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Deux objectifs majeurs pour la France de demain

France Demain

Deux objectifs majeurs pour la France de demain

Yves Marie Laulan* ♦
Économiste,
Président de l’Institut  de Géopolitique des Populations.

Le gouvernement gère notre pays au quotidien , tant bien que mal, si on en juge par l’interminable grève de la SNCF ou les ratés de la nouvelle méthode de sélection pour l’entrée à l’université, dont on attendait des merveilles. Mais, cependant, rien n’interdit de lever le regard afin de le porter sur des perspectives plus lointaines mais également impérieuses . Elles sont étroitement tributaires de deux dossiers fondamentaux trop longtemps négligés, la défense nationale et la démographie. Evidemment, ces sujets ne font pas « la une » de la presse. Et pourtant c’est bien là que s’inscrit l’avenir de la nation.

La défense nationale constitue une priorité majeure.

Le projet retenu par les experts officiels de porter à 1,9 % du PIB en 2022 et à 2% en 2025 l’effort de défense de notre pays serait tout à fait raisonnable en temps normal. Mais, précisément, nous ne traversons pas des temps ordinaires. Après des lustres de négligence coupable, cet objectif parait bien en deçà du nécessaire et même de l’indispensable

En un mot comme en cent, les pays européens , qu’ils soient membres ou non de l’OTAN, ne disposent pas de capacités de défense digne de leur histoire ni à la mesure des périls qui se profilent à l’horizon.

L’Europe est sans défense. Elle risque fort de le payer très cher, tôt ou tard. Pendant des décennies, grâce à, ou à cause de la protection américaine, les pays européens se sont crus dispensés de faire l’effort financier nécessaire à leur défense. Cela est particulièrement vrai de l’Allemagne . (Laquelle ayant été sérieusement « corrigée » par les Alliés en 1945 fait la mauvaise tête et se croit dispensée de financer sa défense extérieure « pour l’éternité »). Ce même réflexe irresponsable se retrouve au Japon, autre grand vaincu du dernier conflit mondial.
Cela est également vrai, mais à un moindre degré heureusement , pour notre pays.
Rien ne prouve, en effet, que l’ennemi extérieur aura le bon goût d’attendre patiemment que la France ait mis à jour son dispositif de défense pour faire sentir son poids.

Rappelons au passage quelques pourcentages significatifs des dépenses de défense dans le monde, soit 3,6 % du PIB aux Etats-Unis, 5,4 % en Russie, 5,4 % en Israël , 2,4 % en Inde, 2,17% en Grande Bretagne et 2,2 % en Pologne. Et n’oublions pas que le monde traverse depuis quelques années une période de réarmement, bien apparente dans la plupart des pays, -sauf en Europe- . En d’autres termes, la France est clairement à la traîne.

D’une part, le danger extérieur vient de l’Est avec une Russie qui veut réaffirmer son rang de puissance de rang mondial. Elle entend aussi compenser, sur le plan extérieur, la médiocrité de ses performances économiques intérieures, vieux réflexe classique d’un régime autoritaire menacé de sénescence.

D’autre part , et surtout, il y a le péril d’un terrorisme qui va subsister et se perpétuer à l’état latent. Qu’il s’agisse de Daesch, d’Al Quaida ou de ses diverses manifestations, l’islamisme radical ne va pas disparaître de lui-même . Bien au contraire, avec l’énorme poussée démographique en cours au Moyen-Orient et aussi, et surtout, en Afrique noire , le péril ne peut que se renforcer au fil du temps, comme une hydre toujours renaissante sous des formes multiples.

Enfin, et cela ne devrait pas être la moindre de nos préoccupations, l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche sonne, d’une certaine manière, le déclin ou même la fin du protectorat américain. Par le truchement de l’OTAN , il a protégé l’Europe du péril extérieur pendant plus de 70 ans. L’Amérique va se recentrer sur elle-même et se tourner de plus en plus vers le Pacifique dans le cadre d’un nouvel accès d’isolationnisme dont l’histoire des Etats-Unis nous a si souvent donné le témoignage.

Le malheur veut que l’Europe et notre pays, loin de profiter de ce répit inespéré pour renforcer leur posture de défense, ont choisi l’inverse, la voie de la facilité, celle qui consistait à consommer les « dividendes » de la paix. Il faut aujourd’hui combler sans retard ce déficit de ressources.
Le renforcement de notre effort de défense est d’autant plus opportun que nos économies bénéficient encore, mais pour peu de temps sans doute, d’une inflation relativement modérée. Mais tout porte à croire qu’il ne s’agit que d’une pause dans la progression séculaire des coûts de la défense. Or l’inflation est le mal secret qui ronge de l’intérieur tous les plans de défense pour les vider de leur substance.
En conséquence, de plus en plus, l’Europe, et la France , devront prendre leur défense en mains pour assurer leur sécurité, sauf accepter de soumettre à la loi de l’étranger.

Il serait donc souhaitable, d’une part, d’augmenter considérablement le montant de l’effort de défense et, d’autre part, de raccourcir sensiblement les délais de sa mise en application. Il ne serait pas excessif de viser un objectif plus ambitieux de 2,5 % du PIB pour 2022 ou à la rigueur, 2025. La vigueur de la reprise économique en France devrait autoriser une telle orientation .

Le second problème concerne la démographie de la France qui conditionne le visage de la France de demain.

Il est manifeste que les chiffres publiés par l’INSEE, et repris par l’INED dont les orientations sont bien connues depuis le départ du regretté Gérard Callot , sont éminemment trompeurs. Il en ressort selon cette source que les taux de fécondité de notre pays sont tout à fait favorables et que la relève de la population est assurée sans problème. En effet, avec un taux de fécondité proche de deux enfants par femme, la France serait assurée d’un taux de reproduction à l’identique.

Mais l’on oublie commodément de rappeler, pensée unique oblige, que ces statistiques sont gonflées par la surfécondité de ménages issus de l’immigration en grande majorité de confession musulmane. Cette communauté constitue désormais une composante significative et croissante de la population de notre pays. Les attentats qui ont ravagés la France depuis presque deux années ont mis en lumière, s’il en était besoin, les dangers de conforter au sein de la société civile une communauté dont certains éléments ne manqueront pas de sombrer à l’occasion dans l’Islam radical et cela pour des raisons multiples .

Il faut donc d’une part de mettre en œuvre la relance de la natalité, surtout en faveur des classes moyennes qui ont été longtemps systématiquement défavorisées et qui constituent, qu’on le veuille ou non, la colonne vertébrale de la nation.

En premier lieu il importe de réorganiser le dispositif d’aide à la famille mis en place en 1947 au lendemain de la guerre mais qui a été progressivement démantelé par une succession de gouvernements hostiles ou indifférents à cette problématique.
Il ne faut pas que les allocations familiales soient détournées de leur objectif qui n’est pas de fournir un revenu d’appoint à des ménages défavorisés, ou à des étudiants en complément de loyer, mais de permettre aux familles qui le veulent d’élever dignement leurs enfants. Il serait donc souhaitable d’associer les allocations familiales aux salaires et d’une façon générale, aux revenus obtenus par le travail. Peut-être même pourrait-on en confier la gestion à l’employeur.

En second lieu, c’est à juste titre que le gouvernement se propose de mieux maîtriser les flux migratoires vers le territoire national. C’est une mesure hautement souhaitable et trop longtemps différée, par manque de courage politique, dont il faut savoir gré au gouvernement malgré l’opposition acharnée des « lobbys pro migratoires. Et Dieu sait s’ils sont actifs et vociférant. Car ils savent fort bien qu’à terme leur accès au pouvoir politique passe par là .

Mais il serait opportun d’aller plus loin.

1. Il importe de remettre à l’honneur les instruments classiques d’enregistrement des mouvements de population On pense ici, bien sûr, aux recensements traditionnels, qui ont été supprimés sous le fallacieux prétexte, de « faire des économies ». On a ainsi remplacé les recensements par de vagues enquêtes partielles et épisodiques qui ne donnent qu’une idée approchée du volume et de la composition de la population française. En fait, cette mesure absurde a eu pour résultat de casser l’instrument de mesure de façon à « brouiller les pistes » , comme on casse un thermomètre pour ne pas connaître la température.

Le résultat le plus clair est que la France ne connait pas, à un ou deux millions près, voire davantage, le volume ni la composition de la population qui réside dans notre pays. La France à cet égard, n’est guère mieux loties que la plupart des pays africains , ou Haïti ou la majeure partie des pays d’Amérique latine. Nous avons les instruments démographiques d’un pays sous développé.

2. Le second point est la réorganisation radicale de l’INED, l’Institut national d’ études démographiques , placé sous la tutelle du Ministère des Affaires sociales.

Depuis des années, très exactement depuis le départ de l’éminent démographe qu’était Gérard Calot, l’INED a été soumise à l’influence d’un groupuscule de démographes politiquement orientés qui se sont attelés à tronquer ou déformer les données démographiques dont ils avaient la responsabilité de traiter et de diffuser dans le public.

Or la presse, depuis toujours, absorbe sans le moindre examen critique, -et cela se comprend car ce n’est pas son métier-, les éléments d’information qui lui sont fournis par l’INED, lesquels sont « recyclés » dans le public sans correction ni redressement . Et c’est ainsi que, depuis des années, l’opinion publique en France est abusivement trompée sur l’état de population et l’évolution des mouvements démographiques dans notre pays.
Il importe donc de revoir radicalement les programmes et les méthodes de l’INED ainsi que la façon dont sa direction s’attache à les mettre en œuvre. Sinon la confusion installée depuis des années va se perpétuer. Le premier objectif est d’y voir clair. Pour cela la réorganisation de l’INED est essentielle. Ce serait le devoir du gouvernement issu des élections de la mettre en œuvre.

*Yves Marie Laulan, ancien professeur à ScPo, à l’ENA et à Paris 2, a été président du Comité économique de l’OTAN chargé de suivre l’effort de défense de l’Alliance Atlantique et longtemps conférencier à l’Ecole supérieure de guerre. Il est aujourd’hui le président de l’Institut de Géopolitique des Populations à la suite de Jacques Dupâquier , membre de l’Institut.

  1. MONTENAY
    MONTENAY7 juin 2018

    Tout à fait d’accord avec les grandes lignes de l’article, même si par ailleurs je suis moins pessimiste (je n’ai pas dit optimiste) que l’auteur sur le détail de l’évolution démographique. Je partage notamment la « perplexité » quand au fonctionnement de l’INED, dont l’ancien directeur a été promu au collège de France

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