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Le Congo en danger !

Congo Drapeau

Le Congo en danger !

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

Les kwassas-kwassas de Mayotte réservent parfois quelques surprises comme  la présence dans ses « cales » d’un Congolais , membre de l’opposition et menacé dans son pays qui nous permet de posséder des informations de dernière main sur le Congo de ces derniers mois.

Qui sait en effet qu’une crise diplomatique d’importance oppose aujourd’hui le président en exercice Kabila à l’ancienne puissance coloniale, la Belgique et pas seulement sur la tenue démocratique ou non des prochaines élections où Kabila souhaitait  devenir un président à vie, ce que finalement il ne pourra pas faire ? En effet, dans le dos de la Belgique, le président congolais vient d’offrir ses mines de cobalt et de métaux rares à la Chine. Pour cela, il a ouvertement spolié les intérêts occidentaux en réformant totalement le code minier en vigueur. Mais en même temps, ce nouveau code minier est un véritable cadeau aux sociétés minières chinoises. En représailles, Bruxelles a fermé la Maison Shengen de Kinshasa et bloqué tous les visas congolais ce qui expliquerait que, dans les derniers kwassas provenant des Comores arrivant sur l’île de Mayotte, on y croise depuis quelques jours de nombreux Congolais aptes à recevoir le droit d’asile .

Mais qu’en est-il exactement de cette réforme du code minier congolais qui ne vise officiellement qu’à augmenter les impôts et les redevances pour le bien du peuple congolais ?

La République démocratique du Congo, le coeur géostratégique de l’Afrique

En fait, Kabila a fait voter en début d’année une loi minière qui permet la taxation à 10 % des « minerais stratégiques » tels que le cobalt, métal rare utilisé largement aujourd’hui dans les téléphones portables, les missiles et les batteries de véhicules électriques mais aussi les métaux rares comme le niobium, le germanium, l’antimoine, le tantale, le tungstène, le graphite, tous vecteurs essentiels des nouvelles technologies, celles qui nous permettront de dépasser l’ère du charbon, du pétrole, à l’ère du nucléaire. La taxe minière en question passerait de 2% à 10% et a donc fait hurler les géants miniers internationaux parce qu’ils devront inévitablement répercuter les nouveaux coûts sur les consommateurs et donc faire monter les prix afin de maintenir leurs mêmes marges bénéficiaires. Or à l’heure actuelle, c’est la Chine qui contrôle 60% de la production mondiale de cobalt, dont la presque totalité provient de la région du Katanga au sud-est du Congo. Si l’initiative de Kabila pourrait rapporter au gouvernement plus d’un milliard de dollars de recettes et assurer le succès électoral du successeur  qui se présentera aux élections de juillet, elle a fait l’objet d’une levée de bouclier de toutes les compagnies minières parce qu’elle changeait unilatéralement la donne de l’extraction minière dans le pays. Le Congo est le plus grand producteur de cuivre d’Afrique mais aussi la plus grande source de cobalt au monde puisque sa production de cobalt a bondi de 15,5% l’année dernière à 73 940 tonnes or la nouvelle loi transforme le colbalt en minerai stratégique.

En Occident, on commence à répandre l’idée que le gouvernement congolais fait face à une crise de légitimité puisque le deuxième mandat de Joseph Kabila, censé être définitif, a pris fin en décembre 2016 et que pourtant il reste encore au pouvoir  jusqu’en juillet pour des élections présidentielles prévues en décembre 2018. Certes, depuis, des manifestations politiques dans le pays ont entraîné des centaines de morts. Une marche pacifique de l’église catholique a  été sévèrement réprimée et de nouvelles rébellions armées ont éclaté dans l’est et le sud-ouest du pays. Taxer les mineurs au nom du nationalisme économique est donc le moyen qu’aurait choisi Joseph Kabila pour réunir à la fois suffisamment de fonds pour rester au pouvoir et affronter ces deux principaux adversaires, Felix Tshisekedi qui dirige le principal parti de l’opposition et Moise Katumbi, un ancien allié et gouverneur de la province du Katanga.

Le Congo risque d’être  le grand champ de bataille de la prochaine rivalité africaine, celle des États-Unis contre la Chine des années 2020 et il paraît évident pour les plus éclairés de ses habitants, fussent-ils en loques dans un kwassa que le pays doit se préparer à ce qui pourrait s’avérer être une période de conflit, de guerre hybride à l’américaine, le Congo demeurant pour des raisons minières le cœur géostratégique de l’Afrique.

Illustration : drapeau de la République démocratique du Congo

 

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