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Et si le futur bac n’avait plus de matières ?

Education France Finlande

Et si le futur bac n’avait plus de matières ?

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

Considéré comme l’un des meilleurs systèmes éducatifs au monde, le système finlandais est le modèle de toutes les réformes pédagogiques de l’Education nationale. Aussi importe-t-il de suivre de près ce qui s’y passe.

Ainsi, le gouvernement finlandais a-t-il décidé d’entreprendre une véritable révolution de son système scolaire en supprimant les matières scolaires avant 2020. Il n’y aura désormais plus de cours de physique, de mathématiques, de littérature ou d’histoire-géographie. La ministre de l’Éducation à Helsinki, Marjo Kyllonen, a expliqué ces changements de la façon suivante : «Il y a encore des écoles où l’on enseigne selon des méthodes anciennes, qui fonctionnaient au début du XXème siècle. Mais aujourd’hui les besoins ont évolué et nous devons créer quelque chose qui soit adapté au XXIème siècle».

Au lieu d’avoir des matières distinctes, les élèves apprendront les événements et les phénomènes dans un cadre pluridiscipinaire. Par exemple, la Seconde Guerre Mondiale sera étudiée d’un point de vue historique, géographique et mathématique. C’est le triomphe de ce qu’on appelle dans le métier “l’interdisciplinarité”, le grand dada des nouveaux inspecteurs. Et pendant le cours “Travail à la cafétéria”, ou “classe inversée”, les élèves assimileront leurs connaissances complexes d’anglais, d’économie et de communication pour appliquer ensuite leurs “compétences”.

Ce système sera appliqué aux étudiants de dernier cycle, à partir de 16 ans. L’idée est que chaque élève choisisse le thème ou le phénomène qu’il souhaite étudier selon la notion de son utilité pour sa vie et son avenir. De cette façon, les adolescents n’auront plus à étudier des cursus complets de physique ou de chimie en se posant cette éternelle question : «A quoi bon apprendre tout ça?» ou «Pourquoi ai-je besoin de savoir ça?»

Le format traditionnel “professeur-élève” va également évoluer. Les étudiants ne seront plus assis derrière leurs tables en attendant qu’on les interroge. A la place, le travail en petites équipes et l’explication de problèmes seront développés. Le système éducatif finlandais encouragera le travail en équipe, si bien que les transformations du travail concerneront aussi les professeurs qui, en fait, à terme pourront disparaître, tels les robots-profs de langue du système coréen. La réforme scolaire va requérir plus d’interaction entre les professeurs des différentes matières qui eux-aussi devront apprendre à travailler en groupe. Environ 70% de tous les professeurs d’Helsinki ont déjà suivi une préparation pour savoir exposer l’information sous cette forme, et leur salaire sera revu à la hausse.Le système éducatif finlandais doit être complètement rénové à l’horizon 2020.

En 2020, le nôtre lancera le nouveau bac et, imitant de loin le modèle finlandais, les technocrates de l’Education pensent à un emploi du temps des élèves à la carte, au zapping des cours dans un lycée régionalisé et multicartes, à l’essaimage du savoir sous le logo de l’interdisciplinarité ou de la méthode d’Edgar Morin. Pourquoi pas ?

Mais qui connaît tout, finalement ne sait rien ou en tout cas pas grand-chose. Il ne restera au final que wikipédia.

  1. je hais les cookies
    je hais les cookies31 mai 2018

    “selon la notion de son utilité pour sa vie et son avenir.” Voilà ! on a compris !
    Fini la culture générale ! fini le savoir gratuit (et la base de culture commune que les gens puissent partager et les s rattacher à leur passé commun), fini la construction de soi-même en dehors de tous les avatars de la vie économique (et exploitée) on n’apprendra pus que ce qui servira à se rendre “employable” à être un futur bon esclave rentable pour son futur employeur, à être une bonne “pute” qui saura “se vendre” sur le “marché” du travail ! si vous voyez le topo !

  2. jipebe29
    jipebe2931 mai 2018

    L’apprentissage se fait par la répétition, le travail personnel, l’effort, les exercices et problèmes d’application (en sciences), par la transpiration (surtout en sport, mais pas seulement…) Faire papillonner les élèves, sans structure d’apprentissage, comme le prévoit l’Education Nationale finlandaise c’est un rêve de techno-bureaucratie dont on peut dire dès à présent que les résultats seront particulièrement catastrophiques. On a vu en France les résultats piteux des techniques pédagogiques débiles de nos Grands Penseurs, charlatans du pédagogisme.

  3. Elisabeth ROLLAND
    Elisabeth ROLLAND31 mai 2018

    Quand on connaît le peu de maturité de la plupart des humains Occidentaux à 16 ans, en pleine adolescence, dans une société où la plupart ont été protégés de beaucoup d’aléas de la ville, des perturbations dues à leur changement physique, imaginez qu’ils savent ce qu’ils feront adultes me paraît utopique. De plus, selon le métier qu’ils auront choisi, parce qu’ils devront faire un choix tôt ou tard, il leur faudra combler leurs lacunes et le temps d’études en sera allongé d’autant. Un architecte avec seulement de vagues notion de résistance des matériaux? De confuses connaissances en géométrie…

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