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Mayotte ni française, ni comorienne. Avant tout européenne ?

Manifestation A Mayotte En Septembre 2017

Mayotte ni française, ni comorienne. Avant tout européenne ?

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

Manifestation à Mayotte

Enfin, ce vendredi matin, le préfet-délégué interministériel a ordonné la levée du barrage de Longoni par l’intervention des forces de gendarmerie et de deux blindés. En fait, seul le barrage de la sortie du port a été dégagé, barrage qui paralyse depuis maintenant plus de sept semaines tout l’approvisionnement de l’île, entraînant l’absence de ravitaillement pétrolier, la dégradation des conditions sanitaires, l’absence de courrier et la pénurie alimentaire dans tous les magasins, y compris la farine plus particulièrement dans le Sud ou les rayons des épiceries sont aussi vides que ceux du Venezuela.

Pour le reste de l’île, malgré le dialogue renoué avec l’ensemble des parties prenantes à ce conflit et l’appel unanime tant de l’intersyndicale, du collectif, des élus, des organisations patronales que du grand cadi à la levée des barrages, ces derniers sont maintenus car leur levée bute sur le conflit diplomatique franco-comorien. Les barragistes comme la population réclament l’effectivité des mesures anti-immigrations promises or la France est incapable de définir une politique claire sur le sujet.

Le silence sur Mayotte n’est pas un silence fortuit

Le peuple Mahorais courageux et pacifiquement va chercher et déloger les clandestins et les remet ensuite à la gendarmerie. Ces clandestins sont alors placés en centre de rétention administrative mais ils ne peuvent être expulsés puisque le gouvernement comorien les refoule. Ils seront donc tôt ou tard relâchés dans la nature tandis que les Africains  s’envoleront pour Paris ou Marseille avec la bénédiction des associations locales des droits de l’homme, la Cimade en tête qui a  maintenant une antenne directe à Mamoudzou. On ne veut donc plus entendre parler de Mayotte dans l’hexagone c’est pourtant la nouvelle porte d’entrée de l’immigration.

Dominique Sorain, nouveau préfet-délégué ministériel du 101ème département, semble avant tout gagner du temps

Il sait que, de toute façon, l’État n’a plus un sou. Y-aura-t-il des REP + ? Le rectorat sera-t-il capable  de sanctionner certains instituteurs qui, depuis des années, n’assurent jamais leurs cours. Les qualités du préfet, démontrées lors d’un précédent poste à la Réunion, sont la fermeté et un certain sens du dialogue social mais Bercy bloque et bloquera. En terme d’investissement, on entend parler, par exemple de l’hôpital de Petite Terre ou de l’agrandissement du Centre Hospitalier de Mayotte en Grande Terre, mais ce sont des acquis, validés depuis longtemps. Pour mémoire, la 1ère pierre de l’hôpital de Petite Terre a été posée par Manuel Valls, alors premier ministre, le 13 juin 2015. Près de 3 ans plus tard, la structure est toujours annoncée comme un investissement en cours. Il n’y a donc rien de nouveau dans la plupart des projets posés sur la table et c’est la même chose pour les constructions scolaires ou les Établissements de Protection Maternelle Infantile.

Pour ces derniers, Mayotte attend toujours les 120 millions promis. De plus, cette année, les rentrées fiscales de nombreuses mairies se verront impactées par une nouvelle loi fiscale appliquée depuis janvier même si certaines d’entre elles suite au dernier recensement verront leurs dotations augmentées indirectement grâce à l’immigration clandestine enfin comptabilisée par l’Insee. Alors l’État peut-il être un interlocuteur sérieux ? En l’absence d’un signal fort adressé à la population sur la lutte contre l’immigration clandestine, l’entrave à la circulation est maintenue ou pourrait se manifester sous d’autres formes .

Cette crise de 2018 laissera bien évidemment des traces économiquement parlant mais elle verra peut-être enfin le bon sens et la raison triompher sur l’archipel. Pourquoi ?

Nous écrivons depuis des années sur Mayotte et les Comores. Notre position semble parfois rejoindre celle de nos dirigeants. En effet, pour nous, la seule solution de Mayotte passait par un nouveau statut que nous avions appelé autrefois « état associé », « confédération franco-comorienne » ou « association franco-comorienne ». Les modèles existent : le projet Gaston Flosse pour la Polynésie française, le statut des Nouvelles-Hébrides, l’autonomie très particulière de la partie hollandaise de l’île de Saint-Martin, Porto-Rico. Dans cette configuration étatico-juridique nouvelle, Mayotte ne serait plus un département en tant que tel mais une collectivité autonome française, souveraine de plein droit mais rattachée juridiquement par des accords diplomatiques à l’État comorien. Anjouan pourrait à terme bénéficier aussi du même statut de collectivité autonome française, une collectivité dont Moroni serait avec Mamoudzou l’un des centres politiques dotée en particulier d’un aéroport international aux normes. Sous une forme nouvelle mais quelque peu embarrassée, la question d’un nouveau statut est posée sur la table. Macron l’osera-t-il ?

Aux Comores, ces derniers jours, la gérontocratie corrompue continue de se mobiliser dans un combat d’arrière-garde pour faire monter les enchères face à la France sur la question de Mayotte.

Dans l’affaire de la suspension par la France des visas comoriens, l’ancien ambassadeur, Ahmed Thabit a demandé de pratiquer la réciprocité et de suspendre l’octroi de visas aux officiels français. Ridicule puisque chacun sait que cela ne concerne que le mari de son excellence l’Ambassadrice ? Le porte-parole des organisations de la société civile est allé plus loin en suggérant de rappeler l’ambassadeur comorien à Paris et en proposant de  fermer l’ambassade de France à Moroni. En fait, ils posent ainsi habilement ce qui a toujours été le préalable des discussions franco-comoriennes : la suppression du visa Balladur.

Le député Mansour Kamardine

Sur ce point, les esprits s’échauffent  alors que plus de la moitié des Comoriens ont déjà la double nationalité. Tout ceci est bien passéiste comme le dernier sursaut classique des nationalistes, encore malades de l’indépendance et de la décolonisation. Du côté français, il y a aussi des passéistes comme le député Kamardine faisant des effets de manche dans l’hémicycle et parlant de la vente d’une île « pour quelques piastres ». Or malgré tous les soutiens politiques qu’elles pourraient obtenir, notamment en Afrique, les Comores pourront difficilement tourner le dos à la France. Il y est même question d’augmenter sensiblement l’aide française, notamment dans les domaines de la santé et de la formation professionnelle. Pour être précis, l’enveloppe globale actuellement consacrée par la France est de 135 millions d’euros sur la période 2015-2020. Une mission sanitaire à Anjouan (nouvel hôpital chinois construit mais sans personnel) incluant des personnels basés à Mayotte est également en projet pour le mois de mai prochain. De plus, pour les Comores, personne même en Afrique n’envisage de reposer la question à l’ONU ou de la renvoyer à l’arbitrage international du tribunal de la Haye. Aussi les jours qui suivent vont être cruciaux car il n’est pas possible pour la France de laisser la situation en l’état à savoir le blocage par Moroni du retour des comoriens sans-papiers et une immigration incontrôlée sur Mayotte d’autant que maladroitement les interpellations de « clandestins » réclamées par une grande partie de la population mahoraise ont été promises par la ministre des Outre-mer Annick Girardin.

signature entre Chine et Comores pour la construction de l’hopital elmarouf

Si Paris a  envoyé le préfet-délégué Dominique Sorain à Mamoudzou, parallèlement, et à un très haut niveau administratif, Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, a été dépêché en urgence à Moroni. Interrogé lors d’un déplacement à l’île Maurice le 10 mars dernier, Jean-Baptiste Lemoyne avait été on ne peut plus clair sur le dossier : « Nous héritons d’une situation qui n’est pas nouvelle. Il y a eu des crises sur ce territoire en 2009, 2011, 2013 » pour lâcher un peu plus tard : «  Autant vous dire que nos prédécesseurs n’ont peut-être pas toujours fait le travail et on s’y attèle aujourd’hui ».

Quel travail ? relancer et accélérer bien entendu la feuille de route

C’est le moment ou jamais…. Concernant la « feuille de route » signée en septembre 2017 à Paris entre les ministres des affaires étrangères des deux pays, une nouvelle réunion paritaire à Moroni est en préparation pour le 12 avril prochain, avec, comme la dernière fois en décembre 2017, la participation des élus mahorais pour ne pas répéter l’erreur de l’improvisation de septembre. Le gouvernement sait bien que l’immigration clandestine est un problème sans fin si on continue à le traiter avec le visa Balladur. Il faut réunir l’archipel tout entier ne serait-ce que pour être plus fort face à l’immigration cette fois-ci africaine qui se profile. Il faut donc de part et d’autre dépolitiser le débat, le dénationaliser c’est-à-dire en fait l’européaniser.

Mayotte avant tout européenne ?

En pleine recomposition géopolitique du monde, le canal du Mozambique revient au premier plan des préoccupations régionales. La découverte par Total, il y a quelques mois d’importants gisements de gaz et de pétrole au large du Mozambique comme des Comores avive les derniers appétits pétroliers même si ce pétrole est profond et cher à l’extraction. Les réserves sont là et seraient gigantesques.

Forces de l’ordre positionnées à Mayotte

L’Afrique de l’Est est appelée à se recomposer et à se développer très vite en particulier la Tanzanie dont les mafias actuelles de Dar es Salam alimentent le trafic de kwassas-kwassas africains (angolais et congolais) vers Mayotte. L’entreprise mahoraise de télécommunications Stoi envisage de s’implanter à Dodoma. L’idée d’un hub européen vers l’Afrique de l’est à partir de Mayotte n’est pas un fantasme. Pourquoi la Chine s’intéresse-t-elle depuis quelques mois à Anjouan, Mohéli et Moroni ? Cette semaine , ce sont environ 55 millions d’Euros qui vont être consacrés à la construction du Centre hospitalier universitaire national El-maarouf  de Moroni par la Chine. Le contrat a été signé  en présence du chef de l’État avec un représentant diplomatique chinois. Les travaux, confiés à une entreprise chinoise, vont s’étendre sur trois ans ! Dans sa crise diplomatique avec la France, on a même vu ces dernières heures le ministre des Affaires étrangères des Comores, Mohamed El-Amine Soeuf, menacer de rompre « les accords monétaire et de défense » avec la France, les autorités comoriennes assurant qu’un pays semble plus empressé à collaborer, la Russie. Des accords seraient prochainement signés entre les deux pays.

La crise diplomatique avec les Comores et la crise mahoraise interrogent plus que jamais la France sur sa capacité  à se présenter comme ce qu’elle devrait toujours être, la tête de pont européenne de l’Océan indien, par notre amitié avec l’Inde (renforcée récemment), par l’île de la Réunion etpar les Comores réunies. Veut-on la misère d’un peuple ? La politique ne doit-elle pas toujours viser le bien commun et l’enrichissement des peuples,  en particulier des jeunes anjouanais que la France a formé depuis près de trente ans. Des entrepreneurs mahorais l’ont parfaitement compris. Ils s’étaient déplacés aux dernières Assises comoriennes et avaient brillé par leurs visions novatrices . La Réunion, les Comores – Mayotte en particulier –, Madagascar constituent une  région à nulle autre pareille et nos intérêts dans tous les domaines y restent majeurs parce qu’ils sont avant tout européens.

 

 

  1. Armand Launay
    Armand Launay7 avril 2018

    Oui Mayotte n’est pas premièrement Française ou Européenne ou Comorienne politiquement… Mais si elle était avant tout Mahoraise, c’est-à-dire souveraine et que, à partir de la volonté générale du peuple mahorais on dégageait un arbitrage net en faveur de la France ? Qu’en pensez-vous mon cher Jean-Jacques ?

  2. LHOMME
    LHOMME8 avril 2018

    Dernière minute :
    Deux kwassas ont été interceptés mercredi en fin de matinée par des villageois à Bouéni, a confirmé la préfecture. Vingt personnes à bord ont été interpellées, majoritairement des Africains originaires du Burundi et du Rwanda, et quelques Comoriens. Les villageois parlent eux de trois kwassas et d’une centaine d’Africains dont des Congolais et des Angolais. Tous les Africains demandent le droit d’asile et l’obtiendront. La Cimade présente sur place y veille. On imagine que le nouveau préfet délégué instaurera donc prochainement un pont aérien Mamoudzou-Paris pour les Africains. Les Français doivent aussi savoir que jamais les patrouilleurs de la Marine nationale ne sont arrivés dans le lagon de Mayotte et que les deux radars sont non opérationnels (ils devraient être réparés en juillet). Le lagon est donc devenue une passoire plus que jamais puisque les Comores empêchent tout refoulement de clandestins. Cette question est aussi une affaire nationale car imitant les Comores, nombre d’Etats africains refusent désormais de collaborer dans les expulsions déjà rares par principe. ML.

  3. Zakweli
    Zakweli10 avril 2018

    Le ridicule ne tue pas. La France se croit au centre au monde et prétend que le monde ne peut pas se porter mieux sans elle. Toujours ces discours vides de sens…
    La france est une porteuse de malheur. 40 ans de déstabilisation et d’assassinats des présidents comoriens ou vous croyez que les Comores ne peuvent pas avancer sans vous. Quittez les Comores et on verra qui aura du mal à vivre sans l’autre…

  4. Michel Lhomme
    Michel Lhomme10 avril 2018

    Lors des prochaines élections françaises ne se posera plus qu’une seule question qui vaille comme la boutade de Berthold Brecht reprise par Renaud Camus dans 2017 :  faut-il changer de peuple ou de politique ?  Accepterons-nous que la France cesse d’être la patrie du seul peuple français (et de ceux qui s’y sont assimilés) ou nous résignerons à ce qu’elle devienne un no’man land, un territoire en friches partagé par plusieurs peuples ? Toute l’intelligentsia française a déjà répondu : elle se soumettra. La France entérinera ainsi doucement sa contre-colonisation, son suicide ethnique par survie démographique en soumettant le territoire à la rationalité de l’administration et de la privatisation en entraînant un vieux peuple construit et vivant à sa propre dé-civilisation consentie. Jean-Jacques ? Oui sauf que depuis quarante ans, en métropole, Rousseau est devenu persona non grata par le crime commis contre l’identité de la France qui n’a cessé de s’y perpétuer. En ce sens, Macron et tous ses préfets, délégués ou pas, sont effectivement les liquidateurs de la nation et de la culture française, dont ils finisssent par nier et ignorer jusqu’à l’existence dans les programmes de l’Education nationale. Pire, tous les politiques en service ne pratiquent que le délayage et la fuite en avant, hors de l’impérieuse question qui fâche, la question ethnique du grand remplacement. Il ne s’agit d’ailleurs pas d’une « théorie », comme on veut le croire mais d’un mouvement historique, comme on parlait « des Grandes invasions », de la Saint-Barthélemy ou de « l’Occupation ». La Seconde Guerre Mondiale avait fait de l’Europe « un champ de ruines », l’Antiracisme débridé  en a fait un bidonville où tout un chacun est remplaçable, substituable, échangeable, jetable mais dans la misère de la délocalisation permanente et du déracinement. Pour les calculateurs cyniques et les vendeurs de réfrigérateurs, qu’est-ce qu’une centaine de migrants par semaine au sein d’une population globale appelé demain à consommer Halal et Casher ? L’erreur fondamentale fut sans doute celle des écologistes qui refusèrent d’intégrer la croissance démographique humaine comme le danger majeur, dans leur réflexion sur l’environnement et le monde animal. Alors l’idée quasiment ouverte d’une « recolonisation » française des Comores a simplement la modestie de vouloir repenser une certaine Afrique qu’on ne veut pas être l’Afrique des gueux et des voleurs mais l’Afrique aussi du développement économique et de la richesse intellectuelle.

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