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Un nouveau regard sur la civilisation scandinave médiévale : Au temps des Vikings d’Anders Winroth

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Un nouveau regard sur la civilisation scandinave médiévale : Au temps des Vikings d’Anders Winroth

Rémy Valat ♦
Historien.

L’historiographie de la Scandinavie médiévale est un sujet que l’on croît connaître, il est en réalité controversé

Ces hommes du Nord qui razziaient les habitats et les monastères des côtes européennes, ces Vikings découvreurs de nouvelles terres, fondateurs de royaumes et commerçants habiles, sont moins méconnus aujourd’hui. La France doit beaucoup au patient et inlassable travail du regretté Régis Boyer (1932-2017), qui professait à la Sorbonne : la vulgarisation et l’état des connaissances actuelles sur cette civilisation sont de son fait. Aujourd’hui, ce sont notamment les professeurs Alban Gautier (qui enseigne à l’université de Caen) et Stéphane Lebecq (professeur émérite de l’université de Lille) qui sont à considérer comme les grands spécialistes français de la question. En réponse à l’intérêt du public hexagonal sur ce thème de l’histoire européenne, des ouvrages d’universitaires scandinaves ont fait l’objet d’une traduction : le remarquable livre de Jesse L. Byock, L’islande des Vikings, Aubier, 2011 (titre original : Viking Age Iceland, Penguin, 2001) et cette année, le livre d’Anders Winroth, Au temps des Vikings aux éditions La Découverte (The Age of the Vikings, Princeton University Press, 2014). Certes, cette démarche est probablement non-dénuée d’arrière-pensées politiques : les éditions La Découverte, anciennement éditions Maspéro sont politiquement très engagées à gauche. Cette démarche militante d’appropriation d’un sujet de « droite » reste néanmoins louable, car elle enrichit le débat et se situe dans l’approche contemporaine et post-coloniale de l’archéologie (qui réduisait souvent les échanges civilisationnels à des rapports de force).

Anders Winroth, professeur suédois enseignant à l’université de Yale aux États-Unis apporte donc un éclairage nouveau sur les Vikings : ceux-ci ne formaient pas un peuple ethniquement homogène, relativise le caractère guerrier de ces hommes et démontre que leurs motivations militaires et commerciales répondaient à des besoins socio-politiques (la pratique du don et du contre-don). La distribution de biens de prestiges acquis sur des terres lointaines et exotiques alimentaient la renommée des chefs qui s’offraient ainsi la loyauté (toute relative) de ses vassaux. Ce sont essentiellement des facteurs sociaux, et non climatologiques, qui ont donné une impulsion à l’« expansionnisme » viking. Le succès nourrissant le succès, les Vikings ont multipliés leurs aventures outre-mer. Anders Winroth relativise également le caractère belliqueux des guerriers vikings, leurs premiers raids étaient le fait d’hommes isolés aux tactiques d’amateurs. Ayant pris conscience de la faiblesse de l’empire franc, ils mirent au point des stratégies plus audacieuses reposant sur des opérations planifiées. Ils étaient des hommes et des femmes violents dans une période violente, les Vikings l’étaient peut-être moins que les Francs, car ces derniers menaient leurs guerres sur de plus grandes échelles.

En s’appuyant sur l’archéologie, la poésie scaldique et les témoignages d’ambassadeurs arabes, Anders Winroth redonne avec beaucoup de talent vie à cette civilisation qui frappe encore notre imaginaire. Pour lui tout commence et se termine dans la maison-halle des grands chefs vikings : de grands banquets durant lesquels, le chef remet à ses fidèles des objets prestigieux et exotiques, on y boit les meilleurs vins dans des verres soufflés en Égypte et on y mange les meilleurs mets, tandis que le scalde vante les mérites de l’hôte, élevé au rang de héros. Le christianisme a radicalement transformé la société scandinave : la croyance en un dieu unique lequel est représenté par un souverain terrestre a mis en place un irréversible processus d’unité des peuples du Nord, mais cette unification politique et sociale au profit d’un seul s’est substituée à un système moins strictement hiérarchisé ou le chef n’était qu’un primus inter pares. Le guerrier combattant pour le chef de son choix est devenu un serviteur, terme qui auparavant ne s’appliquait qu’aux serfs et aux esclaves.

Ce livre contient un précieux état des lieux des publications françaises sur le sujet dressé par Alban Gautier.

Anders Winroth, Au temps des Vikings, La Découverte, janvier 2018, 22€ édition papier, 14.99€ édition numérique.

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