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Théâtre de l’Odéon à Marseille : “Là-haut” de Maurice Yvain

Odeon IMG 9693 Photo Christian DRESSE 2018

Théâtre de l’Odéon à Marseille : “Là-haut” de Maurice Yvain

Hervé Casini ♦

La nouvelle production de Là-Haut présentée par le théâtre de l’Odéon, en avril dernier, est un pur enchantement des yeux et de l’oreille !

Davantage comédie musicale qu’opérette (nous sommes en 1923 et le débarquement américain de 1917 est passé par-là !) Là-Haut est, on le sait, un véritable joyau, tant du point de vue de la partition, sophistiquée et si simple à la fois, que de celui des paroles, signées du si spirituel Albert Willemetz.

© Christian Dresse

Comme c’est souvent le cas dans les œuvres de Maurice Yvain (1891-1965), biberonné à l’Opéra-Comique (par son père qui y était trompette) et aux orchestres de danse (il entre très tôt à l’orchestre du Casino de Monte-Carlo), la musique de Là-Haut mêle sans complexe et de façon totalement iconoclaste, rythmes de danse à la mode (fox-trot, one-step, shimmy et charleston mais aussi rumba…) et grands thèmes d’opéra (Faust, Samson et Dalila), rendant ainsi, sous une légèreté de façade, un hommage évident à toute l’histoire de l’opérette voire s’autorisant, dans certains passages (le septuor des Elues, le trio de l’acte II entre Evariste, Frisotin et Martel), une construction musicale maniant, avec audace et maestria, contre-point, doubles et triples croches ! Dans un tel environnement, l’orchestre de l’Odéon, conduit avec précision et enthousiasme par Bruno Conti, fait mouche. Si l’on y ajoute le travail d’orfèvre réalisé par Willemetz sur un texte qui fuse sans arrêt depuis son « Y a-t-il des lavabos là-haut ? » jusqu’à son « Ose, Anna ! » et autre « Aime-moi, Emma ! » et la dimension émouvante du thème – orphique quoique inversé…-, on peut comprendre que le public puisse être, quatre-vingt-quinze après sa création, toujours aussi emballé par Là-Haut.

© Christian Dresse

C’est justement ce type d’enthousiasme que Carole Clin parvient brillamment, mais toujours avec simplicité et comme naturellement, à communiquer au spectateur : à partir d’une élégante et efficace scénographie, signée Emmanuelle Favre, composée, selon les scènes -sur fond blanc immaculé, bleu, rose ou rouge – de nuages suspendus, de panneaux gris aux motifs orientalisants (encore à la mode pendant les Années folles…) et d’un mobilier discret pour l’acte II (un piano dont joue délicieusement Dominique Desmons), la metteuse en scène- qui s’essaie au genre pour la première fois – nous livre ici un message d’amour pour le genre du théâtre musical, souvent en forme de clin d’œil à la comédie musicale américaine dont on la sait férue. Superbement illustrée par les costumes de Katia Duflot, d’une beauté classieuse rappelant l’Hollywood de l’Age d’or, cette production va à cent à l’heure, ne laissant pas un instant de répit au spectateur, perpétuellement à la fête entre les numéros parfaitement huilés du duo Evariste-Frisotin, à la diction parfaite (Grégory Benchenafi et Grégory Juppin), les couplets à double-sens de ce dernier, se livrant au passage à une imitation désopilante de Claude François, l’entrée en scène du cousin Martel (Dominique Desmons) et le regard glacial- mais d’une beauté qui laisse couat- de Maud (Julie Morgane transformée pour la cause en Mercredi Addams, du célèbre film macabre !).

Il ne faudrait surtout pas oublier les qualités scéniques et vocales de Caroline Géa, qui a à la fois l’allure et la musicalité qui conviennent pour incarner Emma, la délicieuse épouse d’Evariste, les vocalises faustiennes de Katia Blas, Marguerite qui casse la baraque (avec un accent du terroir que l’on ne lui connaissait pas !), la bonhommie naturelle du Saint-Pierre de Philippe Fargues, levant parfaitement la jambe quand il s’agit de s’unir à un quatuor d’élues (Priscilla Beyrand, Lovénah Lhuillier, Sofia Naït, Emilie Sestier), danseuses de « chez Ziegfeld » parfaites, qui, sous les traits de Betty Boop, Marylin, Dalida ou encore Jeanne d’Arc, sortent sans doute du panthéon personnel de Carole Clin et , par là-même, de celui de spectateurs ne faisant plus qu’un avec ce spectacle jubilatoire.

Quel dommage qu’il n’y ait eu que 2 représentations… On aurait pu prendre le pari d’un spectacle qui, monté dans la capitale, aurait pu tenir des… semaines !

Illustration © Christian Dresse

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