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Emmanuel Macron et les turqueries du Grand Sultan

Turquie Et Syrie

Emmanuel Macron et les turqueries du Grand Sultan

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

Après l’attentat de Münster en Allemagne, le Président turc Erdogan a menacé la France d’actes de terrorisme: «France, tu te fais complice du terrorisme, tu le soutiens, tu reçois les terroristes au Palais de l’Élysée [allusion aux kurdes reçus cette semaine par Emmanuel Macron]… Tu vois ce qui se passe en Allemagne, n’est-ce-pas? La même chose va arriver en France aussi …»

La Turquie avait déjà proféré les mêmes menaces la semaine dernière. On ne comprend pas pourquoi et comment le gouvernement français, l’Union Européenne et surtout l’Otan dont la Turquie est membre ne réagissent pas ? Erdoğan a aussi déclaré que si la France ne faisait pas marche arrière quant à son soutien aux Kurdes, elle ne manquerait pas de subir sur son territoire les conséquences de sa politique.

De plus, au lendemain de la réception à l’Élysée d’une délégation de Kurdes, auxquels le Président a affirmé son soutien dans leur lutte contre Daech, lutte en réalité contre le régime loyaliste de Bachar el Assad, une agence de presse turque, l’agence Anadolu a publié les positions des forces spéciales françaises engagées en Syrie. Par cette dernière, on confirme  que plus de 70 hommes des forces spéciales françaises, ainsi qu’une trentaine de membres du 1er régiment de parachutistes d’infanterie de marine (1er RPIMa) et du 10e Commando de parachutistes de l’air (CPA 10) sont engagés en Syrie sur cinq sites: dans le canton de Kobané, à proximité du mont Mashtnour, le village d’Ayn Isa, la ville de Raqqa, ainsi que la cimenterie de Lafarge. D’autres sont arrivés ce week-end.

On notera que la presse française n’a jamais été capable de confirmer la présence de nos forces spéciales à Alep alors que dès le début, Métamag l’avait fait, reconfirmant cette présence dans le nord de la Syrie en juillet dernier. Il s’agit bien sûr pour Ankara de dénoncer le soutien occidental aux Kurdes. La France a donc un nouvel ennemi, présent aussi à l’intérieur.

Par ailleurs, le président Erdogan est le seul à avoir réagi aux événements du 30 mars et du 7 avril à Gaza en dénonçant « un massacre » celui de l’armée israélienne qui a tiré à balles réelles des dizaines de milliers de Palestiniens de Gaza qui marchaient pacifiquement contre le mur qui les enferme, un véritable mur alternant levées de terre et de sable mêlés, fossés profonds, barbelés, et gardés par des soldats lourdement armés. Les tirs ont causé une vingtaine de morts, au moins, et des milliers de blessés. Un tel événement, des militaires tirant sur une foule non armée  aurait engendré dans n’importe quel autre pays du monde, une vague de protestation indignée de la prétendue communauté internationale. Là, non, absolument rien.

Au plus, l’ONU a demandé une enquête. La critique de la Turquie à l’endroit d’Israél est-elle un énième revirement d’Erdogan car jusqu’alors, la Turquie entretenait de bonnes relations avec Tel Aviv. En réalité, la Turquie joue de plus en plus les troubles fêtes au Proche-Orient entre jeu extérieur et jeu intérieur, afin de gagner, de regagner ou de conforter sa légitimité politique. 

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