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Syrie, vers la bataille finale ?

Liberation Ghouta

Syrie, vers la bataille finale ?

Michel Lhomme
Philosophe, politologue.

Depuis la libération de la Ghouta et la prise turque d’Afrine, le gouvernement syrien  est en alerte maximum et aurait déjà pris des mesures pour se préparer à une frappe militaire américaine contre la capitale Damas.

Washington a en effet intensifié ses menaces d’attaque directe depuis que l’armée syrienne, jouissant du soutien aérien russe, a libéré le fief d’Allouche dans le siège de la Ghouta, banlieue est de Damas, l’un des derniers bastions des «rebelles» islamistes. Les forces gouvernementales syriennes ont récupéré 80 % de la zone, divisant ce qui en reste en trois poches isolées et encerclées. Comme analysé dans notre précédent article, la chute de la banlieue est de Ghouta est survenue parallèlement à l’invasion de l’enclave kurde d’Afrin dans le nord-ouest de la Syrie par l’armée turque et ses troupes au sol, la fameuse Armée syrienne libre, constituée en grande partie de combattants de l’État islamique et du Front Al-Nusra. La victoire turque a provoqué l’exode de quelques 250.000 personnes fuyant pour leur vie. Elle défend sur le papier les intérêts de l’Otan mais la Turquie joue double jeu et fait aussi cavalier seul dans son rêve de reconstituer l’Empire ottoman et d’éliminer physiquement par un génocide s’il le faut, les Kurdes.

La chute de la banlieue est de Ghouta représente  un immense revers pour le plan israélo-américain du grand moyen-orient et l’éradication envisagée du Hezzbollah. C’est clairement un échec dans la guerre orchestrée il y a sept ans par les États-Unis. L’administration Trump menace de mener directement des représailles militaires non seulement contre la Syrie, mais aussi ses principaux alliés militaires que sont la Russie et l’Iran. Ainsi, jeudi dernier, le général H.R. McMaster, conseiller en sécurité nationale du président Donald Trump, a prononcé un discours au Musée de l’Holocauste à Washington, affirmant que “toutes les nations civilisées doivent tenir l’Iran et la Russie responsables de leurs atrocités”. De la même façon, Nikki Haley, l’ambassadrice des États-Unis aux Nations Unies, a mis en garde le “régime syrien hors la loi” que Washington “reste prêt à agir si nous le devons”. Faisant référence à l’attaque des missiles de croisière américains de l’an dernier, elle a ajouté: «Ce n’est pas la voie que nous préférons. Mais nous avons démontré que c’est une voie que nous pouvons prendre, et nous sommes prêts à la reprendre».

Les menaces américaines sont prises  au sérieux à Moscou

Le chef d’état-major de l’armée russe, le général Valery Gerasimov, a averti que toute menace à la vie des troupes russes en Syrie entraînera “des mesures de représailles à la fois contre les missiles et les lanceurs utilisés” autrement dit que la frappe américaine du mois dernier contre une force pro- gouvernementale qui a coûté la vie à des militaires russes près de champs pétroliers et gaziers stratégiques dans la province orientale de Deir Ezzor ne se reproduira pas sans conséquences. L’action militaire américaine de Deir Ezzor allait d’ailleurs dans le sens de Washington de récréer une zone contrôlée par les États-Unis à l’est de l’Euphrate, le long des frontières de la Syrie avec la Turquie et l’Irak.

Le but des États-Unis est que cette zone, qui couvre près d’un tiers du territoire syrien, doit être contrôlée par des milliers de soldats américains et les Forces démocratiques syriennes, composées en grande partie de la milice syrienne kurde des YPG. Au milieu des menaces d’une confrontation en Syrie entre les deux principales puissances nucléaires du monde, la prise d’Afrin par l’armée turque et ses milices islamistes syriennes alliées a accru  la possibilité d’un affrontement militaire sans précédent entre deux alliés ostensibles de l’OTAN, la Turquie et les États-Unis. Lancée il y a deux mois, l’invasion militaire turque, baptisée Opération Olive Branch, vise à empêcher l’établissement d’une zone autonome syro-kurde à la frontière sud de la Turquie. L’action a été provoquée par l’annonce de Washington que les États-Unis avaient l’intention de continuer à occuper le territoire syrien et d’organiser ses forces de procuration dominées par les YPG en une «force de sécurité frontalière» de 30.000 hommes. Or, les YPG sont appuyées par des forces spéciales américaines, y compris françaises.

Selon le Haut commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR), pour la première fois depuis 2014, le nombre d’immigrants syriens sur le territoire libanais est passé sous le cap d’un million, ce qui signifie qu’ils rentrent chez eux. Ils y rentreraient en effet par milliers chaque semaine. Ils reviennent du Liban, de Jordanie, de Turquie et même de ce qui fut un jour un paradis imaginaire,les pays européens comme l’Allemagne.

Mais une question se pose : le durcissement américain à partir de ses récentes  déclarations au sujet de la Syrie et de ses alliés -tout comme les remaniements au sein de l’administration américaine et dans l’entourage du président Trump- garantit-il une victoire américaine en Syrie en cas de guerre directe ? Peu certain. Les dimensions stratégiques semblent se modifier au profit de la Syrie et de ses alliés. Une éventuelle attaque américaine contre Damas peut faire basculer le monde vers une guerre régionale et effectivement mondiale mettant en jeu directement Israël qui se bat pour l’instant par figure interposée et l’Iran.

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