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Mayotte : Annick Girardin, le voyageur sans bagage

Mayotte Journalistes

Mayotte : Annick Girardin, le voyageur sans bagage

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

La Ministre des Outre-mer est arrivée à Mayotte ce dimanche soir dans le cadre de l’élaboration du Plan Mayotte. La date, juste avant le début du ramadan, est bien choisie : il n’y aura aucune manifestation ni soulèvement. La piété oblige mais cela n’empêche pas que l’île soit de plus en plus inquiète d’autant qu’avec 25 millions d’euros sur la table (le plan de développement acté) on est bien loin des quelques milliards attendus par le collectif.

Dans un sondage récent, à la question « craignez-vous que les barrages reprennent si les annonces prochaines du gouvernement ne sont pas à la hauteur des attentes ? » , les Mahorais répondent « oui » à 68 %. La fin du ramadan, ce sont les épreuves du baccalauréat, moment sensible sur l’île. Les Mahorais oseront-ils ? La Ministre doit en tout cas annoncer les mesures gouvernementales définitives ce mardi dans une conférence de presse avant de repartir pour le Conseil des Ministres mercredi.

Revenons sur les événements décisifs de ces derniers jours

Les reconduites à la frontière vers l’Union des Comores ne sont plus possibles depuis le 22 mars dernier. La France en représailles ne délivre plus de visas d’entrée et de séjour désormais à tous les Comoriens. Cela paraît ubuesque d’autant que les candidats à l’immigration ne cessent d’affluer sur le territoire. Aussi les kwassas continent-ils d’en débarquer puisque de toute façon arrêtés, les « réfugiés » sont relâchés dans la nature faute de place au centre de rétention administrative. On assisterait selon le député Mansour Kamardine a une instrumentalisation par les autorités comoriennes à des fins de politique intérieure du laxisme français dans le département. Les responsables comoriens masquent leurs intrigues politiciennes en ravivant le différend territorial dont ils usent et abusent depuis plus de 40 ans. Effectivement, le Président sortant a annoncé un référendum constitutionnel qui lui permettrait de se présenter de nouveau en 2019 tordant le cou à l’équilibre institutionnel qui a garanti la stabilité politique de l’Union des Comores depuis quelque temps.

Annick Girardin doit détailler son plan d’urgence mais que restera-t-il dans ce plan des mesures réclamées par le collectif quand on sait déjà que l’Éducation nationale par exemple ne cédera rien sur l’attractivité salariale ou les moyens supplémentaires comme la généralisation à tous les établissements de la procédure Rep+ applicable en banlieue. Les plans spéciaux du gouvernement sont pour Borloo et la banlieue française mais pas pour l’Outre-mer. Disons que les autorités ont, depuis les barrages, manifesté simplement un peu plus de fermeté à l’égard des Mahorais marchands de sommeil, histoire de les placer  en porte-faux devant leurs responsabilités et de les diviser. Ce sera forcément à terme un jeu dangereux car la population immigrée  comprendra  qu’elle devra  régler ses affaires toute seule ce que les Mahorais ont désormais compris. Seuls quelques élus vite qualifiés de « collaborateurs » (le président du département Soibahadine Ramadani, le sénateur Thani Mohamed) , croient  aux promesses gouvernementales.

Le peuple  de Mayotte  n’a pas baissé la garde. En quelques jours, une pétition contre le projet de la co-gouvernance franco-comorienne et la feuille de route diplomatique entre les deux États a recueillie plus de quatre mille signatures. Après cette pétition, une manifestation a rassemblé le jeudi 10 mai au moins 1 400 personnes (selon la police) voire 5 000 (selon les organisateurs) pour s’opposer au projet suspecté de Communauté de l’Archipel des Comores. Ce projet a été démenti officiellement par Quai d’Orsay mercredi.

Le motif du rassemblement était donc clair : le refus du projet suspecté de Communauté de l’archipel que nous avions ici même déjà évoqué . En fait, mercredi après-midi, lors de la séance ouverte à l’Assemblée Nationale, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, interrogé sur le sujet a démenti le projet  :« J’ai déjà eu l’occasion de dire dans cet hémicycle que la rumeur de création d’une Communauté de l’archipel des Comores était sans fondement. Je vous le redis ici une nouvelle fois et très solennellement. Je regrette qu’un certain nombre d’acteurs continuent de relayer, par voie de presse, ces rumeurs. Nous ne transigerons pas sur le statut de Mayotte au sein de la République française  ».

Après sept semaines de barrages et d’île paralysée, la situation à Mayotte reste donc confuse et surtout bloquée. La question de l’évolution statutaire de Mayotte est sans doute nécessaire mais  mal posée. La déclaration de Paris du 21 juin 2013 sur l’amitié et la coopération entre la France et les Comores a fixé les principaux axes de coopération afin d’aboutir au rapprochement des quatre îles et cette insertion régionale aurait été actée par le projet d’une cogestion de Mayotte avec un gouverneur comorien à Mayotte aux côtés d’un représentant français. On se croirait revenu au beau temps des colonies mais à l’envers. Si c’était le cas cela témoignerait d’un sérieux manque de vision. Sous couvert de coopération régionale, la Communauté de l’Archipel viserait à faire passer Mayotte dans le giron comorien par une « feuille de route » (entre élus comoriens complices) et un « toilettage institutionnel » (à l’initiative du conseil départemental).

Qui croire ? Estelle Youssouffa, à l’origine de la pétition ou le sénateur Thani Mohamed Soilihi qui, lui aussi, dément tout largage du département ?

En à peine 15 jours, Estelle Youssouffa consultante en affaires internationales est devenue une nouvelle figure mahoraise. Elle fit sa première apparition le 25 avril dans l’émission “Kala oi dala” de Mayotte 1ère où elle évoqua “un projet qui est proposé par le Quai d’Orsay pour construire une communauté de l’archipel, avec une co-souveraineté comorienne et française à Mayotte ». Installée à Paris, cette « journaliste » serait revenue de son propre chef il y a quinze jours à Mayotte pour alerter la population, après avoir obtenu ces informations de sources fiables à Paris. On peut à juste titre se demander par qui a-t-elle été envoyée ? Le sénateur Soilihi semble s’être aussi poser la question sachant qu’elle est passée par la perfide Albion, a travaillé pour Al Jazeera, un média qatari et fut surtout membre des French Young Leaders, lobby Us et écrit dans Foreign Affairs. Rappelons à la fois que le Qatar qui avait d’importants intérêts aux Comores en a été « chassé » par la France au profit du nouveau grand ami des Comores et de Paris, l’Arabie Saoudite et que curieusement, Estelle Youssouffa appelle dans sa pétition à abroger totalement les accords de coopération entre la France et l’Union des Comores. Par ailleurs, pour les États-Unis et dans la nouvelle configuration africaine face à la Chine, Mayotte membre du réseau Echelon doit rester dans le giron français. A noter que dès son arrivée ce dimanche, la Ministre a fait une déclaration sur le sujet : « Mayotte est français et le restera. Mayotte est un département et restera un département. Que des idées aient pu être discutées par des fonctionnaires, que des documents aient circulé en interne, c’est une chose, mais ce sont encore les élus qui décident ».

Mayotte, fin du département ? Nouvelle autonomie ?

Ne faudrait-il, pas de toute façon, s’en remettre tôt ou tard à un tiers ? S’il s’avère que la feuille de route est impraticable entre les deux gouvernements dans la dispute territoriale, portons le conflit au tribunal de La Haye et qu’on en finisse une bonne fois pour toutes ? Que les élus de Mayotte aillent plaider en effet devant l’ONU, l’Union Africaine ou ce qui est le plus souhaitable à la Haye le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, principe fondamental inscrit au cœur de la charte des Nations-Unies.

Le Président Macron, concernant Mayotte, aurait déclaré en off que « le statu quo n’est plus tenable ». Si les relations franco-comoriennes doivent être refondées, il faut passer devant une juridiction internationale en inscrivant publiquement le dossier Mayotte à l’ordre du jour dans le cadre clair de la résolution d’un litige territorial. Par le référendum du 29 mars 2009 et le statut de département, Mayotte est protégé par l’article 53 de la Constitution qui empêche une séparation de toute portion du territoire sans le consentement des populations françaises concernées.

Ce qui est certain c’est que rien ne paraît vouloir empêcher le changement de structure démographique de l’île. Il vaut donc mieux savoir que sur les principales questions concernant l’immigration clandestine et l’insécurité, le pouvoir se refuse à lever le tabou du droit du sol sur une portion de son territoire.

Une fois de plus, on comprend à Mayotte que c’est seul qu’il faudra demain défendre partout sur le territoire français la nation et l’Europe.

  1. MANUEL
    MANUEL18 mai 2018

    la France avec quelques illuminés faisant fit des régles internationales à bousculé et violé cet ensemble relativement stable sans demander l’avis du peuple Français comme pour l’Algéri Il faut en payer des concéquences tragiques et trouver un moyen avec l’ONU de
    donner l’autonomie dans un premier temps L Algérie etait bien département Français sans etre en Métropole il faut soutenir quelques autonomistes Mayotins
    Il faut préciser qu’une autodétermination pour une adhésion comme pour une sécession pour être valide et durable doit être admise par le peuple de la Nation mère.on ne nous à pas demandé notre avis comme pour l’immigration massive qui a décidé à notre place y en à marre !on n’est pas des vaches à lait

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