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L’harmonie du chaos : indépendantisme écossais et néo-médiévalisme

Scottish And Engli

L’harmonie du chaos : indépendantisme écossais et néo-médiévalisme

Rémy Valat ♦
Historien.

L’Europe est en crise. Son modèle d’intégration, plus économique que politique, s’enlise tandis que se creuse, par manque de transparence et de démocratie, un fossé d’incompréhension entre les peuples et les lointains décideurs de Bruxelles

Ce déficit de confiance se manifeste par la persistance et la reprise de vigueur des mouvements séparatistes et indépendantistes. La Grande-Bretagne est en train de quitter l’Union. Or, la lame de fond de ces mouvements est régionale : Bretons, Sardes, Corses, Écossais, Basques ou Catalans rechercheraient plutôt une rupture avec l’État-nation, pas nécessairement avec l’Union européenne. Cette orientation témoigne du poids de l’histoire et de la lente construction de ces États qui se sont bâtis par la contrainte et sans l’assentiment des populations conquises, annexées ou offertes en dot au fil des siècles. L’échec de l’Europe politique est à mettre à la charge des États, car ne l’oublions pas le pouvoir décisionnaire réel leur incombe que ce soit au niveau du Conseil européen et surtout du Conseil de l’Union. L’absence de politique de défense commune qui aurait pu élever l’Europe au rang de première super-puissance mondiale impose ainsi une soumission à l’OTAN, rouage principal de la politique nord-américaine de défense dans la région, laquelle génère des tensions avec la Russie.

Prenons le cas écossais et faisons pour cela un saut dans le passé. L’Écosse, qui se situe au nord de l’archipel britannique, représente un espace géographique clairement défini, celui des anciens limes romains, les Murs d’Hadrien et d’Antonin. Les peuples celtiques Scots (Gaëls venus d’Irande), Pictes et migrants scandinaves sis au-delà du mur formèrent un royaume distinct en 843, dont les frontières se stabiliseront à partir du XIIIe siècle (sur les limites actuelles de la nation écossaise). Deux guerres d’indépendance sur fond de querelle dynastiques opposeront l’Écosse à l’Angleterre (1296-1328 et 1332-1357). La première guerre est marquée par la célèbre bataille de Bannockburn (1314), durant laquelle Robert Bruce, roi d’ Écosse, obtient par les armes l’indépendance à venir de son pays. Au XVIIe siècle, le roi Jacques VI d’Écosse devint roi d’Angleterre et d’Irlande et ses héritiers, les Stuart règneront jusqu’en 1714. Avant le décès de la reine Anne, la dernière souveraine de la famille des Stuart (le trône anglais est transmis à la maison de Hanovre), en 1706-1707, les actes d’Union scellent l’association des royaumes d’Écosse et d’Angleterre (et du Pays de Galles) en un seul royaume de Grande-Bretagne.

L’édifice commence à se lézarder au tournant du XXIe siècle : un parlement écossais est mis en place après un référendum populaire en 1997 (la décision est entérinée par le Parlement britannique l’année suivante), puis au fil des scrutins le parti nationaliste écossais (Scotish National Parti) est monté en puissance et finit par s’imposer en 2011 (il obtient 69 sièges sur 128). L’ancien leader du SNP, Alex Salmond, devenu Premier ministre lance la machine référendaire, mais les loyalistes l’emportent avec 55,3 % des voix en 2014. Deux ans plus tard, les Écossais confirment leur soutien à l’Union européenne à hauteur de 62 % des suffrages exprimés, ce qui les place à contre-courant des électeurs britanniques. La division est nette et l’idéal indépendantiste écossais demeure.

Dans un livre paru l’année dernière aux éditions Arktos, un juriste (officier réserve de l’armée américaine), Lance Kennedy nous propose une approche renouvelée des problèmes européens et écossais. Supranational Union and New Medevialism, Forging a New Scottish State appelle à réfléchir sur un nouvel ordre européen tel qu’il fût en Europe pendant la période médiévale (avant l’instauration du système westphalien au XVIIe siècle). Une Europe cimentée par des valeurs communes.

Lance Kennedy, Supranational Union and New Medevialism, Forging a New Scottish State, Arktos, 2017.

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