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États-Unis, France, Europe : en finir avec la classe moyenne ?

Renoir Canoriers

États-Unis, France, Europe : en finir avec la classe moyenne ?

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

On est atlantiste, admirateur de l’Amérique ou on ne l’est pas. Or la classe moyenne américaine est en train de disparaître dans presque tous les États du pays.

Le nombre de personnes vivant dans la pauvreté aux États-Unis ne cesse de croître comme celle de tous les déclassés, de ceux qui, ayant tous leurs biens hypothéqués, perdent leur maison, leur 4×4, le maigre petit confort qu’ils avaient réussi  à acquérir. L’American Way of Life ne fonctionne plus. Le rétrécissement des classes moyennes joue par le bas mais aussi par le haut puisqu’on constate un nouveau phénomène au cours des cinq dernières années: l’augmentation du nombre de ménages ayant des revenus plus élevés. Selon le directeur de l’ONG Human Progress, Mark Perry, ce dernier facteur aurait entraîné une polarisation extrême des revenus ce que même Christine Lagarde, responsable du FMI, a stigmatisé il y a quelques semaines.

Le US Census Bureau vérifie aux États-Unis l’augmentation du nombre de ménages à revenus plus élevés. Corrigés de l’inflation, les ménages ayant un revenu annuel de 100 000 $ US  ou plus sont passés de 8% à près de 25% en 2014 . La classe moyenne est-elle considérée comme celle dont les revenus se situent entre 50 000 et 99 999 dollars  par an. Ainsi, selon le Pew Research Center, le nombre d’Américains qui étaient dans la classe moyenne en 1971 a chuté de 11% jusqu’en 2015, parce que 7% ont grimpé aux groupes à revenu plus élevé et 4% sont descendus dans les groupes à faible revenu.

Un endroit où cette réduction de la classe moyenne a été clairement perçue par le groupe de revenu le plus élévé se situe dans la région métropolitaine de Washington, où le pourcentage d’adultes vivant dans des ménages à faible revenu est resté stable entre 2000 et 2014 mais où les hauts revenus ont explosé. Nous sommes ici dans les uper-class. Le même phénomène est observable à New York, San Francisco et la Nouvelle-Orléans. Ainsi, la classe de revenu le plus élevé, considéré comme le gagnant entre 100 000 $ et 350 000 $ US, a augmenté annuellement de 12,9% de la population en 1979 à 29,4% en 2014, tandis que ceux qui gagnent plus de 350 000 $ , les «riches» sont passés de 0,1% à 1,8% sur la même période.

Comme nous l’indiquions plus haut, le Fonds monétaire international a averti du danger de la disparition de la classe moyenne car elle creuse les inégalités. La classe moyenne américaine se retrouve aujourd’hui dans sa plus petite configuration depuis 30 ans rendant visible la pauvreté aux États-Unis. Nous avions été frappé il y a deux ans par un passage à Los Angeles où accompagné d’un américain, celui-ci nous fit sortir des lieux touristiques et nous amena devant la mairie d’un quartier populaire. Il était 8h du matin et gisaient sur les trottoirs toutes sortes de famille  venant chercher des coupons repas ou des aides sociales municipales, un spectacle que nous n’aurions jamais imaginé auparavant aux États-Unis. Or c’est bien la fin de la classe moyenne et le double jeu de l’appauvrissement et de l’enrichissemeent aux extrêmes qui pèse de plus en plus lourd sur le potentiel économique de la nation. De fait, le FMI a réduit la projection de croissance pour les États-Unis de 2,4% à 1.6% en 2016.

Le FMI a également déclaré que la population américaine vieillit et qu’une grande partie de la génération du baby-boom qui prend actuellement sa retraite, n’aura rien pour vivre. Mais ce qui a le plus frappé le Fonds Monétaire international, c’est que là encore, la pauvreté et la montée des inégalités ont exacerbé ces tendances de fond de l’économie américaine. Une personne sur sept aux États-Unis soit environ 46,7 millions d’Américains, vivent dans la pauvreté, cela représente 20% de tous les enfants de la plus grande économie mondiale de quoi se rappeler Le Kid de Charlie Chaplin. Cet appauvrissement vérifiable réduit forcément aussi la demande des consommateurs, cette baisse serait de 3,5% depuis 1999, ce qui équivaut à perdre une année sur quinze de consommation. Alors comment inverser la tendance?

Et c’est là qu’on reste ébahi puisque le FMI, pas spécialement réputé pour être zadiste a appelé pour les États-Unis tout ce que à quoi en réalité, Emmanuel Macron, en France, s’attaque à savoir davantage d’investissements dans l’éducation et les infrastructures, des réformes fiscales, pour soutenir les plus pauvres, un salaire minimum plus élevé, de meilleurs programmes sociaux tels que les garderies qui aident les personnes à faible revenu à conserver leur emploi.

On sait que trois économistes du FMI avaient déjà prévenu que les politiques d’austérité alimentaient les inégalités, détruisaient la classe moyenne, ce qui à son tour nuisait à la croissance. Pire, au même moment, l’OCDE a mis en garde les pays occidentaux contre les défis posés par la disparition de la classe moyenne.

Charlie Chaplin, scéne finale : le rêve de la maison

Illustration : Renoir, Le déjeuner des canotiers (1881). Ce tableau est une scène d’un groupe des amis qui aiment un déjeuner à côté de la Seine. La culture de la classe moyenne et les opportunités pour des loisirs sont claires dans cette peinture. L’ambiance est heureuse et sereine.

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