Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

Contre la Communauté de l’Archipel des Comores. Des Accords de Matignon pour Mayotte

Mayotte 16.03

Contre la Communauté de l’Archipel des Comores. Des Accords de Matignon pour Mayotte

Zaïdou BAMANA ♦
Journaliste.

La manifestation de ce jour contre le projet de Communauté de l’Archipel des Comores (CAC) se situe dans la continuité des deux mouvements revendicatifs qui ont marqué l’île de manière indélébile ces derniers mois :

  • la mobilisation contre la feuille de route du Haut Conseil paritaire (HCP) France-Comores qui a rassemblé place de la République près de 20.000 personnes, protestation contre la libre circulation des personnes entre l’Union des Comores et le Département de Mayotte et la gratuité du visa d’entrée des ressortissants comoriens sur le territoire mahorais ;
  • la grève contre les violences et l’insécurité qui a paralysé l’île pendant quatre semaines et justifie le bras de fer engagé avec l’Etat pour le contraindre à assumer pleinement ses fonctions de souveraineté, notamment la défense du territoire, le contrôle des frontières et la lutte contre l’immigration clandestine, ainsi que ses missions régaliennes de justice, de sécurité des personnes et des biens.

Couronnement de deux soulèvements populaires successifs, dont les motivations insurrectionnelles sont complémentaires, cette mobilisation s’inscrit par ailleurs dans deux temporalités :

– d’une part, la présence sur le territoire de la mission interministérielle mandatée par le gouvernement, chargée de négocier une sortie de crise honorable par la mise en place des mesures d’urgence sécuritaires et l’élaboration d’un Plan de développement pour Mayotte ;

– d’autre part, la mise en œuvre du « toilettage institutionnel » présenté comme indispensable dans le prolongement d’une départementalisation « progressive et adaptée » et désormais inscrit au programme de la révision constitutionnelle voulue par le gouvernement impactant l’ensemble des collectivités d’outre-mer.

Au regard de son environnement organisationnel et sociétal, la mobilisation déclenchée par la militante Estelle Youssoufa, digne héritière des Chatouilleuses, avec le concours de l’Intersyndicale, du Collectif des citoyens et des Femmes leaders, s’ébranle dans un contexte de crise morale, sociale, économique, politique, institutionnelle et diplomatique.

La « marche blanche » : un cri de cœur pour la France, une ambition pour Mayotte

Au-delà des circonstances contestataires qui l’exigent, de son objet protestataire, de sa légitimité revendicative et de son caractère patriotique, la mobilisation frondeuse, pour être concrètement profitable aux Mahorais et aux Mahoraises, doit affirmer une forte ambition pour Mayotte.

« Demeurer français, défendre le statut de Mayotte, écarter un destin commun avec l’Union des Comores » : c’est le message clair que les manifestants adressent au gouvernement de la France. Ce message rassembleur, déjà porté à la connaissance des autorités nationales, prend tout sens lorsqu’on lui assigne la noble ambition qui consiste à bâtir un nouveau pacte avec la République, lequel repose sur un vrai projet de développement pour Mayotte dans la France et dans l’Union européenne.

C’est ce projet d’avenir, expression de l’âme multiséculaire de Mayotte, de son identité particulière, de son histoire singulière, de la conscience politique mahoraise qui permettra d’unir les différentes composantes de la communauté insulaire dans la quête d’une stabilité mise à mal par l’immigration invasive et les velléités de colonisation comorienne agressives.

Ce projet novateur, élément de réponse à une paupérisation croissante due à la pression migratoire, a d’abord un rôle catalyseur : passer du rassemblement du peuple mahorais à l’unité de ses élites et de la société civile. Ce projet novateur, rempart contre l’abandonnisme de la France, a ensuite une vocation constructive : renouer la confiance avec l’Etat, impulser le progrès économique et garantir la cohésion sociale.

Enclenché dans cet esprit combattif, la « marche blanche » est l’occasion de lancer un appel à la ministre de l’outre-mer Annick Girardin pour lui dire, avant son arrivée dimanche, que cette procession, porteuse d’espoir, est une communion, un cri de cœur, le point de départ d’un enchaînement vertueux, lieu d’expression de la demande d’élaboration d’un projet inclusif, sécurisant, libérateur et rédempteur, conçu pour Mayotte afin de renouer avec une prospérité contrariée par les effets récessifs et régressifs des migrations de survie.

En ce sens, et par delà la pétition adressée au président de la République, la mobilisation pose une question à laquelle aucun des protagonistes de la grève générale n’a répondu pour le moment !. Quel est l’objectif final de la négociation conduite par le préfet Philippe Sorain, médiateur du gouvernement ? Quel est le but commun de la mission interministérielle dépêchée par le Premier ministre Edouard Philippe ?

La finalité : une Loi programme pour le développement de Mayotte

Le défilé a semble-t-il, par le nombre des participants et les commentaires entendus ici et là, répondu à ces interrogations : la finalité c’est la Loi de programmation pour le développement de Mayotte. C’est notre meilleure garantie pour le court, moyen et long terme. Le vote d’un texte de loi suppose une méthodologie, un parcours législatif, une volonté gouvernementale.

Un Plan de développement n’a aucun caractère contraignant. Il peut être élaboré de manière consensuelle ou restrictive. Il peut servir à une fin ou finir au placard. Ce Plan n’aura de valeur absolue que s’il est sanctionné par des Accords de Matignon, préalable à l’élaboration d’une loi comportant des mesures législatives adaptées à la situation spécifique de Mayotte et des réalisations concrètes répondant aux besoins de la population, financées dans un cadre contractuel et programmées selon un calendrier réaliste.

Dans un communiqué récent, l’assemblée des CESER de France, troisième institution de la République, a appelé solennellement le gouvernement à œuvrer pour « l’application effective et immédiate à Mayotte des lois de la République garanties par la Constitution française ».

Tel est le devoir de la mission interministérielle. Syndicalistes, représentatifs de la société civile, responsables associatifs, acteurs économiques, élus locaux, parlementaires, activistes ont eu avec les hauts-fonctionnaires des échanges approfondis sur :
– les mesures d’urgence prises pour la sécurité dans le respect des engagements du ministre de l’Intérieur ;
– les décisions de fond à prendre pour l’avenir de Mayotte et l’amélioration de la vie quotidienne des habitants.

Ces discussions ont été engagées dans le respect d’une feuille de route visant à :
1) établir une méthode de travail efficace, transparente et partagée, accompagnée d’une évaluation.
2) rendre compte au Premier ministre et à la Ministre des Outre-mer des travaux et des propositions concrètes pour répondre aux aspirations légitimes des compatriotes mahorais.

A ce stade, la visite de Mme Girardin est une étape décisive dans le processus de validation du travail effectué par les missionnaires, mais en aucun cas un point final de la concertation avec les acteurs locaux. Voilà pourquoi il apparaît essentiel, à la suite de la mobilisation contre le projet de Communauté de l’archipel des Comores, de se prémunir des préconisations aventureuses de quelques diplomatiques mal intentionnés à l’égard de Mayotte, fussent-ils proches du cabinet du chef de l’Etat.

Pour cela, il s’avère important de poser des verrous, c’est-à-dire de conditionner l’approbation du Plan de développement à trois engagements régaliens :
1) Sanctionner le document interministériel par des Accords de Matignon ;
2) Transformer ces Accords en Loi programme pour Mayotte ;
3) Programmer la visite du Président de la République.

Cette procédure a le double avantage pour les autorités de l’Etat, d’affirmer l’indépendance de la France face à la pression diplomatique qu’elle subit et sa volonté d’accompagner l’aménagement et le développement du territoire, et pour les autorités mahoraises, d’assumer la départementalisation et prendre en main le destin des jeunes générations.

Répondre