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Les jeux de l’océan indien : un événement sous traité ?

Cjsoi

Les jeux de l’océan indien : un événement sous traité ?

Armand Launay ♦
Enseignant en philosophie.

Chaque année revient avec les alizés l’annonce de l’ouverture des Jeux de l’océan indien, un événement rassemblant depuis 1995 les athlètes des Seychelles, Djibouti, Madagascar, Mayotte, La Réunion et Maurice. Chaque année cet événement se réduit aux cris d’effroi : “oh ! L’Union des Comores a interdit aux Mahorais de défiler derrière le drapeau français lors de la cérémonie d’ouverture. C’est indigne !” Et l’on s’en tient au fait divers, cette année encore où les jeux se déroulent à Djibouti…

Faible couverture par les médias

Une recherche Internet rapide dans les actualités, le démontre : les Jeux de l’océan indien sont sous traités. Le site de la Commission de la jeunesse et des sports de l’océan indien (CJSOI), l’organisateur, n’apporte aucune information récente ; un article malgache annonce en octobre 2017 la tenue des jeux en avril 2018, un article mauricien interroge la sécurité anti-terroriste à Djibouti, un article de La Réunion traite des athlètes réunionnais, les Seychellois s’envolent grâce à Air Seychelles (merci la pub !), les Comoriens partiront avec des musiciens pour diffuser leur culture (à défaut d’exploits sportifs ?), une vidéo de Youtube montre les Mahorais défilant derrière le drapeau de la CJSOI où Mayotte est figurée dans l’archipel des Comores, un article du Journal de Mayotte porte sur l’organisation matérielle du départ et la possibilité ‒ ratée ‒ de rassembler Mahorais et Réunionnais derrière la bannière française, la ligue de foot de Mayotte qui annonce les matches de foot, quelques brèves orales le soir sur Mayotte première…
Les plus informatifs sont les Malgaches qui traitent de résultats et de l’entrainement de certaines de leurs équipes grâce à l’appui financier et technique de la Chine.

Constat : nous avons droit à des articles épars et portant peu sur les événements sportifs.
Bilan : peu de monde touché, peu d’actions supplémentaires de développement du sport français et de son rayonnement.
Mais les journalistes ne se font peut-être que l’écho de la faible action politique et diplomatique…

Le paravent de l’exploitation nationaliste des jeux par les Comores

Alors que la CJSOI prône “le rapprochement de la jeunesse des différents territoires francophones de l’océan indien”, les dirigeants de l’Union des Comores utilisent ces jeux pour revendiquer Mayotte. Chaque année, les Mahorais se voient interdire les couleurs françaises et se vengent parfois par les couleurs de leurs survêtements.

Mais est-ce un problème ?

Les jeunes mahorais sont faiblement informés par leurs parents du choix de leurs aïeux qui ont choisi à plusieurs reprises de rester Français quand leurs voisins comoriens accédaient à l’autonomie en 1974. Chaque année, aux jeux de l’océan indien, les autorités comoriennes rappellent et justifient le choix des Mahorais d’être indépendants de ce pays qui leur refuse le droit à s’autodéterminer et qui, de toute façon, n’a pas les moyens de les scolariser, soigner, nourrir et entraîner sportivement.

Enfin, les gesticulations comoriennes ont-elle changé la donne ? Empêchent-elles réellement les jeunes mahorais de concourir chaque année et de battre les athlètes comoriens ? Ont-elles permis d’annexer Mayotte ? Ont-elles amélioré le quotidien des Comoriens ?

Y a-t-il deux Frances concurrentes ?

Les autorités françaises devraient se saisir d’un tel événement sportif autant que symbolique. La décision mahoraise est bafouée chaque année. La France peut trancher et imposer que Mayotte défile sous ses couleurs (le drapeau du département mahorais est d’ailleurs sur la page d’accueil du site de la CJSOI, comme quoi c’est possible…). Autrement, la France peut rassembler Mayotte et La Réunion sous des couleurs communes. Je propose bleu-blanc-rouge ? Le Journal de Mayotte explique que les Mahorais n’ont pas assez d’athlètes pour couvrir toutes les disciplines et que le budget n’est pas extensible à loisir. Cependant, 95 mahorais concourent parmi quelque 700 sportifs. Qui plus est, la finalité des jeux est la rencontre entre jeunes : alors donnons la priorité aux sportifs français tout du long de l’année afin que les jeux de l’océan indien ne soient pas une finalité mais un moyen de progresser ! Créons les infrastructures départementales comme support de fond de tous nos jeunes et comme centre d’accueil des jeux de l’océan indien, un jour. Enfin, puisque la bannière française ne peut être interdite dans l’océan indien, défilons ensemble et faisons un pied de nez aux dirigeants comoriens et à d’autres nations telles que la Chine.

L’étoile montante de la Chine

La Chine est le premier PIB du monde. Voilà de quoi réjouir ses armées de pauvres survivant chez elle. Mais, généreuse, elle s’occupe des athlètes malgaches, du port et de l’hôpital de Moroni (Comores) et china.org s’intéresse à l’événement sportif qui nous concerne en publiant un article. Cet article, parmi des informations géopolitiques, est là pour dire : “vu ! on vous a vu Djibouti et la France !” et l’on termine l’article avec le thème “du développement de la coopération régionale.” Belle ironie si l’on considère les contestations comoriennes et la participation de la Chine au côté de Madagascar, au moins.

Y a-t-il un pilote dans la pirogue française ?

De l’entrainement commun de nos jeunes au rayonnement de notre pays ; de la concertation entre deux départements français à la défense de nos intérêts en lien avec les autres pays de l’océan indien : où est le pilote ? Y a-t-il une orientation, dans cet Est français, qui se dessine nettement ? Ou alors navigue-t-on à vue, conduits par des gestionnaires obnubilés par le quotidien entre budget prévisionnel et compte administratif, avancement de carrières et mutations, dotations budgétaires de Paris ?

Se contente-t-on d’une façade qui se lézarde quand nos concurrents montent peu à peu leurs lignes de parpaings ? Donnez-nous du souffle !

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