Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

Donald Trump, un OVNI à la Maison Blanche

Trump Kim Junq Un

Donald Trump, un OVNI à la Maison Blanche

Yves Marie Laulan ♦
Économiste,
Président de l’Institut de Géopolitique des Populations.

Donald Trump est effectivement un personnage étrange, quelque peu bizarre, que l’on pourrait croire sorti tout droit des Contes de Grimm. On aurait pu imaginer qu’il était originaire du Texas, État riche en personnages colorés . Mais pas du tout! Il nous vient tout bonnement de New York et il est d’origine allemande. Son prénom, aux relents de « fast food », est également d’une banalité bien américaine. Qui ne connait les restaurants Mac Donald- sur la planète entière ?

Son physique est également insolite avec ce teint brique de bon vivant, cette chevelure filasse ondoyante qui sème des pellicules à tout vent, ces petits yeux toujours plissés et cette gestuelle un peu curieuse à base d’applaudissements au bénéfice de on ne sait de qui, probablement de lui-même et les mains grandes ouvertes aux doigts largement écartés, comme pour nager en eaux troubles.

Sa vie sentimentale est à l’image du personnage avec, comme il se doit, plusieurs épouses en série, une multitude d’enfant nés de ses diverses unions, volontiers contractées dans les pays de l’Est grands fournisseurs de mannequins belles et élancées, mais peu portées semble-t-il, sur les spéculations intellectuelles. En matière de femmes, le bonhomme a manifestement bon goût.

Il est le plus riche et le plus âgé des présidents des États- Unis en exercice. Ceci étant, son âge ne l’empêche nullement d’être d’une prodigieuse énergie comme en témoigne sa carrière professionnelle étourdissante, dans l’immobilier spéculatif principalement, avec de significatives incursions dans des domaines voisins, casinos, golfs, parcs d’attraction etc. En un mot comme en cent, ce capitaine d’industrie est un Bernard Tapie qui aurait réussi.
Il est vrai que le système juridique et bancaire américain se prête admirablement à ce genre d’acrobaties immobilières et spéculatives, favorisées par un culot monstrueux , un goût du risque peu commun, un talent inné pour le bluff et la capacité de toujours retomber miraculeusement sur ses pattes comme un chat (après avoir quand même plus d’une fois frôlé la faillite.). Pour compléter ce sympathique portrait du patriarche américain, ajoutons qu’il est totalement imprévisible et capricieux, changeant d’avis d’une minute à l’autre, d’un tweet à un autre. Donald Trump s’avère être un partenaire difficile , voire impossible.

Ces éminentes qualités vont-elles lui servir dans le domaine géopolitique où les règles des relations internationales sont évidemment de nature totalement différente. Et les enjeux aussi .

Jusqu’à présent le bilan provisoire est plutôt catastrophique. Donald Trump a réussi en un peu plus d’un an à se brouiller avec à peu près la terre entière, Chine comprise (avec quelques notables exceptions en Israël, il est vrai et une faiblesse marquée pour la Russie ). C’est un casseur d’assiettes de génie, un véritable éléphant , ou plutôt un rhinocéros, pataugeant hardiment , et lourdement dans un magasin de porcelaines fines . Le tout accompagné de barrissements stridents, en l’occurrence un flux ininterrompu de tweets , ces petits messages électroniques d’une douzaine de mots au plus, qui mesurent manifestent la profondeur de la réflexion de ce personnage pittoresque .Ce n’est évidemment pas l’adresse de Gettysburg ni le discours du 18 juin 1940 . Rarement dans l’histoire des Etats-Unis, la communication présidentielle n’était-elle tombée à un niveau aussi parcimonieux et indigent. Elle ferait passer, à cette aune, Georges Bush pour un orateur inspiré. Et pourtant.

L’inventaire , encore provisoire, hélas, des dégâts commence avec Emmanuel Macron, souvent mieux inspiré . Ce dernier, plein de bonne volonté , avait cru, un peu naïvement, se concilier les bonnes grâces du buffle américain nouvellement élu en le conviant aux cérémonies du 14 Juillet. Et l’invité d’outre atlantique de remercier chaleureusement son hôte en lui disant qu’il était « a good guy » « un brave mec » et en faisant exactement tout le contraire de ce que souhaitait le président français, à commencer par l’accord de Paris sur le climat qu’il refuse de signer.

Trump ne croit décidément pas au réchauffement climatique ni au malheur des ours blancs privés de banquise. Par contre, il est très soucieux de protéger les intérêts des petits producteurs de charbon des mines quasi épuisées des Appalaches. Ce sont des machines à polluer la planète d’une efficacité rarement égalée. Mais ils votent républicain. Chaque voix compte. A la poubelle donc, l’accord de Paris sur le climat.

Mais ce n’est qu’un commencement.

A la poubelle aussi les conventions internationales sur le libre échange qui régissent depuis plus de 70 ans les relations commerciales entre les États Unis et l’Europe, mais aussi le Canada, comme le reste du monde. Et vive le protectionnisme qui avait si bien réussi dans les années 30 à pousser le monde transatlantique vers la plus belle, la plus réussie des récessions économiques de l’histoire , heureux prélude à la deuxième guerre mondiale.
Mais M. Trump ne connait pas. M. Trump ne veut pas connaître. Son inculture historique donne le vertige . Elle lui sert de refuge . L’histoire commence avec lui, au risque de dresser contre l’Amérique non seulement l’Europe, mais aussi le Canada et le Mexique, et la Chine, bref, le monde entier ou presque. Mais ce comique devrait savoir qu’en matière de commerce international les coups de force de ce genre font boomerang et se retournent immanquablement contre le lanceur imprudent . Cela s’est vu.

Autre victime de Trump-la-Gaffe : l’OTAN. L’Alliance atlantique laquelle, depuis 1947 , pendant plus de 70 années a formé une barrière étanches contre le incursions épisodiques de la Russie. A la poubelle de l’histoire , l’OTAN. Et que les Européens se débrouillent pour se défendre tout seuls .
Il est vrai à la décharge de Trump, qu’ayant fort peu contribué à la défense commune, les pays européens de l’Alliance atlantique ont prêté le flanc à la critique américaine. Jamais le taux des crédits consacrés à la défense commune n’ont été aussi faibles, les gouvernements européens, lâches et imprévoyants, ayant préférant consacrer les ressources disponibles aux crédits sociaux, tellement plus populaires.

L’imprévoyante Europe , comme dans la cigale de la fable , va donc purement et simplement se retrouver sans défense face à la menace extérieure grandissante, et sans la protection du fameux parapluie nucléaire américain . Les conséquences pourraient , à terme, se révéler tragique pour les acteurs de ce drame, comme l’a montré l’histoire des années 30 qui ont servi de prologue à la deuxième guerre mondiale. On dit que l’histoire ne se répète pas mais que, parfois, elle bégaie.

Dernière victime en date de ce massacreur en série : l’Iran. Les États-Unis avaient réussi à difficilement à cantonner l’Iran dans une sorte de neutralité nucléaire grâce à un traité ficelé à grand peine. Ce traité avait quand même réussi à empêcher l’Iran de s’approcher trop près du « fruit défendu « de la bombe atomique. Rebelote. Trump décide de mettre au placard ce malheureux traité . L’Iran, le dos au mur ne peut que chercher désespérément à obtenir la technologie nucléaire. Ce qui est d’ailleurs tout à fait à sa portée car elle est de nature plutôt rudimentaire comme le montre le fait que nombre de pays peu développés qui ont réussi, par cric ou par croc, à se l’approprier.

Donc tôt ou tard, l’Iran aura la bombe atomique. Dès lors, israêl aura le choix, à vrai dire peu réjouissant, de se faire atomiser en compagnie de son voisin détesté, ou de se faire écraser dans une guerre classique par le dit voisin qui ne lui cède en rien sur le plan des capacités conventionnelles . Beau résultat. M. Trump mériterait bien le titre du « Gribouille de l’ère atomique ».

Et on peut d’ores et déjà être assuré que dans la rencontre à venir avec Kim, ce gros lourdaud va se faire proprement embobiner par ce minuscule Nord coréen, malin comme une puce. Il va se retrouver les mains vides sans avoir rien gagné de cette rencontre dite « historique » annoncée à grands coups de trompe (sans jeux de mots, bien entendu).Sa dernière trouvaille a été de torpiller à coups de tweets vengeurs le dernier G7

Mais non , le bilan « trumpien » n’est pas aussi catastrophique qu’on pourrait le croire

Il a réussi à transporter l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, suscitant au passage la rage impuissante des malheureux Palestiniens qui n’ont eu d’ autre ressource que de se porter en masse devant la gueule des fusils israéliens, laissant au passage 60 morts et 1500 blessés. Mais baste . Ce ne sont que des Palestiniens après tout.

Pour l’instant, la Russie échappe à l’orage . Mais pour combien de temps ? Et puis cette clémence se comprend s’il s’avère exact que ce pays a puissamment aidé à faire gagner les élections présidentielles à Donald Trump. Cela vaut un peu de gratitude quand même mais Donald Trump n’en a cure. N’a-t-il pas crânement affirmé récemment qu’il avait le pouvoir présidentiel de s’auto absoudre ? Et aussi de mettre sous tutelle le pouvoir judiciaire dont l’indépendance est néanmoins explicitement garantie par la Constitution des États-Unis qui repose sur la séparation des trois pouvoirs . N’est ce pas ? Et, pourquoi pas, marcher sur l’eau et monter au ciel par la seule force de la volonté présidentielle ? La stars Wars n’est pas loin .Donald Trump vit depuis toujours sur la conviction qu’il lui suffit d’affirmer une contre vérité quelconque pour lui conférer ipso facto une sorte de légitimité dans les médias, puis dans l’opinion.

Quoi qu’il en soit, nous voilà clairement en plein délire . C’est un accès caractéristique d’ « hubris » présidentielle. Mais le spectre de l’impeachment du président en exercice n’est pas éloigné non plus . Certains juristes américains travaillent déjà sur cette hypothèse sur une base bipartisane . Faudra-il une guerre civile juridique pour en arriver là ?

En conclusion : Trump à la Maison Blanche : une « erreur de casting » de l’histoire ?

Répondre