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Proche-Orient : où sera la prochaine guerre ?

Gadi Eizenkot

Proche-Orient : où sera la prochaine guerre ?

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

«La probabilité qu’une offensive soit conduite dans le courant de l’année est grande», estime le général Gadi Eisenkot, chef d’état-major israélien. Dans des interviews accordées ces derniers jours à plusieurs journaux israéliens à l’occasion de la Pâque juive, il a déclaré que “le déclenchement d’une guerre était possible dans le courant de l’année”, désignant le triptyque Iran-Syrie-Liban comme le plus important danger militaire pour Israël.

Interrogé sur les modalités de la prochaine guerre opposant Israël au Hezbollah, le chef d’état major israélien a expliqué que “tout ce qui sera au service du Hezbollah sera détruit, de Beyrouth jusqu’à l’extrême sud”. “Des hauts immeubles où logent les membres du Hezbollah au Liban seront détruits. Les images de destruction causées par cette guerre seront sans précédent”, a-t-il également affirmé. “Nous avons des milliers de cibles au Liban et nos capacités ont été multipliées par sept depuis la dernière guerre”.

Rappelons qu’Israël et le Hezbollah se sont livrés en 2006 une guerre qui a fait plus de 1 200 morts côté libanais, en majorité des civils, et 160 côté israélien, quasiment tous des soldats. Le général a poursuivi : « Des dizaines de brigades au sol, aidés par l’aviation, la marine et les renseignements militaires, prendront part à cette prochaine guerre » et, selon lui, le Hezbollah n’a pas les capacités d’effectuer de frappes précises. Il a en outre estimé que la probabilité que l’Iran participe à cette guerre est très faible.

Syrie :  ce qui est non négociable du côté allié

Nous avons évoqué ici à plusieurs reprises ce qui était non négociable en Syrie du côté russe (le gaz, Tartous) mais qu’en est-il du côté occidental ? Pour les alliés qui se targuent d’être la « communauté internationale » (dixit Macron) ce qui est non négociable, c’est l’installation de bases iraniennes en Syrie.

D’où, malgré les affirmations du Président Macron affirmant avoir convaincu Donald Trump de rester en Syrie, le porte-parole de la Maison Blanche Sarah Sanders avait démenti immédiatement affirmant que le Président avait été clair sur le sujet et qu’il voulait que les troupes américaines rentrent le plus vite possible. L’Europe fera le travail seul même si la volonté de l’État profond américain est bien de rester sur le sol syrien. On aura compris, c’est avec Israël que la France coordonne  sa politique en Syrie. D’ailleurs, quelques heures avant le bombardement illégal – au regard du droit international – d’installations militaires syriennes, la France s’était concertée par téléphone avec Israël, cette information étant rapportée sans ambages par la presse israélienne.

De fait, si les États-Unis ne restaient pas en Syrie et ne trouvaient pas un moyen d’empêcher l’Iran de construire des bases militaires en Syrie, Israël devra chercher ailleurs d’autres alliés d’où les contacts permanents de Tel Aviv avec Moscou. Il y a, à ce propos, un excellent mot qui a été prononcé par l’actuel Ministre de la défense israélien qui résume bien les tergiversations présentes d’Israël :  “L’Amérique est notre allié stratégique. La Russie est une réalité de la vie.

Pour Israël, la construction de bases aériennes, maritimes et terrestres iraniennes ou par des milices chiites comme celle qu’ils ont construite au Liban avec le Hezbollah, est la ligne rouge à ne pas franchir. Or, il est clair que les Russes, ayant réalisé une très belle performance en Syrie, ne sont pas intéressés à déstabiliser leur victoire . Ils ont donc parfaitement compris le point de vue israélien et semblent donc accepter de jouer en Syrie un rôle limitatif et restrictif vis-à-vis de l’Iran et du Hezbollah. Ceci explique bien pourquoi les intérêts russes n’ont jamais été menacés par les derniers tirs de missiles dont Jupiter pourtant se vante.

La menace iranienne est-elle réelle ?

Arabie Saoudite vs Iran : la guerre des trois islamismesOui par le renforcement des liens entre l’Iran, le Hezbollah libanais et le Hamas, le transfert en cours d’armes et de technologies avancées de la Syrie au Hezbollah libanais (qui a déjà des missiles  dirigées vers le sud sur Israël), la présence du Hezbollah et des milices chiites de l’autre côté du plateau du Golan, et le fait que l’Iran et ses milices contrôlent la frontière entre la Syrie et l’Irak. Si le Liban a disposé d’un plan marshall il y a quelques semaines, c’est qu’on devine qu’il sera bientôt le nouveau grand théâtre d’opérations. La France y sera alors de nouveau engluée plus que jamais.

On voit bien que la Syrie est plus que jamais actuellement le microcosme des relations mondiales et régionales – Russie et États-Unis, Turquie et Iran, Arabes et non-Arabes, Chiites et Sunnites, Daesh et Califat, Qaida et ses affiliés avec en toile de fond le terrorisme et les réfugiés qui vont petit à petit déchirer le tissu économique et social de l’Europe.

Pauvres européens qui n’y comprennent pas grand chose : Europe, réveille-toi !

Illustration : Gadi Eisenkot, chef d’état-major israélien.
  1. Robert41
    Robert4119 avril 2018

    Le président de la République Emmanuel, Macron, a accompli un acte illégal en Syrie. Il s’est donné le rôle de justicier en bombardant sans mandat onusien et sans agrément parlementaire, un territoire étranger qui ne menaçait aucunement la France. Cet acte politique est grave car il ne respecte pas le cadre de l’exercice de sa fonction qui lui implique de consulter son parlement, ses partenaires européens et les représentants de l’ONU avant toute idée d’intervention militaire. Le président Macron a manqué à ses devoirs. Il s’est emballé dans une redondance d’acteur d’une politique agressive sans attendre le résultat de l’enquête de terrain. C’est grave parce que cet amateurisme de jeune blanc-bec, aurait pu déclencher une guerre mondiale, si le Président Poutine n’avait pas gardé son sang froid. Emmanuel, Macron a mis la France et l’Europe occidentale dans le danger d’une escalade. Nous n’avons plus de neutralité et d’indépendance pour calmer les ardeurs belliqueuses d’Israël et des États-unis faiseuse de guerres, ce que le général avait construit a été sacrifié par Sarkozy, Hollande et aujourd’hui Macron ; c’est insupportable de bêtise, d’incompétence et de lâcheté. Le président Macron doit être destitué de sa fonction. Il doit être viré comme son monde d’où il vient le pratique sans affect pour incompétence grave.

  2. Gabriella
    Gabriella19 avril 2018

    Merci pour cette analyse de fond! Je me suis permis de reprendre l’article sur mon blog.

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