimir Poutine. Il travaille à ses côtés depuis l’accession de celui-ci au pouvoir, en 2000. Aujourd’hui secrétaire de presse ‒ porte-parole ‒ du Kremlin, il a accepté, au lendemain de la réélection du président russe, de recevoir Le Courrier de Russie pour faire un point sur la situation politique internationale.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, sur scène avec le président Vladimir Poutine lors de la conférence de presse annuelle. Crédits : kremlin.ru

Le Courrier de Russie : Comment jugez-vous l’atmosphère politique internationale qui a entouré cette élection présidentielle en Russie, par rapport à celle de 2012 ? Est-elle pire ou équivalente ?
Dmitri Peskov : La tension va croissant, avec, cette fois, une agressivité vraiment sans précédent de la part de certains États. Je parle évidemment du scandale de la Grande-Bretagne accusant la Russie d’une chose à laquelle notre pays n’est aucunement lié. Et cela sans aucune preuve, sans aucune raison… excepté l’affirmation : « La Russie est coupable ». C’est vraiment difficile à expliquer ou à comprendre. Il y a aussi de très profondes contradictions entre les déclarations de certains pays et leur attitude en Syrie, qui ne nous aident pas dans la recherche d’un règlement politique et diplomatique et mettent en danger l’intégrité territoriale de ce pays, faisant toujours craindre sa désintégration. Sans parler de bien d’autres problèmes. Donc, notre estimation générale est que l’atmosphère internationale est très tendue et, malheureusement, nous observons tous un processus de démantèlement du droit international et de l’ancien système des relations internationales.

La Russie fait tout son possible pour normaliser ses relations avec les pays européens et les États-Unis. Mais il faut être deux pour danser le tango… S’il n’y a aucune réciprocité, on ne peut y parvenir. Toutefois, nous restons globalement optimistes et pensons que, tôt ou tard, s’imposera l’idée que de bonnes relations sont bénéfiques pour chacun et pour tous. Il faut être patient. Nous sommes essentiellement concentrés sur des objectifs de réformes intérieures autour du programme de développement économique très ambitieux du président Poutine, et nous avons beaucoup à faire pour les mettre en œuvre. Mais nous serons très heureux de constater l’existence, chez nos interlocuteurs, d’une volonté politique de normalisation des relations avec nous.

Les Occidentaux dénoncent les ambitions politiques de la Russie. Ils la soupçonnent de vouloir casser le système politique international à son profit. Comment réagissez-vous à ces accusations et à ces soupçons ?
Nous ne réagissons pas. Pourquoi devrions-nous avoir à prouver quoi que ce soit ? Ce n’est pas nécessaire. Nous montrons notre volonté d’entretenir, à l’avenir, des relations justes et équilibrées, nous souhaitons coopérer dans le domaine commercial et économique, dans le domaine des investissements russes à l’étranger, notamment en Europe. Nous recevons aussi de nombreux investisseurs européens et faisons beaucoup pour leur offrir un contexte d’opérations stable et fiable. Il est d’ailleurs remarquable qu’en dépit de cette atmosphère de tension globale, un grand nombre d’entreprises étrangères restent et se développent en Russie et n’ont nullement l’intention de quitter le pays. Il existe en fait une contradiction manifeste : les tensions diplomatiques et politiques entre certains États et nous ne correspondent pas à l’intérêt manifeste de leurs hommes d’affaires pour la Russie et ne se traduisent pas par des tensions commerciales réelles.

Dmitri Peskov, avant la grande conférence de presse du président Poutine du 14 décembre 2017. Crédits : Kremlin.ru

La France peut-elle jouer un rôle particulier dans l’amélioration de ce dialogue ?
Nos présidents se parlent. Ils ont eu un entretien téléphonique le 20 mars. Cela ne signifie pas qu’ils soient d’accord sur tout. Ils ont de nombreux points de divergence, néanmoins la volonté d’échanger, le désir de trouver des solutions aux problèmes actuels, de régler nos différends par le dialogue et non par la confrontation, existent. C’est une chose à laquelle nous accordons une très grande valeur. Et c’est une excellente base pour le développement de nos relations et de diverses formes de coopération futures.

Le récent boycott, par le président Macron, du stand russe au Salon du Livre de Paris où la Russie était l’invitée d’honneur, peut-il affecter cette relation ?
Nous comprenons très bien qu’il existe une solidarité transatlantique et que la Grande-Bretagne cherche des soutiens parmi ses alliés. Cela dit, tôt ou tard, ils [les Britanniques, ndlr] vont devoir prouver leurs accusations, et nous espérons que, s’ils échouent dans cette tentative ‒ ce dont nous ne doutons pas ‒, de nombreux alliés comprendront qu’ils doivent repenser leur position envers eux.

Le président chinois Xi Jinping, dans le message de félicitations qu’il a adressé à Vladimir Poutine pour sa réélection, estime que les relations sino-russes sont exemplaires et qu’elles constituent un « exemple pour l’édification d’un nouveau type de relations internationales ». De quel nouveau type de relations s’agit-il ?
Ce n’est pas un nouveau système. En fait, c’est le retour à l’ancien système, à celui, traditionnel, des relations intergouvernementales, le seul valable et durable dans le contexte actuel. Cette approche entre Moscou et Pékin est fondée sur la non-ingérence dans les affaires intérieures, la non-interférence dans les questions relevant de la souveraineté nationale et le respect mutuel des traditions et du système politique de chacun. Cette approche nous permet de trouver de multiples points de convergence, bénéfiques à nos interactions. Nous avons de nombreux projets communs, la Chine est l’un de nos principaux partenaires commerciaux. Nous sommes très satisfaits du niveau de relations entre nos deux pays et du dialogue franc et ouvert entre nos deux leaders.

Des sapeurs russes dans la ville syrienne d’Alep. Crédits : ministère de la Défense russe

Pour revenir à la Syrie, comment la France peut-elle se rendre utile dans le processus de règlement politique ?
Vous savez, pour participer à un processus de sortie de crise et de règlement politique, vous devez vous situer dans une position médiane. Vous ne pouvez pas prendre parti pour un camp ou un autre et prétendre, en même temps, être un médiateur utile. Pour jouer un rôle, il faut aussi être attendu et accepté par les parties en conflit. Nous pensons qu’il est important que la France joue un rôle dans le règlement de la question syrienne, mais la France est partie de la coalition internationale dirigée par les Américains. Elle doit donc se déterminer. La Russie fait beaucoup en Syrie. Elle essaie de jouer un rôle important pour sauver ce pays des attaques massives du terrorisme international qui sont très largement sous-estimées. Cela prendra du temps, beaucoup de temps, et nécessitera des efforts. Il est, je le répète, essentiel d’empêcher la désintégration politique et territoriale de la Syrie, faute de quoi les conséquences pour la région toute entière sont imprévisibles.

En Europe et en France, on ne comprend pas toujours la manière russe, jugée assez lapidaire, voire elliptique, de communiquer, d’expliquer quelles sont les positions politiques du pays. Ne pensez-vous pas qu’il serait utile pour Moscou d’améliorer sa communication, pour une meilleure compréhension mutuelle ?
Nous avons le même problème avec les Européens, parce qu’ils ne peuvent plus être considérés comme des partenaires fiables pour nous. Ils sont tout à fait imprévisibles. Concernant la récente affaire en Grande-Bretagne par exemple, l’attitude de Londres ne peut être sérieusement analysée. Assez fréquemment, nous ne comprenons pas la logique de différentes capitales européennes, leur langage, leurs objectifs réels. Ainsi, pourquoi prennent-ils des décisions contraires à leurs intérêts économiques ? Pourquoi adoptez-vous des sanctions contre la Russie en prenant pour prétexte la situation en Ukraine ? Pourquoi déclarez-vous que la Crimée est occupée par la Russie, en fermant les yeux sur le fait que presque 100% de la population de ce territoire veut Poutine comme président et vote pour lui ? Est-ce que cela pourrait se produire dans un territoire occupé ? Évidemment non. En refusant de voir cette évidence, vous prenez des sanctions et mettez du même coup en péril les intérêts de vos entreprises. Incompréhensible… Nous sommes prêts à nous montrer très patients et à expliquer encore et encore notre point de vue à nos homologues européens, mais nous n’observons pas de disposition comparable chez eux, nous constatons même un manque de bonne volonté en la matière…

S’agissant de la Crimée, il est difficile d’invoquer la volonté des peuples à disposer d’eux-mêmes, si par ailleurs vous souhaitez des relations internationales fondées sur le respect de la souveraineté nationale…
Ce qui s’est passé en Crimée doit être bien compris : il y a eu en Ukraine, au cœur de l’Europe, un véritable coup d’État, soutenu par les États-Unis et par des puissances européennes, visant à faire basculer le pays dans l’orbite de l’OTAN et de l’Union européenne.

Illustration : Dmitri Peskov : « Les Européens ne sont plus des partenaires fiables ».

Source : Courrier de Russie

 

 

 

  1. petitjean
    petitjean5 avril 2018

    les questions de Galactéros sont lamentables
    La France en Syrie forme et arme les terroristes chargés d’battre le gouvernement légal
    Et elle ose dire que la “communication russe” n’est pas compréhensible
    Quant à la question sur la Crimée,……….. c’est pitoyable !

    ces questions sont affligeantes et montrent un parti pris réel…………………………

  2. delgrès
    delgrès24 avril 2018

    Bonjour!
    Je ne partage pas le point de vue de petitjean mais je comprends sa méfiance.Pourquoi?
    Sur les relations que madame Galactéros et son groupe pensent redéfinir avec les autres états du monde, sur son soucis de défendre des intérêts français à l’étranger.Que sont pour elle les intérêts français?Avec quels moyens va-t-elle les défendre?J’espère qu’elle va oublier l’armée.Une autre solution plus juste existe , c’est le donnant-donnant qui ne prête à aucune confusion et qui n’implique pas une occupation militaire obtenue par des moyens “intelligents”.Le franc CFA qui est un frein au développement du continent africain a-telle l’intention de conseiller aux gouvernement français de l’abolir?Sa réflexion s’est-elle déjà portée sur le alliances dangereuses que la France entretien avec les autres pays monde quelle que soit leur taille?
    Madame Galacréros, je ne sais pas de galaxie vous venez ,mais je vous souhaite bon courage et de la réussite dans votre entreprise.

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