Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

Mayotte : après les rafales de séismes,  toujours l’insécurité générale et l’immigration clandestine

Mayotte Journalistes

Mayotte : après les rafales de séismes,  toujours l’insécurité générale et l’immigration clandestine

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

Étonnant ce qu’on reçoit dans le genre « je ne vous savais pas si loin mais surtout en situation si critique ». Les Français ignorent tout de cette information jamais entendue sur les chaînes radio et les TV nationales à savoir que depuis le 10 mai, le cent unième département français est touché non plus par une crise sociale sociale sans précédent mais aussi par une crise météorologique. Effectivement, rien aussi à la radio sur RFI et France Info.

Pour votre information, les secousses sismiques se poursuivent à Mayotte et sont permanentes au point que, vues les circonstances, on en évoquerait presque le grand sage chinois Han Wudi : « Quand le grand désordre s’étend sous le Ciel, nul ne peut prévoir le dénouement  ». Les faits sont pourtant là au point que trois experts (ah les experts!!!) sont arrivés vendredi à Mayotte pour accompagner les services de l’État dans la gestion du phénomène. Ce sont en effet près de 850 tremblements de terre qui ont été enregistrés depuis trois semaines, faisant une vingtaine de blessés légers.

L’État se préparerait donc maintenant à un scénario catastrophe, improbable selon les scientifiques. Les familles de gendarmes et de certains expatriés sont même déjà rentrés en métropole pour les vacances d’été. Les services de secours de Mayotte sont en alerte et ceux de La Réunion et de la métropole en pré-alerte. L’ensemble des moyens qu’on pourrait envoyer ont été recensés et certains même déjà rassemblés dans des hangars de la Croix Rouge mais pour le spécialiste du Bureau de recherches géologiques et minières, il n’y aura pas de “big one” c’est-à-dire un tremblement de terre de magnitude 7 ou 8 qui ferait immédiatement tomber les immeubles. On ne parle en tout cas plus d’essaim mais de “rafale de secousses”, les secousses se succédant à un rythme infernal (entre 4.5 et 5 de plus en plus régulièrement) pour une zone qui, il y a quelques mois, ne dépassait jamais 3 sur l’échelle de Richter. Le pic sismique de 5,8 et 5,9 a déjà été atteint. Les spécialistes sont pourtant formels. On ne pourrait avoir, vue la longueur de la faille, une magnitude plus élevée. On sait que cette longueur est courte parce qu’on n’a pas identifié dans l’arc comorien des longueurs de failles qui pourraient générer des séismes supérieurs à 6 mais par contre, on ignore bien la profondeur du phénomène puisque la profondeur indiquée (10 km) n’est qu’une hypothèse approximative. Pour être complètement rassuré, il nous faudrait donc connaître cette profondeur et mesurer la remontée du magma. Cela suppose envoyer des instruments de mesure adéquats autres que des sismomètres dernière génération. Nonobstant comme aime à le répéter nos spécialistes « la sismologie n’est pas une science exacte » !

Le scénario des séismes en question avaient été décrits avec une certaines prévision dans une étude internationale de prévision datant de 2004, accusant la continuité de la formation de l’archipel des Comores, correspondant à une rupture le long de plans de failles, de l’écartement de la plaque malgache qui se détache de l’Afrique mais il y aurait peut-être ici conjonction avec des phénomènes volcaniques sous-marins sur lequel on ne dispose d’aucune précision. L’essaim puis la rafale de séismes serait alors en lien avec un écoulement magmatique en profondeur mais selon Bastien Colas, spécialiste sur place, il n’y aurait pas création d’un volcan et formation d’une énième île de l’archipel. Le 18 juin, le BRGM  va installer deux sismomètres large bande sur l’île. Ce sont les Ferrari des capteurs. Par ailleurs, une station vient de s’ouvrir mercredi dernier aux Comores complétant l’autre station de Madagascar. L’installation d’hydrophones, des stations en mer, se dessine également, pour acquérir un nouveau type d’ondes.

En fait la préfecture est surtout inquiète des dégâts provoqués dans les constructions. Les bâtiments surtout officiels et publics sont tous à peu près fissurés. Le préfet a bon dos d’accuser l’autoconstruction qui ne passe pas forcément par des architectes, des entreprises autrement dit de mettre en cause les constructions des Mahorais. C’est un préjugé grossier. Bien au contraire, les maçons mahorais sont précautionneux et chargent en ciment et en fer (12 au lieu de 10 à la Réunion) car ils envisagent toujours de rajouter à l’avenir des étages à leurs maisons pour leurs enfants. C’est donc bien les chantiers officiels, ceux des grandes entreprises du bâtiment qui laissent souvent à désirer. Les immeubles des Hauts-Vallons quartier résidentiel pour expatriés ont de gros défauts de structure.  Ailleurs, ce sont des écoles construites il y a deux ans qui se fissurent en raison de ciment avarié ou d’économies faites sur les matériaux.

Quand le Léviathan n’est plus là, se faire justice soi-même…

A part cela, les réjouissances de l’insécurité se poursuivent. Des jeunes de Kawéni se sont rendus à Passamainty pour disputer un merengue. Ce genre de danse de combat de type “capoeira” a cours dans les villages mais ce jour là, la manifestation a  dérapé lorsque plusieurs jeunes ont caillassé des voitures. Samedi soir, rebelote et un habitant est aux urgences en soin intensif après avoir reçu un coup sur la tête. A la suite de cet incident grave, une partie des habitants du village se sont rendus dans le quartier pour déloger des habitants qu’ils accusent être de la famille des jeunes délinquants. Six bangas ont été détruits. Nous sommes donc de nouveau dans des actions où les habitants se font justice eux-mêmes, par laxisme des autorités avec tous les risques de violences et de débordements, qui en découlent.

Samedi 26 mai ce sont les gendarmes qui ont été caillassés à Longoni et ont dû faire usage de grenades de désencerclement et de grenades lacrymogènes. Vingt minutes plus tard, d’autres gendarmes étaient mobilisés à Tsingoni face à des caillassages suivi par près de 75 jeunes. Certes, les contrôles d’identité continuent pour – nous dit-on – assurer la présence de l’État sur le territoire et mettre la pression sur les filières mais tout cela n’est effectué qu’en dépit de la suspension des éloignements vers les Comores. Aussitôt arrêté, aussitôt relâché car Jean-Yves Le Drian n’a toujours pas réglé le différent diplomatique avec l’État comorien. On peut s’interroger : craindrait-on les gris-gris comoriens responsables des secousses sismiques selon les imams locaux ou tergiversons-nous en lorgnant avec Total sur les énormes gisements pétrolifères de la région ? Alors, si c’est le cas, fondons la nouvelle collectivité franco-comorienne au plus vite, réconcilions les peuples entre eux et construisons avec l’or noir un nouveau Dubaï français à Moroni avant que les Chinois ne débarquent et ne nous volent la poule aux œufs d’or.

A noter

Cette carte qui répertorie en temps réel tous les événements du monde y compris politiques comme les attentats ou les gros bugs informatiques et bien évidemment les séismes : http://hisz.rsoe.hu/alertmap/index2.php

Répondre