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Les guerriers de la plus grande Asie : réédition du livre de Jean Mabire, préface de Rémy Valat

Samourai

Les guerriers de la plus grande Asie : réédition du livre de Jean Mabire, préface de Rémy Valat

Rémy Valat ♦
Historien,
Préfacier de la réedition de l’ouvrage de Jean Mabire.

Fabrice Dutilleul : Rémy Valat, pourquoi les éditions Déterna ont-elles décidé de rééditer ce livre ?
Rémy Valat : Pour de multiples raisons. Tout d’abord parce que 50 ans après les événements de 1968 dont les conséquences sur les mentalités se font lourdement sentir aujourd’hui, il nous a paru opportun avec Philippe Randa de rappeler aux héritiers de ce mouvement qu’il est toujours interdit d’interdire. D’aucuns voudraient brûler Jean Mabire. Ces livres ont été mis à l’index par le comité de lecture du Mémorial de Caen pour apologie de l’armée hitlérienne. Combien d’auteurs devrait-on sanctionner de la même manière pour apologie des crimes de guerre d’Ernesto Guevara de la Serna, dont le portrait emblématique est devenu le phénomène commercial d’un esprit révolutionnaire bon marché ? Jean Mabire cherchait-il à promouvoir le nazisme ou les valeurs combattantes de la Waffen SS ? Bien sûr que non : Jean Mabire a écrit sur de nombreux sujets concernant la Seconde Guerre mondiale et les traditions européennes. Jean Mabire était plutôt (valeur hautement louable) un anti-communiste et un défenseur de l’identité européenne, d’où son attrait pour cette thématique et en particulier les combats sur le front de l’Est.

Surtout, n’oublions pas que Jean Mabire a été officier de parachutistes et qu’il a ensuite servi en Algérie à la tête d’un commando de chasse mixte franco-musulman. Il a pour cela été décoré de la Croix de la valeur militaire, de la Croix du combattant et de la Médaille commémorative des opérations de maintien de l’ordre en Algérie. Le soldat-écrivain aimait les hommes d’action et leur état d’esprit. C’est son expérience de la guerre qu’il couche sur papier en la transposant à d’autres acteurs des conflits du passé. En somme, pour lui, l’écriture était la continuation de la guerre par d’autres moyens…

Jean Mabire

Et ensuite ?
Un autre facteur important m’a conduit à préfacer cet ouvrage : l’interprétation “mabirienne” de l’histoire japonaise recoupait celle de Dominique Venner, qui s’est donné la mort en 2013 à la cathédrale Notre-Dame-de-Paris. Son livre posthume, Un samouraï d’Occident (éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2013) par son titre et par son contenu (chapitre 3) prend pour modèle ce Japon « méconnu » source de multiples interprétations et contradictions (que j’analyse dans ma préface). Cette tragique disparition se voudrait l’écho du geste ultime de Mishima Yukiô, mais Dominique Venner était radicalement différent : il a pris les armes à 17 ans et a participé à la guerre d’Algérie, puis à la vie militante, avant de devenir auteur (ce qui le distingue de Mishima qui a d’abord fuit ses devoirs militaires et a aussitôt, le succès venu, vécu confortablement selon les valeurs de la société de consommation, qu’il vînt plus tard à critiquer).

L’engagement de Dominique Venner était réel, un idéal qui a animé toute une vie de la jeunesse à la mort. Si j’appelle à lire son testament littéraire son bréviaire des patriotes, il ne convient pas de suivre son geste ultime. Si son sacrifice a donné naissance à un mouvement de renouveau européen (l’Institut Iliade), son suicide, qui a été accompagné comme le fît Mishima par la parution d’un livre, pourrait être source d’un malentendu : pour le grand public, les samouraïs ou les soldats japonais dans le Pacifique étaient des jusqu’au-boutistes qui se donnaient la mort dans un contexte de défaite inévitable. Or, je pense que la situation politique et sociale en Europe et en France ne sera jamais désespérée à la seule et unique condition que ses meilleurs éléments restent actifs. Car, c’est bien un problème démographique et moral qui est à l’origine du déclin européen…

Qui sont ces grands guerriers ?
Les guerriers de la plus grande Asie rassemble des biographies de figures historiques qui ont participé à des degrés divers au programme d’expansion du Japon en Asie. Une expansion qui en dépit d’une volonté évidente de fonder un empire colonial (ayant eu pour corollaire une politique de pillage économique) avait aussi pour ambition de libérer les peuples asiatiques de l’impérialisme occidental. Dans ce but, en 1938 avait été émise l’idée de la création d’une communauté économique asiatique sous tutelle japonaise (la Sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale) qui regrouperait les pays progressivement intégrés à l’empire nippon au fil des conquêtes militaires. Le mode d’occupation et de coopération prit diverses formes allant de la mise en place et l’assistance à des régimes collaborateurs (c’est le cas du seigneur de guerre chinois, Tchang So-Lin) au soutien de partis nationalistes en vue de leur indépendance (l’Indien Subhas Chandra Bose).

Les Japonais qui soutinrent très tôt les mouvements sécessionnistes susceptibles d’affaiblir l’empire russe (puis bolchévique) sur l’Asie orientale apportèrent leur soutien aux Russes blancs, en particulier à Grigori Semenov, qui en réalité opérait pour son propre compte. Ce dernier, comme Tchang So-Lin, recevait de Tôkyô fonds et armement nécessaires à la concrétisation de son rêve de création d’un domaine sous sa coupe. En revanche, son subordonné, Unger von Sternberg dont il est question dans cet ouvrage n’a probablement jamais directement collaboré avec le Japon, mais a utilisé pour équiper ses troupes une cache d’armes que lui avait indiqué son supérieur.

Outre, Tchang So-Lin, Subhas Chandra Bose (le chapitre le concernant a été écrit par Christophe Dolbeau, ce texte est fondammental car la surmédiatisation de Gandhi éclipse le mouvement indépendantiste conduit par Chandra Bose) et le baron Unger von Sternberg, les figures japonaises ici présentées sont au nombre de quatre. Il s’agit tout d’abord des deux héros de 1905 : le général Nogi Maresuke et l’amiral Tôgô Heihachirô qui ont remporté la victoire sur terre (Port Arthur) et sur mer (Tsushima) face à la Russie. Cette victoire décisive est probablement l’acte de naissance du XXe siècle qui annonce l’entrée de l’Asie dans le concert des nations et l’avènement du communisme mondial (même si la révolution de 1905 est un échec, elle préfigure celle de 1917).

Enfin, Jean Mabire a rédigé la biographies de deux grandes figures de la Guerre de l’Asie Pacifique : Yamashita Tomoyuki, le vainqueur de l’armée britannique à Singapour (1942) et au général Ônishi Takijirô, qui créa le corps des pilotes suicides japonais, les pilotes tokkôtai.

Les guerriers de la plus grande Asie, de Jean Mabire, préface de Rémy Valat, aux éditions Déterna , 274 p, 29€

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