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La bataille pour le français a déjà commencé à Bruxelles

Français Bruxelles

La bataille pour le français a déjà commencé à Bruxelles

Marc Rousset ♦

Économiste,
Ancien haut dirigeant d’entreprise.

Suite au Brexit, il importe de mettre fin à l’unilinguisme anglo-américain à Bruxelles en mettant sur la table du Conseil européen la question du français et des autres grandes langues nationales.

 

Henri Gizardin vient de signaler, sur Boulevard Voltaire, la politique de la chaise vide pratiquée par l’ambassadeur de France auprès de l’Union européenne, Philippe Léglise-Costa, pour protester contre la tenue de discussions du Conseil en anglais sans traducteurs à Bruxelles. De son côté, lors de sa conférence de presse à Bruxelles, le vendredi 23 Mars, Michel Barnier s’est pour la première fois exprimé seulement en français devant les journalistes.

Suite au Brexit, il importe en effet plus que jamais de mettre fin à l’unilinguisme anglo-américain à Bruxelles en mettant sur la table du Conseil européen la question du français et des autres grandes langues nationales telles que l’allemand, l’espagnol et l’italien.

L’Union européenne est de loin la zone la plus anglicisée du monde. Les administrations nationales reçoivent des documents en anglais et sont tenues de répondre en anglais. La toute nouvelle réglementation européenne SERA-Partie C vise à imposer l’anglais comme unique langue de communication entre les pilotes privés français et les six principaux aéroports de France métropolitaine. On ne compte plus les diplomates français qui, contrairement à leurs collègues québécois ou africains, affichent des messages d’absence uniquement en anglais. De Gaulle disait : « Le snobisme anglo-saxon de la bourgeoisie française est quelque chose de terrifiant. […] Il y a chez nous toute une bande de lascars qui ont la vocation de la servilité. Ils sont faits pour faire des courbettes aux autres. »

Le français est en péril non seulement à Bruxelles mais en France, lorsque l’on voit six grandes enseignes françaises lancer une opération de promotion « French Days », une réplique du « Black Friday » américain. Quant à Génération identitaire, sous prétexte que l’action « Defend Europe » était européenne, ils n’ont rien trouvé de mieux que d’afficher leur message anti-migrants à l’Europe en anglais au col de l’Échelle, comme si le français n’était pas une langue européenne plus que suffisante en elle-même, et comme si la seule langue internationale n’était pas, en fait, la traduction, selon Umberto Eco.

Le château de Villers-Cotterêts, haut lieu de l’ordonnance de François Ier faisant, en août 1539, du français la langue administrative et juridique du royaume.

La France vit à l’époque de la « Loire Valley », de « Lorraine Airport », des revues scientifiques subventionnées par le contribuable qui refusent les articles en français, des grandes écoles et des universités enseignant en anglais, de l’Eurovision en anglais, des Jeux olympiques de Paris en anglais sur la tour Eiffel, de l’armée française arrimée à l’OTAN subissant l’anglais comme seule langue de travail, du commissaire Pierre Moscovici tançant ses collègues français sur les questions budgétaires en anglais au nom de la Commission. Quant à Macron, il s’exprime trop souvent en anglais à Berlin, à Davos ou à Versailles, mais il veut lancer en même temps l’ambitieux projet de l’« Institut international de la francophonie », en restaurant pour 200 millions d’euros le château de Villers-Cotterêts, haut lieu de l’ordonnance de François Ier faisant, en août 1539, du français la langue administrative et juridique du royaume.

Plusieurs associations de défense du français sont sorties du bois pour que l’anglais disparaisse comme langue de travail de l’Union européenne après le 29 mars 2019, car l’Irlande a choisi l’irlandais comme langue de communication avec l’Union européenne, et Malte le maltais. Cela signifie que lorsque le Royaume-Uni sortira de l’Union européenne, l’anglais, au regard des textes en vigueur (un pays, une langue), perdra automatiquement son officialité. L’affaire semble bien se présenter pour le français sur le plan juridique, car les documents fondateurs ne peuvent être modifiés qu’à l’unanimité. De plus, en 2050, la France comportera 78,9 millions d’habitants et les locuteurs francophones dans le monde atteindront la barre des 700 millions.

La France souhaite-t-elle faire du français la langue de l’Europe ou préfère-t-elle devenir une colonie américaine, une seconde Louisiane ? Tout dépendra de la volonté des Français, à l’origine de l’idée européenne.

Source

  1. MONTENAY
    MONTENAY7 mai 2018

    Bravo à Marc Rousset !

    J’avais sonné l’alarme dès 2016 (https://www.yvesmontenay.fr/2016/06/24/brexit-francois-hollande-ira-t-il-bouter-langlais-hors-de-bruxelles/) et suis très heureux de voir le relai pris pas de nombreux militants et même certains officiels

    Cette cause mérite une union des Français de toutes sensibilités politiques

  2. P.A.
    P.A.7 mai 2018

    “Prenez-moi donc en photo et voyez où je vais” dit Macron; seulement, Macron est un crabe, dans le panier. Une grosse réforme doit être entreprise dans les écoles (tous niveaux); en Iran l’Anglais vient d’être interdit en primaire, excessif peut-être mais radical! Le Russe, le Chinois, l’espagnol etc. sont des langues fort parlées, avec notre très beau Français. Le monde commence à vomir l’uniformité.

  3. ROLLAND
    ROLLAND7 mai 2018

    Le problème: comment éviter ce snobisme de baragouiner des expressions “angloïdes” dans tous les media, chez les 4/5ème des animateurs ou journalistes? Les burn out, gay, week end, look, etc? Ca fait “à la mode”. le contraire de “has been”. Michel Audiard me manque!

  4. Sabadel
    Sabadel8 mai 2018

    Je suís toujours stupéfait quand je vois des français défendre le français contre l’impérialisme anglophone alors qu’il est bien connu que la France est un cimetière pour les langues. Il suffit de voir dans quel état sont les langues dites minoritaires ( occitan, basque, catalan, flamand, breton, corse et alsacien). C’est ça le pays des droits de l’homme ? La francophonie n’est qu’un impérialisme de plus. Les français défendent la diversité linguistique dans le monde et la dictature du français à l’intérieur de l’état français. C’est le bon vieux principe : faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais.

    • P.A.
      P.A.9 mai 2018

      Non, il y a aussi des Français qui défendent l’Occitan, le Basque, le Catalan, le Flamand, le Breton, le Corse et l’Alsacien; il y a la France, son Peuple d’un côté et une oligarchie pourrie de l’autre (gauche et droite comme ça “on” reste toujours au pouvoir, dont le Peuple n’a jamais disposé, simulacre de démocratie).

  5. Sabadel
    Sabadel11 mai 2018

    Le problème c’est que c’est le peuple qui choisit son oligarchie dont le monarque. Le peuple français a les politiques qu’il mérite. La France est le seul «  pays démocratique « où on élit un président qui a tous les pouvoirs et ensuite les députés avec un système majoritaire. Ainsi on a un monarque avec sa majorité de députés qui lui servent la soupe. À ma connaissance l’immense majorité des français ne remet pas en cause cette satanée 5ème République. Quant aux défenseurs des langues dites minoritaires ça me rappelle l’histoire du pot de terre contre le pot de fer. En France républicanisme rime avec nationalisme.

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