Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

L’éternel Van Gulik et l’increvable juge Ti : réédition de deux nouvelles enquêtes par Frédéric Lenormand

Les Nouvelles Enquetes Du Juge Ti Frederic Lenormand

L’éternel Van Gulik et l’increvable juge Ti : réédition de deux nouvelles enquêtes par Frédéric Lenormand

Rémy Valat ♦
Historien.

Robert van Gulik (1910-1967) était un diplomate hollandais en poste en Asie. Homme aux talents multiples, espion polyglotte, dessinateur, écrivain…., Van Gulik appartenait à une lignée d’orientalistes : son père était médecin militaire « aux Indes ». Robert le rejoindra à son poste à Java et y séjournera huit ans (1915-1923). De retour aux Pays-Bas, il se passionne pour les langues asiatiques qu’il a commencé à apprendre pendant son passage en Indonésie. Il apprend en particulier le chinois, le japonais et le sanscrit et ne cessera, sa vie durant, d’élargir son éventail linguistique. Docteur en lettres orientales en 1934, il intègre le corps diplomatique en qualité d’interprète : il est affecté au Japon en 1935 et commence à écrire. Pendant la Seconde Guerre mondiale, on le retrouve en Afrique (le corps diplomatique néerlandais ayant été expulsé du Pays du Soleil Levant). Il collabore avec les services secrets anglo-américains qui s’intéressent à la psychologie et à la culture de leur redoutable ennemi dans le Pacifique (c’est à ce moment que l’anthropologue Ruth Benedict rédige Le chrysanthème et le sabre). Marié à une jeune femme chinoise, son voyage de noces servira de prétexte à une mission de renseignement.

C’est pendant son détachement aux États-Unis qu’il commence la série de romans policiers centrée sur le personnage du juge Ti Jen-Tsie et sa petite équipe hors-norme (il s’agit à l’origine de la traduction d’un roman chinois, puis Van Gulik va s’approprier le personnage et mettre en scène de nouvelles aventures). Il ne cessera par la suite d’écrire de nouvelles aventures, où qu’il soit dans le monde (Pays-Bas, Malaisie, Japon). En 1965, il sera nommé ambassadeur au Japon. Il s’éteint deux ans plus tard d’un cancer du poumon.

Son héros, le Juge Ti (630-700) a bel est bien existé, c’était un fonctionnaire de la période T’ang, réputé pour son intégrité, son courage et ses talents d’enquêteur. Il est l’incarnation, avec le juge Bao (un autre personnage du même type), du juge-policier modèle. Ce sont des héros de la culture populaire chinoise. Le juge Ti est entouré de personnages typés, une petite équipe à la Vidocq d’anciens brigands convertis aux précieux talents facilitant les opérations secrètes utiles aux enquêtes du juge (arts martiaux, infiltration, etc.) : les fameux Ma Jong, Tsiao-Taï, Tao Guan), le vieux sergent Hong, sans oublier ses épouses (qui font partie intégrante des aventures). Robert Van Gulik illustrait ses romans et a su créer une atmosphère particulière.

Frédéric Lenormand (après d’autres auteurs) fait revivre le juge Ti avec beaucoup de talent et son style propre : Frédéric Lenormand est un passionné d’histoire, spécialisé dans les romans policiers historiques. Comme le fit, Robert van Gulik, il complète son récit par une brève étude historique minutieuse illustrant le contexte socio-culturel de l’enquête. Cependant, je pense que ceux qui ont lu et apprécié les romans originaux du diplomate hollandais doivent impérativement se détacher de leurs anciennes lectures : Frédéric Lenormand est un héritier de van Gulik avec son style bien à lui : Van Gulik est imitable, mais difficilement égalable, c’est toute la difficulté de la reprise d’une œuvre originale. Ceux qui en revanche aborderont les péripéties du juge sous la plume de Frédéric Lenormand (et s’il sont de surcroît férus d’histoire) passeront un agréable moment, l’auteur ne manque pas d’humour.

Deux enquêtes du Juge Ti : Divorce à la chinoise et Meurtres sur le fleuve jaune ont été rééditées l’année dernière aux éditions du Points.

 

Répondre